LIVRE événement, critique. ARTUR SCHNABEL : musicien et pianiste (1882 – 1951 – Éditions Hermann)

schnabel-artur-musicien-et-pianiste-werner-grünzweig-livre-annonce-critique-hermann-piano-classiquenews-lecture-livres-d-ete-2019-006672343LIVRE événement, critique. ARTUR SCHNABEL : musicien et pianiste (1882 – 1951 – Éditions Hermann). En ces temps de disette humaniste, où la conscience politique et les convictions ne sont pas le fort des artistes, il est opportun comme un rappel historique, de souligner l’élégance éveillée de certains profils artistiques, comme celui du pianiste Artur Schnabel, phare artistique et humain dans la première moitié du XXè. Les champs d’exploration comme d’analyse sont du côté de Brahms et surtout de Beethoven (il joue le premier les 32 Sonates dès 1927 à la Volksbühne de Berlin), terrain propice à l’explicitation des phrasés, où se régale l’individu épris de jeu linguistique dont l’esprit critique et le sens des contrepèteries, portent la marque d’une rare sagacité.
L’engagement de l’homme le fit quitter l’Allemagne devenue nazie dès 1933 (avec sa famille), donnant son ultime récital berlinois, le 23 avril 1933, pour ne jamais plus remettre les pieds en terres allemandes ni autrichiennes (y compris après la guerre). La rupture est définitive pour cet homme d’honneur et de valeurs qui ne comprit jamais comment son pays avait pu ainsi sombrer dans la barbarie.

ARTUR SCHNABEL, compositeur et pianiste

Né en 1882 à Lipnik les Bielitz (Silésie), le jeune Ahron / Artur Schnabel se forme à Vienne au piano grâce à des professeurs particuliers. Un esprit indépendant le distingue de tous ; c’est un autodidacte forcené qui cultive l’absence de toute virtuosité car comme il le disait lui-même, il n’était pas «  un prostitué de l’art » (voilà pourquoi son prénom Artur s’écrit sans « h ») ; de surcroit, l’artiste moins pianiste que musicien, a toujours été frustré par sa carrière de pianiste : il voulait vivre comme compositeur.
De fait ses partitions loin d’être inintéressantes, sont connues, répertoriées, mais restent encore à être estimées et écoutées. Un comble pour ce profil d’artiste militant, esthète et politique, … 70 ans après sa mort (1951).

Etabli à Berlin à partir de 1898, le jeune homme de 16 ans affirme un tempérament bien affirmé. A 19 ans, son Concerto pour piano en ré mineur est créé par le Philharmonique de Berlin (1901). En 1905, il épouse la contralto Therese Behr, diseuse et interprète de R Strauss qui comme son époux, l’accompagne dans ses récitals de lieder. A Vienne simultanément, Schnabel rencontre Schoenberg, se passionne pour Pierrot Lunaire (1912), s’en trouve inspiré comme compositeur : il compose alors Notturno (pour voix d’alto et piano), sur un texte de Richard Dehmel, au rythme naturel, sans barre de mesure, un procédé qu’il approfondira encore dans sa Sonate pour violon seul. Même s’il espérait (en vain) composer toujours plus, Schnabel fut un immense pianiste, soliste inspiré chez Schubert, Brahms, Beethoven, et parmi les auteurs contemporains Schoenberg ou Krenek….
CLIC D'OR macaron 200Le texte publié par Herman est la traduction en français de la biographie d’Artur Schnabel par Werner Grünzweig parue en 2017 ; il est présenté par une riche introduction de Philippe Olivier (auteur d’un texte précédent sur Artur Schnabel : «  On ne fera jamais de toi un pianiste », même éditeur, 2016). Outre les éléments biographiques ici reprécisés (cours d’’été à Tremezzo, exil aux USA…), l’intérêt du texte est de présenter les œuvres de Schnabel comme compositeur (Quatuors, Sonates,…), comme interprète soucieux d’exactitude philologique concernant les partitions qu’il a jouées (comme les Variations Diabelli, commentant chaque pièce, précisant les doigtés…). Texte majeur.

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LIVRE événement, critique. ARTUR SCHNABEL : musicien et pianiste (1882 – 1951 – Éditions Hermann) – CLIC de CLASSIQUENEWS – été 2019

LIVRE, événement. Fr. Le Roux : L’Opéra français : une question de style (Hermann, Musique)

HERMANN livres critique annonce francois le roux romain raynaldy livre critique annonce clic de classiquenews l-opera-francais-une-question-de-styleLIVRE événement, annonce. L’Opéra français : une question de style / De l’interprétation lyrique par LE ROUX François, RAYNALDY Romain (Hermann, Musique). Baryton diseur, d’une intelligibilité exemplaire, chanteur accompli c’est à dire acteur fin et habité, François Le Roux témoigne de l’intérieur : 25 opéras français qu’il a interprétés, trouvent ici un commentaire, une analyse, un regard pertinent qui s’appuie sur l’expérience. Après Le chant intime (2004), le baryton français exprime sa passion d’un certain opéra, celui sublimé quand le style est défendu, juste, naturel, pertinent (selon une prosodie naturelle). Il pose la question : comment chanter l’opéra français ? Et tente (et réussit) d’y répondre. Un témoignage d’autant plus précieux que, aujourd’hui, le style en question se perd, en particulier au sein de la nouvelle génération chez laquelle, y compris dans les plus récentes réalisations d’opéras baroques, le français devient inintelligible. Une tendance qu’il faut corriger…

 

 

 

Le chanteur François Le Roux
expose sa conception du beau chant français…

Quel style pour l’opéra français ?

 

 

 

La sélection des ouvrages permet d’établir comme un jardin idéal qui forme les piliers de ce que peut être le chant français dont la clarté, l’articulation, le sens des nuances et du phrasé, le naturel et la mesure, seraient les qualités essentielles. On y goûte comme peu, l’intelligence des analyses, la précision et la finesse des valeurs défendues, à travers des thématiques identifiées, à travers des ouvrages qui demeurent d’une richesse stimulantes pour l’interprète : « qui sont les librettistes ? », « le couple librettiste-compositeur »…
Parmi les opéras analysés, soulignons l’intérêt des présentations et commentaires dédiés à Alceste de Lully (Lully enfin rétabli, jamais trop) ; Tancrède de Campra ; Castor et Pollux de Rameau ; trois opéras de Berlioz (effet de l’année du centenaire ?) en tout cas beau rétablissement de l’écriture du grand Hector (Benvenuto Cellini, Damnation de Faust, Béatrice et Bénédicte) ; deux de Gounod (Faust, Roméo et Juliette) ; les Contes d’Hoffmann d’Offenbach ; évidemment les marronniers et les affiches qui rassurent et qui séduisent toujours (Manon et Werther de Massenet, Carmen de Bizet…) ; côté opéras du XXè, évidemment saluons le choix de Pelléas et Mélisande de Debussy (François Le Roux a chanté Pelléas puis Golaud), L’Heure espagnole et l’Enfant et les Sortilèges de Ravel ; Dialogues des carmélites et La Voix humaine de Poulenc… et aussi, perles modernes à découvrir de toute urgence, Le château des Carpates de Philippe Hersant et Verlaine Paul de Georges Boeuf… Les œuvres choisies forment ainsi comme un panthéon d’oeuvres piliers et fétiches que l’on (ré)estime avec une nouvelle acuité et un très grand plaisir.
Si le style, c’est « l’art d’ennoblir le vrai », il est surtout question de mettre en forme le verbe : seul défi du chanteur. Incarner un texte, le rendre vivant et transmettre l’émotion que l’interprète éprouve, … tout cela François Le Roux nous le rend tangible, concret, mesurable. Celui qui milite aujourd’hui pour la défense du style donc du chant français, s’inquiète des options artistiques, des compromis, des imprécisions navrantes qui dénaturent l’art au profit du spectaculaire et du divertissement… jusque sur les planches des plus grandes salles de la planète lyrique. Voici le texte d’un artiste engagé, porté par un idéal admirable. Le combat continue. Lecture incontournable.

 

 

 

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE événement, annonce. L’Opéra français : une question de style / De l’interprétation lyrique par LE ROUX François, RAYNALDY Romain (Hermann, Musique).

 

 

 

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