CD, coffret événement, critique. MUSICA IMPERIALIS / Martin Haselböck (14 cd Aparté)

musica imperialis leopold I martin haselbock wiener akademie cd review critique classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, critique. MUSICA IMPERIALIS / Martin Haselböck (14 cd ApartĂ© 1989 – 1999) – Fondateur de son propre ensemble sur instruments historiques, Orchester Wiener Akademie (1985), l’organiste viennois Martin Haselböck (nĂ© en 1954) fĂŞte dans ce coffret de 14 cd, tout un parcours dĂ©diĂ© aux musiques baroques impĂ©riales, celle des compositeurs ayant Ă©crit pour la Cour impĂ©riale des Habsbourg (de Kerll Ă  Mozart et Salieri…), celle aussi plus rarement jouĂ©e mais non moins intĂ©ressante, des empereurs eux mĂŞmes, dont le plus mĂ©lomane d’entre eux demeure Leopold Ier (1640 – 1705 : rival de Louis XIV et souverain artiste comme le Français), sans omettre son père Ferdinand III (Hymnes)… ni son fils et successeur, Joseph Ier (1678 – 1711: cantate « Regina coeli »). Martin Haselböck Ă©claire les dons de composition des empereurs Habsbourg, fait unique dans l’histoire de la musique. De Leopold Ier, le fondateur de l’Orchester Wiener Akademie restitue plusieurs partitions dont Motets, Psaumes, Lectiones / Nocturni…

HOMMAGE AUX EMPEREURS HABSBOURG
Leopold-Ier-empereur-habsbourgLes empereurs Habsbourg (portrait de Leopold Ier ci contre) furent des italophiles passionnĂ©s, amoureux des voix, mais aussi de l’écriture des compositeurs Ă©trangers surtout napolitains, opĂ©ras et oratorios, messes et requiems ; ainsi… Porpora, maĂ®tre des castrats (napolitains) Farinelli et Cafarelli ; (Haselböck dirige ici son oratorio Il Gedeone de 1737, dans version très convaincante avec Kai Wessel dans le rĂ´le-titre). Leopold Ier est fascinĂ© pour le genre oratorio qui Ă  Vienne produit une forme particulière, le « Sepolcro », Ă©vocation de la mise au tombeau du Christ, interrogation sur le mystère de la mort et de la RĂ©surrection Ă  travers les airs de ceux qui en sont tĂ©moins, Ă  la manière d’une conversation sacrĂ©e… soit une colelction d’airs pour solistes dont la sensibilitĂ© annonce dĂ©jĂ  l’Empfinsamkeit. Soulignons ainsi Fux (compositeur officiel de Leopold Ier dès 1698) dont l’œuvre est ici particulièrement prĂ©sente (3 cd lui sont dĂ©diĂ©s prĂ©sentant plusieurs piliers de son Ĺ“uvre sacrĂ©e : Missa Corporis Christi, la sublime Deposizione della Croce (vers 1728 avec une distribution remarquable dont Dorotea Röschman, Soile Isokoski, Franz Joseph-Selig… ), Il Fonte della Salute (enregistrĂ© en 1999), sans omettre plusieurs motets. CĂ©lèbre pour son traitĂ© contrapuntique Gradus ad Parnassum (1725, dĂ©diĂ© Ă  Charles VI), Fux mort en 1741, illumine la première moitiĂ© du XVIIIè par son Ă©lĂ©gance, le raffinement et la complexitĂ© de l’écriture qui sert l’intensitĂ© dramatique. En somme un rival digne de Haendel. Le coffret comprend aussi plusieurs Ĺ“uvres de Mozart (Messe du couronnement, Ĺ“uvres pour orgue – par Martin Haselböck lui-mĂŞme- ; la rare Missa Solemnis), de Salieri (le court et pompeux Te Deum de 1790) et aussi les Ĺ“uvres viennoises de Biber, Poglietti, Schmelzer (cd 1, intitulĂ© « Battaglia und Balletto / Bataille et ballet »). Le corpus offre une approche originale et reprĂ©sentative de la musique sacrĂ©e impĂ©riale telle qu’elle Ă©tait apprĂ©ciĂ©e Ă  Vienne au XVIIè et XVIIIè.
CLIC_macaron_2014Le cycle de partitions réunies ici, est réédité en version limitée et remasterisée (24 bit / 96 kHz). Avec ce coffret « Musica Imperialis », le label APARTÉ inaugure sa collection intitulée « Resound », une sélection d’interprétations réalisées dans le lieu historique où chaque œuvre a été créée.

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CD, coffret événement, critique. MUSICA IMPERIALIS / Martin Haselböck (14 cd Aparté)

CD1 Baroque Music from Vienna
CD2 Joseph I, Ferdinand III, Leopold I: Sacred Works
CD3 Leopold I: Sacred Works
CD4 Johann Kaspar Kerll: Organ Works
CD5 Johann Joseph Fux: Missa corporis Christi
CD6-7 Johann Joseph Fux: La Deposizione dalla croce
CD8-9 Johann Joseph Fux: Il Fonte della salute
CD10-11 Nicola Porpora Il Gedeone
CD12 Mozart: Coronation Mass Novalis
CD13 Mozart: Organ Works
CD14 Mozart: Missa Solemnis · Salieri: Te Deum
https://www.apartemusic.com/produit/musica-imperialis/
Enregistrements 1989 – 1999

VIDEO : Martin Haselböck
RESOUND – Beethoven “Eroica” – Orchester Wiener Akademie – Martin Haselböck (intĂ©grale 52:42 mn)
https://www.youtube.com/watch?v=0WzsRVQQFmY

Plus d’infos sur le site de la Wiener Akademie / Martin Haselböck :
https://www.wienerakademie.at/resound

CD événement. Kerll / Fux : Requiems. Vox Luminis, Lionel Meunier (1 cd Ricercar).

lionel-meunier_lrCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Kerll / Fux : Requiems. Vox Luminis, Lionel Meunier (1 cd Ricercar).D’emblĂ©e voici l’un de meilleurs disques de Vox Luminis, un ensemble dĂ©sormais emblĂ©matique de l’excellence vocale collective, menĂ© par le baryton-basse Lionel Meunier, directeur inspirĂ© qui a trouvĂ© rĂ©cemment Ă  Saintes, – lieu emblĂ©matique des dernières recherches de Philippe Herreweghe (et son orchestre des Champs ElysĂ©es), son modèle absolu-, un lieu d’approfondissement et mĂŞme de dĂ©fi (en juillet dernier, Vox Luminis ouvrait le festival estival de Saintes avec King Arthur de Purcell : vraie nouveautĂ© lyrique pour l’ensemble, et certainement une Ă©tape dĂ©cisive pour la maturitĂ© dramatique du collectif belge).

 

CLIC_macaron_2014De Kerl Ă  Fux : joyaux de la tradition sacrĂ©e viennoise. D’abord, louons ici le focus ainsi opĂ©rĂ© sur l’écriture de Johann Caspar Kerl (1627-1693), compositeur raffinĂ© qui doit sa formation Ă  Rome auprès des meilleurs, soit Carissimi et Frescobaldi (excusez du peu!). Figure tutĂ©laire de l’essor de la musique Ă  Munich puis Ă  Vienne (oĂą il est organiste Ă  Saint-Etienne), Kerl laisse une somme incontournable Ă  la fin du XVIIè : recueil de Messes intitulĂ© « Missae sex, sum instrumentis concertantibus » de 1689, dĂ©diĂ© Ă  l’empereur très mĂ©lomane et compositeur lui mĂŞme, Leopold Ier, – c’est Ă  dire Ă  l’époque de la peste Ă  Vienne (1679-1682) et aussi du siège de la citĂ© impĂ©riale par les turcs (1683). Soit l’une des Ă©critures les plus inspirĂ©es en une Ă©poque particulièrement dure et barbare pour la chrĂ©tientĂ© en l’Europe de l’est. D’un bout Ă  l’autre, – et mĂŞme si l’on pense aujourd’hui que la « SĂ©quence / Sequenza » (Ă©crite Ă  quatre voix soliste) serait d’une pĂ©riode autre que le reste de la partition (conçu Ă  5 parties), on reste convaincu par la profonde unitĂ© du cycle et par l’intensitĂ© de sa lecture. C’est essentiellement la plĂ©nitude recueillie et exceptionnellement opulente des chanteurs qui souligne sans dĂ©faut ce sentiment de sĂ©rĂ©nitĂ© angĂ©lique, offrant dans cette Missa pro defunctis, une approche apaisĂ©e et sublimĂ©e de la mort. MĂŞme le Dies ire Dies illa est d’une noble prestance (une section que Kerl – d’après ses propres Ă©crits-, destinait pour son office funèbre semble-t-il) et les dramatiques Quantus tremor pour basse, Tuba mireur (pour tĂ©nor), Mors stupebit pour alto (ici masculin) demeurent d’une articulation mesurĂ©e, d’une impĂ©riale tenue, d’une constante Ă©lĂ©gance (Vienne dès avant Haydn et Mozart est capitale de l’élĂ©gance). La plainte plus individualisĂ©e et presque en style direct, – implorante, incarnĂ©e du Quid sum miser pour soprano (cantus) complète intelligemment une succession de vagues collectives d’une formidable Ă©pure, d’une permanente pudeur. MĂŞme implication plus personnelle dans le Lacrimosa dies illa, Ă©galement pour soprano (cantus) d’une claire et lĂ  aussi, constante sensibilitĂ© pudique. Orfèvre et très investi dans l’intonation pieuse et pourtant active, Vox Luminis affirme enfin une pleine maĂ®trise dans l’apaisement total et cette fusion des timbres vocaux magnifiquement canalisĂ©e jusqu’à la paix ineffable du dernier Lux aeternam.

Dans la succession de la Missa de Kerl, les premières notes du Requiem pour l’Empereur / Kaiserrequiem de Fux semblent approfondir et comme accomplir l’expérience précédemment éprouvée : la continuité, le sens de la progression dramatique de Vox Luminis est d’une remarquable intelligence sonore. Exprimer la parenté évidente des deux oeuvres renforce la pertinence du programme d’en composer comme les deux volets distincts mais complémentaires d’un même retable.

 

vox luminis requiem fux kerl cd ricercar clic de classiquenews ete 2016 RIC368Plus tardif que Kerl, Johann Joseph Fux (1660-1741), lĂ©gende vivante Ă  son Ă©poque Ă  Vienne, incarne la noblesse et l’opulence au coeur du XVIIè, car il est nĂ© en 1660, soit plus de 30 ans après Kerl. ImmĂ©diatement c’est la profonde cohĂ©sion du son d’ensemble qui frappe et saisit Ă  nouveau, portĂ© davantage encore par la ductilitĂ© plastique et caressante des instruments de l’excellent ensemble concertant Scorpio collectief (fusion parfaite entre timbres instrumentaux et vocaux) : Vox Luminis comprend et exprime de l’intĂ©rieur tous les enjeux tragiques et mĂŞme angoissĂ©s d’une cĂ©lĂ©bration de la mort, et bien sĂ»r, fort heureusement, de la rĂ©surrection. La clartĂ© et la transparence inonde d’une lumière continue, intense, vibrante, la claire articulation du texte, mais aussi la succession très diversifiĂ©e (quant aux effectifs choisis) des sĂ©quences (en particulier du Dies Irae… au Pie Jesu… de la Sequenza fervente, soit le centre mĂŞme de cette fresque palpitante de près de 15 mn d’une action collective et individuelle vivante et flamboyante. Surprenante rĂ©vĂ©lation, le Dies ire, Dies illa : ferme et expressif semble annoncer directement Mozart. MĂŞme constat pour le dernier Ă©pisode : Lux aeterna, dont la première mesure se rĂ©vèle très proche du Requiem de Mozart lĂ  aussi, Ă  tel point que l’on se pose la question : Wolfgang a-t-il pu connaĂ®tre prĂ©cisĂ©ment les partitions de son prĂ©dĂ©cesseur alors qu’il menait des recherches Ă  la CathĂ©drale Saint-Etienne de Vienne ? La justesse du sentiment recueilli, la profonde tendresse qui s’en dĂ©gage aussi, le climat de certitude arienne et angĂ©lique … sont en partage chez l’un et l’autre compositeur. Le prĂ©sent enregistrement, d’une idĂ©ale rĂ©alisation, pose cette question de la filiation directe qui dĂ©termine aussi une certaine tradition viennoise dans le domaine sacrĂ©, du XVIIè au XVIIIè. De Kerl Ă  Fux circule une Ă©lĂ©gance sacrĂ©e fraternelle qui annonce – en connaissance intime de la musique, Mozart lequel serait comme la conclusion d’une boucle marquĂ©e par le sublime. Superbe rĂ©alisation. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2016.

 

 

CD, compte rendu critique. KERL, FUX : Requiem. Vox Luminis. Lionel Meunier 1 cd Ricercar. EnregistrĂ© en novembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS – Ă  paraĂ®tre en septembre 2016.

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 2015Approfondir : VOIR notre reportage vidéo exclusif réalisé à Saintes pendant le festival estival 2015, où Vox Luminis présentait le Requiem impérial de Fux : Lionel Meunier explique son attachement à l’Abbaye aux Dames de Saintes et présente la ligne artistique de son ensemble Vox Luminis

 

 

 

Vox Luminis / Requiems de Kerl et de Fux
Septembre 2016 – 1 cd Ricercar – RIC 368

 

 

Fux
Vox Luminis
Zsuzsi Tóth, Kristen Wittmer, Sara Jäggi, Stefanie True – sopranos
Barnabás Hegyi, Jan Kullmann – countertenors
Olivier Berten, Robert Buckland – tenors
Lionel Meunier, Matthias Lutze – basses
Scorpio Collectief
Jacek Kurzydło, Jivka Kaltcheva – violin
Manuela Bucher – viola
Matthias Müller – violone
Kris Verhelst – organ
Jeremie Papasergio – dulciane
Simen van Mechelen, Adam Woolf – trombone
Frithjof Smith, Josué Meléndez, Lambert Colson – cornet

 

 

 

Kerll
Vox Luminis
Zsuzsi Tóth, Sara Jäggi – sopranos
Barnabás Hegyi, Jan Kullmann – countertenors
Dávid Szigetvári, Philippe Froeliger, Olivier Berten, Robert Buckland – tenors
Lionel Meunier, Matthias Lutze – basses
Bart Jacobs – organ
L’Achéron
François Joubert-Caillet
Marie-Suzanne de Loye
Andreas Linos
Lucile Boulanger