DVD. Rameau : Hippolyte et Aricie (HaĂŻm, Alexandre, 2012)

rameau-hippolyte-et-aricie-dvd-erato-rameau-alexandre-haimDVD. Rameau : Hippolyte et Aricie (HaĂŻm, Alexandre, 2012). PrĂ©sence des machineries d’Ă©poque, faste des dĂ©cors peints très architecturĂ©s, Ă  l’identique selon les relevĂ©s d’Ă©poque, statisme Ă©loquent de la gestuelle, placement des figures chanteurs dans un espace souvent rĂ©duit Ă  l’ordonnancement classique tripartite : premiers et seconds plans, lointains… la production de cet Hippolyte entend offrir un Ă©quivalent visuel et scĂ©nique Ă  la restitution historiquement informĂ©e infĂ©odant chant et orchestre. C’est une construction d’abord de l’esprit que viennent colorer et enrichir la souplesse des danseurs et remettre en mouvement les situations des chanteurs tragiques et pathĂ©tiques inscrits dans l’action. La clartĂ© spatiale qui en rĂ©sulte sert Ă©videmment l’exposition baroque du drame et immĂ©diatement la totalitĂ© de la machine ramĂ©lienne saisit par sa cohĂ©rence, son Ă©quilibre, sa richesse Ă©vocatoire et sa puissance … magique. Théâtre de dĂ©passement et d’enchantement, l’opĂ©ra de Rameau d’autant plus fort et signifiant en son premier opus de 1733 – le plus scandaleux aussi-, surgit dans toute sa force scĂ©nographiĂ©e dans son dĂ©ploiement matĂ©riel (jusqu’Ă  Zoroastre, les opĂ©ras de Rameau touchent autant par leur science musicale que leur impact visuel et dĂ©coratif).  La vertu essentielle de cette production demeure la prĂ©sentation de l’ouvrage dans une approche historicisante proche de ses codes originels : l’esthĂ©tique qui en dĂ©coule favorise le fantastique (acte des enfers), l’enchantement et l’onirisme des divertissements dansĂ©s (les plus fascinants et tendres depuis Lully et Campra). VoilĂ  qui change des mise en scènes modernes, trop dĂ©calĂ©es, trop inopĂ©rantes dans le système lyrique baroque.

A cela s’ajoutent deux donnĂ©es clĂ©s que seul William Christie sait distiller depuis ses dĂ©buts dĂ©fricheurs au service du Baroque avc la complicitĂ© de ses Arts Florissants : son intelligence linguistique et sa tendresse alanguie. Deux dimensions que le plateau ici ne maĂ®trise que rarement exception faite de l’Aricie si dĂ©lectable et Ă©blouissante de prĂ©cision incarnĂ©e d’Anne-Catherine Gillet (qui ose avec succès une immersion dans le XVIIIè) et le ThĂ©sĂ©e, virile et juvĂ©nile de StĂ©phane Degout : ardeur tendue mais articulĂ©e plutĂ´t que hĂ©roĂŻsme noble dĂ©jĂ  chenu. Le reste de la distribution déçoit dont la Phèdre expressive mais hystĂ©rique et brouillonne de Connelly, comme le prĂ©cieux maniĂ©rĂ© de l’Hippolyte dĂ©cidĂ©ment trop affectĂ© de Lehtipuu. Dans la fosse, Le Concert d’AstrĂ©e plein d’Ă©nergie ne trouve pas les respirations languissantes ni l’Ă©lĂ©gance dĂ©clamĂ©e et naturelle de Bill : pourtant Emmanuelle HaĂŻm ex continuiste des Arts Flo a su prendre le meilleur auprès de la source Christie : son Rameau est vif mais creux, efficace mais dĂ©sincarnĂ©. Le spectacle est cependant total et riche : quand ThĂ©sĂ©e ou Aricie paraissent la mĂ©canique se change en théâtre des passions palpitantes : un must pour les deux solistes.

DVD. Rameau : Hippolyte et Aricie, 1733. Emmanuelle HaĂŻm, direction. I. Alexandre, mise en scène. Avec Anne-Catherine Gillet, StĂ©phane Degout, François Lis, Marc Mauillon, Sarah Connelly, Topi Lehtipuu… Le Concert d’AstrĂ©e. EnregistrĂ© au Palais Garnier en 2012. 1 dvd Erato.