COMPTE RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein.

COMPTE RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein. Non pas fantastique et dramatique comme celle de John Ford, mais forte d’une équipe homogène, fosse, plateau, direction cavaleuse de scène (Jack Gervais) et chanteurs, c’est la chevauchée fantasque, fantaisiste, menée par Bruno Conti, sans cravache ni éperon brutal, la baguette pour badine badine, au grand galop d’un orchestre comme la cavalerie légère de la joie. Car on dirait que le Cheval blanc de l’Auberge a depuis fait des petits : sa hure hilare emmanchée d’un balai, c’est tout un bataillon de chevaux-légers qui défilera sur scène, des tuniques bleues, sans doute moins du western que de l’Est imaginaire de cette principauté qui semble guigner vers l’azur Monaco, avecson armée de soldats en shorts et casque colonial estival et un bataillon, avec leurs képis mimis sur leurs blanches jupettes, de gendarmettes aux jolies gambettes et le reste pas trop bête, comme dit Mistinguett, « c’est vrai ! »

 

 

 

 

LA CHEVAUCHÉE FANTAS(TI)QUE

 

offenabch-gerolstein-marseille-odeon-critique-opera-classiquenews-duo-offenbach-2019-classiquenews
 

 

Sans se gendarmer, tout ce joli monde guerrier siglé GD, Grande Duchesse ou Gens D’arme, semble de pacifiques Casque Bleus onusiens, même sous cet énorme canon comme on les aime : en peinture et caricature, trônant plus que tonnant, sur ce camp militaire —ou de vacances— avec, surmontées de panaches, ses tentes invitant plus à la détente et au repos du guerrier avec ces canons féminins qu’à la guerre en dentelle d’amour : fleuries pour la fleurette à conter. Leurcontrepoint physique ironique anime plaisamment en chœur l’hymne du Général Boum à sa propre gloiremais, quand le verbalement belliqueux va-t-en- guerre monte sur ses grands chevaux claironnant le chant du départ au combat, cela ne les emballe guère, et ils freinent des quatre fers, tremblant sur leurs guiboles : rythme impeccable de guerre mais une armée guère implacable.
D’accord, la guerre mais ce n’est juste qu’un divertissement trouvé par le machiavélique ministre Puck pour occuper l’esprit mélancolique de la Grande Duchesse Dorothée à marier qui ne se marre pas, tricotant nerveusement dans un coin sous l’ombrelle de son chapeau comme une anglaise attendant le tea time, l’heure du thé et de vérité : le choix d’un époux. Et celui de la parade militaire, de la revue. On salue au garde à vous le génie de son ministre Puck et du Boum Général en chef, ingénieux à éviter les batailles et, si la noble dame déclame et proclame avec tout l’appétit gourmand de Marie-Ange Todorovitch « Ah, que j’aime les militaires ! », on voit vite que c’est bien vifs qu’elle les préfère, bien pourvus et non mutilés ni handicapés, même si Fritz (Kevin Lamiel ) le simple et simplet fusilier a un handicap du cap en ne comprenant pas les avances fort poussées de la belle souveraine qui l’invite au duo. Avant même sa grisante guerre éclair, c’est la promotion éclair : de simple soldat il monte, escalade tous les degrés de la hiérarchie, caporal, sergent, lieutenant, capitaine puis Général en chef, le chef sur le champ orné par la Grande Duchesse du plumet arraché illico presto au titulaire, au grand dam de Boum qui en fait un ramdam.

 

 

offenbach-gerolstein-marseille-odeon-critique-opera-jack-gervais-et-bruno-conti-critique-opera-par-classiquenews-festivals-musique-classqiue-concerts-festivals

 

 

Pauvre coq déplumé, rouge de colère éclipsé par le bleu, militairement et sentimentalement, car son cœur par ailleurs fait boum-boum pour la fiancée du fusilier, on comprend que, vert de rage, alors qu’il avait auparavant triomphalement chanté ses couplets avec toute l’énergie tonique et tonnante de Philippe Fargues loufoque, il suffoque d’avoir été humilié devant ses hommes : il passe à la conjuration avec l’insinuant et insidieux ministre, un Jacques Lemaire (« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? ») qui sait susurrer ses phrases d’assassine façon ; il n’est pas, pour rien nommé Puck, fantasque farfadet intrigant de Shakespeare, dont la follette apparence est aussi le revers du pervers. Troisième larron ou luron de la conjuration, on ne sait tant Dominique Desmons, en Prince Paul, futur consort ne s’en sort pas à tant attendre, constant, le mariage repoussé avec constance par la Grande Duchesse, a d’innocente ou inquiétante douceur à chanter —ou de sournoise habileté à manipuler des marionnettes. Il sera rejoint dans la conspiration contre Fritz par son conseiller, l’élégant Baron Grog (Jean-Luc Épitalon) en apparence très froid mais sûrement chaud lapin quand la pauvre Dorothée, entêtée de lui mais dépitée, découvrira qu’il a une portée d’enfants et un autre en préparation avec une épouse légitime.
Pas de chance en amour pour cette pauvre dame riche et noble si majestueusement et drôlement campée par Marie-Ange Todorovitch, pétulante, pétaradante d’ardeur dans son amour pour les militaires, solennelle à exalter la mystique «du sabre, du sabre, du sabre de papa » ; comment résister au velours sensuel de sa voix, invite envoûtante à la volupté dans son aveu : « Dites-lui qu’on l’a remarqué… ». On traiterait presque d’ignoble à tant ignorer ses avances amoureuses ce serin de Fritz qui, tout serein et imperméable, chante joliment dru et clair mais n’y voit guère dans ce jeu transparent. Bon, on ne comprend pas mais on lui pardonne quand même à voir et entendre sa belle modeste cantinière incarnée si brillamment par la souriante et chaleureuse Charlotte Bonnet.
Et Antoine Bonelli dans tout ça ? Il se taille un habituel succès sans même chanter, en Népomuc aussi fourni en cheveux que la scène en chevaux pour le galop musical final (« À cheval ! »),au pas (pas) militaire de ces plus fringants cavaleurs qu’arrogants cavaliers et agiles pouliches, dans une cavalcade folle qui dynamite la salle par son dynamisme énergisant. Oui, à cette image : que la guerre est jolie !

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein.

La Grande Duchesse de Gérosltein
Opéra-bouffe en 3 actes et 4 tableaux
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy ,
musique de Jacques Offenbach
Marseille, théâtre Odéon, les 25 et 26 mai

Direction musicale: Bruno CONTI
Mise en scène: Jack GERVAIS
La Grande Duchesse:Marie-Ange TODOROVITCH
Wanda: Charlotte BONNET
Fritz: Kévin AMIEL
Général Boum: Philippe FARGUES
Baron Puck: Jacques LEMAIRE
Prince Paul: Dominique DESMONS
Baron Grog: Jean-Luc ÉPITALON
Népomuc: Antoine BONELLI

Chœur Phocéen, Orchestre de l’Odéon

Photos Christian Dresse
1. La Grande Duchessse s’ennuie (Todorovitch, Desmons);
2. Dorothée et son armée;

 

 

 

 

Offenbach : La Grande Duchesse

offenbachParis, Athénée Louis Jouvet, du 12 décembre 13 au 5 janvier 14 ... Chez Offenbach, l’orchestre commente avec ironie ce qui se passe sur scène… En 1867, Offenbach égratigne avec délices et délire le militarisme européen, plaie des nations belliqueuses … dont au premier rang la France et la Prusse. La Grande Duchesse combine fantasque et versatilité déconcertante que le metteur en scène aborde sans maquillage. Entre antichambres du pouvoir et front militaire : les sbires passent leur temps à faire et défaire, installer pour démonter. Une joyeuse danse dérisoire qui fait tout le sel sarcastique de ce spectacle où la diversité des formes instrumentales servent au plus près l’acuité du propos. On le sait Les Brigands ont fait de la réduction, une spécificité expressive déterminante.

La Grande Duchesse
à l’Athénée Théâtre Louis Jouvet
d’après
La Grande Duchesse de Gérolstein, 1867  de Jacques Offenbach
Opéra bouffe
livret Henri Meilhac et Ludovic Halévy
direction musicale : Christophe Grapperon
mise en scène : Philippe Béziat
avec la  Compagnie Les Brigands
12 décembre 2013 > 5 janvier 2014

boutonreservation