CD événement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018)

gervais-hypermestre-opera-1717-cd-review-critique-cd-classiquenews-vashgyi-critique-opera-classiquenewsCD événement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018). Avant l’immense Rameau qui clôt de façon spectaculaire et visionnaire, le XVIIIè, figure en bonne place des faiseurs d’opéras aux côtés de Campra, Destouches…Charles-Hubert Gervais (1671-1744), ami du régent Philippe d’Orléans, devint dès 1723, sous-maître de la chapelle de Louis XV. Son ouvrage Hypermnestre (1716), marquant la fin du grand règne (Louis XIV, mort en 1714) reste le plus fameux de ses 4 opéras. Il est même joué après la mort de Rameau jusqu’en 1766, preuve qu’il s’agissait alors d’une valeur sûre du répertoire (le Prologue revêt des accents puissants qui annoncent Rameau). Le chef hongrois, Gyorgy VASHEGYI, défenseur du Baroque français, restitue ici la version révisée de 1717, mais avec en bonus, la fin originelle (de 1716) ; à chacun de choisir sa préférée. L’histoire est d’une noirceur tragique mettant en scène un assassinat collectif, celui des 49 fiancés des 49 sœurs d’Hypermestre, loyales au père qui appelle à la vengeance de leur clan. Salieri mettra bientôt en musique le sujet (Les Danaïdes, 1784), mais avec ce caractère de grandeur ampoulée pas toujours vraisemblable. Gervais garde une dimension humaine et expressive plus naturelle. Troublée, Hypermestre hésite entre devoir et amour : obéir au père Danaüs, aimer son fiancé Lyncée. En plus d’être sanglant et terrifique, l’opéra de Gervais, est aussi fantastique et surnaturel : au I, il imagine le fantôme d’Argos, détroné par Danaüs en un tableau spectral assez réussi. Le compositeur demeure fidèle à l’esprit et au style de Lully, introduisant plusieurs danses, dont l’une serait de la main du Régent, et comme Rameau, indique un goût manifeste pour l’Italie.

Le maestro Vashegyi confirme son appétence et sa compréhension de la musique française avec cette implication généreuse, ce sens du drame et de l’articulation, délectables. Offrant de somptueux épisodes orchestraux (Ouverture, intermèdes et danses du IV).

Lyncée de luxe, Mathias Vidal étincelle vocalement, doué d’un relief dramatique qui ne laisse pas neutre ; face à lui, l’Hypermestre de la soprano Katherine Watson, par laquelle vient le « miracle de l’amour », semble étrangère aux enjeux qu’elle est sensée provoquer et mesurer ; manque de souffle, manque de passion. Thomas Dolié reste lui aussi réservé et incarne un Danaü pas assez terrible et noir. La révélation est totale et justifie totalement cette gravure souhaitons le salutaire pour la partition.

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. GERVAIS : Hypermestre, 1717 (Vashegyi, 2 cd Glossa, 2018) – Katherine Watson (Hypermnestre), Mathias Vidal (LyncĂ©e), Thomas DoliĂ© (DanaĂĽs), Chantal Santon-Jeffery (une Égyptienne), Manuel Nuñez Camelino (un Égyptien), Juliette Mars (Isis), Philippe-Nicolas Martin (le Nil, l’Ombre de GĂ©lanor), Purcell Choir, Orfeo Orchestra, dir. György Vashegyi (sept 2018). 2h25.

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LIRE aussi notre annonce de la recréation d’Hypermestre de Gervais par Gyorgy VASHEGYI, direct live depuis le MUPA de Budapest le 18 sept 2018.
http://www.classiquenews.com/hypermnestre-de-gervais-1716-recreation-baroque-a-budapest/

Fille du roi Danaos, Hypermnestre (l’aînée de toutes) est la seule parmi ses sœurs sanguinaires (50 au total), a épargné son époux, Lyncée (car le soir de leurs noces, il a su épargner sa virginité). Lyncée vengea le meurtre de ses frères en assassinant toutes les Danaïdes qui en furent les criminelles, ainsi que l’ordonnateur du massacre, le roi Danaos (qui était pourtant le protégé d’Athéna). Lyncée devint roi d’Argos

COMPTE RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein.

COMPTE RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein. Non pas fantastique et dramatique comme celle de John Ford, mais forte d’une équipe homogène, fosse, plateau, direction cavaleuse de scène (Jack Gervais) et chanteurs, c’est la chevauchée fantasque, fantaisiste, menée par Bruno Conti, sans cravache ni éperon brutal, la baguette pour badine badine, au grand galop d’un orchestre comme la cavalerie légère de la joie. Car on dirait que le Cheval blanc de l’Auberge a depuis fait des petits : sa hure hilare emmanchée d’un balai, c’est tout un bataillon de chevaux-légers qui défilera sur scène, des tuniques bleues, sans doute moins du western que de l’Est imaginaire de cette principauté qui semble guigner vers l’azur Monaco, avecson armée de soldats en shorts et casque colonial estival et un bataillon, avec leurs képis mimis sur leurs blanches jupettes, de gendarmettes aux jolies gambettes et le reste pas trop bête, comme dit Mistinguett, « c’est vrai ! »

 

 

 

 

LA CHEVAUCHÉE FANTAS(TI)QUE

 

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Sans se gendarmer, tout ce joli monde guerrier siglé GD, Grande Duchesse ou Gens D’arme, semble de pacifiques Casque Bleus onusiens, même sous cet énorme canon comme on les aime : en peinture et caricature, trônant plus que tonnant, sur ce camp militaire —ou de vacances— avec, surmontées de panaches, ses tentes invitant plus à la détente et au repos du guerrier avec ces canons féminins qu’à la guerre en dentelle d’amour : fleuries pour la fleurette à conter. Leurcontrepoint physique ironique anime plaisamment en chœur l’hymne du Général Boum à sa propre gloiremais, quand le verbalement belliqueux va-t-en- guerre monte sur ses grands chevaux claironnant le chant du départ au combat, cela ne les emballe guère, et ils freinent des quatre fers, tremblant sur leurs guiboles : rythme impeccable de guerre mais une armée guère implacable.
D’accord, la guerre mais ce n’est juste qu’un divertissement trouvé par le machiavélique ministre Puck pour occuper l’esprit mélancolique de la Grande Duchesse Dorothée à marier qui ne se marre pas, tricotant nerveusement dans un coin sous l’ombrelle de son chapeau comme une anglaise attendant le tea time, l’heure du thé et de vérité : le choix d’un époux. Et celui de la parade militaire, de la revue. On salue au garde à vous le génie de son ministre Puck et du Boum Général en chef, ingénieux à éviter les batailles et, si la noble dame déclame et proclame avec tout l’appétit gourmand de Marie-Ange Todorovitch « Ah, que j’aime les militaires ! », on voit vite que c’est bien vifs qu’elle les préfère, bien pourvus et non mutilés ni handicapés, même si Fritz (Kevin Lamiel ) le simple et simplet fusilier a un handicap du cap en ne comprenant pas les avances fort poussées de la belle souveraine qui l’invite au duo. Avant même sa grisante guerre éclair, c’est la promotion éclair : de simple soldat il monte, escalade tous les degrés de la hiérarchie, caporal, sergent, lieutenant, capitaine puis Général en chef, le chef sur le champ orné par la Grande Duchesse du plumet arraché illico presto au titulaire, au grand dam de Boum qui en fait un ramdam.

 

 

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Pauvre coq déplumé, rouge de colère éclipsé par le bleu, militairement et sentimentalement, car son cœur par ailleurs fait boum-boum pour la fiancée du fusilier, on comprend que, vert de rage, alors qu’il avait auparavant triomphalement chanté ses couplets avec toute l’énergie tonique et tonnante de Philippe Fargues loufoque, il suffoque d’avoir été humilié devant ses hommes : il passe à la conjuration avec l’insinuant et insidieux ministre, un Jacques Lemaire (« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? ») qui sait susurrer ses phrases d’assassine façon ; il n’est pas, pour rien nommé Puck, fantasque farfadet intrigant de Shakespeare, dont la follette apparence est aussi le revers du pervers. Troisième larron ou luron de la conjuration, on ne sait tant Dominique Desmons, en Prince Paul, futur consort ne s’en sort pas à tant attendre, constant, le mariage repoussé avec constance par la Grande Duchesse, a d’innocente ou inquiétante douceur à chanter —ou de sournoise habileté à manipuler des marionnettes. Il sera rejoint dans la conspiration contre Fritz par son conseiller, l’élégant Baron Grog (Jean-Luc Épitalon) en apparence très froid mais sûrement chaud lapin quand la pauvre Dorothée, entêtée de lui mais dépitée, découvrira qu’il a une portée d’enfants et un autre en préparation avec une épouse légitime.
Pas de chance en amour pour cette pauvre dame riche et noble si majestueusement et drôlement campée par Marie-Ange Todorovitch, pétulante, pétaradante d’ardeur dans son amour pour les militaires, solennelle à exalter la mystique «du sabre, du sabre, du sabre de papa » ; comment résister au velours sensuel de sa voix, invite envoûtante à la volupté dans son aveu : « Dites-lui qu’on l’a remarqué… ». On traiterait presque d’ignoble à tant ignorer ses avances amoureuses ce serin de Fritz qui, tout serein et imperméable, chante joliment dru et clair mais n’y voit guère dans ce jeu transparent. Bon, on ne comprend pas mais on lui pardonne quand même à voir et entendre sa belle modeste cantinière incarnée si brillamment par la souriante et chaleureuse Charlotte Bonnet.
Et Antoine Bonelli dans tout ça ? Il se taille un habituel succès sans même chanter, en Népomuc aussi fourni en cheveux que la scène en chevaux pour le galop musical final (« À cheval ! »),au pas (pas) militaire de ces plus fringants cavaleurs qu’arrogants cavaliers et agiles pouliches, dans une cavalcade folle qui dynamite la salle par son dynamisme énergisant. Oui, à cette image : que la guerre est jolie !

 

 

 

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COMPTE RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein.

La Grande Duchesse de GĂ©rosltein
Opéra-bouffe en 3 actes et 4 tableaux
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy ,
musique de Jacques Offenbach
Marseille, théâtre Odéon, les 25 et 26 mai

Direction musicale: Bruno CONTI
Mise en scène: Jack GERVAIS
La Grande Duchesse:Marie-Ange TODOROVITCH
Wanda: Charlotte BONNET
Fritz: Kévin AMIEL
Général Boum: Philippe FARGUES
Baron Puck: Jacques LEMAIRE
Prince Paul: Dominique DESMONS
Baron Grog: Jean-Luc ÉPITALON
Népomuc: Antoine BONELLI

Chœur Phocéen, Orchestre de l’Odéon

Photos Christian Dresse
1. La Grande Duchessse s’ennuie (Todorovitch, Desmons);
2. Dorothée et son armée;