LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Écrits de Vincent d’Indy, volume 2 / 1905-1918 – [Actes Sud, sept 2021]

dindy ecrits 1880 1918 actes sud critique livre classiquenews volume 2 sept 2021 9782330153151LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Écrits de Vincent d’Indy, volume 2 / 1905-1918 – [Actes Sud, sept 2021] – Dans ce 2Ăš volume des Écrits de Vincent d’Indy (1851-1931), le compositeur pĂ©dagogue, franckiste et wagnĂ©rien de premier plan pour ne pas dire militant, est au sommet de son activitĂ© officielle de 1905 Ă  1918. Il est compositeur et chef d’orchestre, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© nationale de musique et professeur au Conservatoire,directeur de la Schola Cantorum, foyer de l’avant garde française


Ses nombreux Ă©crits avec la verve souvent franche et directe qui le caractĂ©rise, pointent les thĂšmes et sujets majeurs au sein de la pensĂ©e musicale moderniste ; D’Indy suscite mĂȘme des polĂ©miques vives, dans un contexte gĂ©opolitique oĂč les patriotismes sont exacerbĂ©s, entre France et Prusse. Pourtant l’artiste et le crĂ©ateur savent reconnaĂźtre le gĂ©nie contemporain ou rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© : son analyse de Parsifal de Wagner, Ă  travers une confĂ©rence pour La revue hebdomadaire (1913, page 406) est Ă  ce titre un document d’une pertinence demeurĂ©e inĂ©galĂ©e ; propre Ă  son Ă©poque, le confĂ©rencier wagnĂ©rien convaincu parle de « charitĂ© chrĂ©tienne » quand nous disons aujourd’hui compassion (de Parsifal pour le sort d’Amfortas, le roi dĂ©chu) ; mais la vision et la comprĂ©hension de la derniĂšre partition de Wagner, forcent l ‘admiration.
Les sujets dont divers et choisis selon le goĂ»t du temps : Franck Ă©videment (son modĂšle absolu), Wagner donc, la musique Ă  travers les Ăąges, l’éducation musicale, sans omettre le rĂŽle musical de la femme, Franz Liszt en 1873, le luth et sa littĂ©rature, la musique en 1814, etc
. ce dernier sujet est l’occasion de comparer la vitalitĂ© et le propre de la crĂ©ation en Italie, en France et en territoire germanique avec un focus lĂ©gitimement admiratif sur l’Ɠuvre de Beethoven alors compositeur officiel du congrĂšs de Vienne

D INDY vincent dossier ecrits classiquenews Vincent_d'Indy_1914Le « bon sens » de D’Indy opposĂ© au goĂ»t du plus cĂ©rĂ©bral Debussy se manifeste encore dans des articles sur la musique française (1904, page 79) oĂč D’indy moins patriote qu’humaniste sait s’élever en des hauteurs non partisanes et belliqueuse qui fonde un gĂ©nie au delĂ  des nationalitĂ©s. EmblĂ©matique des tensions entre France et Allemagne Ă  la veille de la premiĂšre guerre mondiale, l’affaire RUST (1913, page 380) montre Ă  quel point le Français entend rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© sur un cas exemplaire de falsification moderne d’un auteur (en l’occurrence Friedrich Wilhelm Rust : 1739-1796) que son descendant Wilhelm Rust (1822-1892) souhaitait fabriquer tel un auteur bien supĂ©rieur Ă  son contemporain Mozart, et un prĂ©curseur direct de
 Beethoven. D’Indy, champion des exhumations musicologiques prend la dĂ©fense du petit fils Rust car il reste convaincu que les Sonates de son aĂŻeul Friedrich Wilhelm sont dans ses Sonates, bel et bien un auteur 
 remarquable.
CLIC D'OR macaron 200Conservateur, D’Indy n’hĂ©site pas Ă  dĂ©noncer les limites du « modern-style » tel qu’incarnĂ© par R Strauss son contemporain dont il exĂ©cute toute valeur d’Une vie de hĂ©ros. De mĂȘme, « à l’heure du debussysme et des Ballets russes, le chef de l’école franckiste s’oppose tant Ă  Saint-SaĂ«ns qu’à Ravel et Ă  Schönberg,  ». Durant la guerre 1914 – 1918, D’indy reste droit dans ses bottes, fustigeant le mauvais de la “Kultur boche”, tout en demeurant fidĂšle Ă  l’idĂ©al insurpassable du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien. La franchise des engagements, la pertinence des argumentations, la culture d’un homme de goĂ»t qui parle sans phrasĂ©ologie sirupeuse de bon ton, rendent chaque Ă©crit ici annotĂ© et contextualisĂ©, absolument passionnant. Ce qui se confirme ici, dans ce 2Ăš volume, s’est en D’Indy, la droiture indĂ©fectible de l’homme de conviction. Un modĂšle pour l’artiste de notre Ă©poque.

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Écrits de Vincent d’Indy, volume 2 : 1905-1918 – [Actes Sud, sept 2021] – 17 x 24 cm – 708 pages – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2021

CD Ă©vĂ©nement, critique. CĂ©sar Franck par Mikko Franck : Symphonie en rĂ©, Ce que l’on entend sur la montagne, Philharmonique de Radio France (1 cd Alpha).

franck-cesar-cd-symphonie-re-ce-que-me-dit-la-montagne-cd-mikko-franck-critique-review-classiquenews-400CD Ă©vĂ©nement, critique. CĂ©sar Franck par Mikko Franck : Symphonie en rĂ©, Ce que l’on entend sur la montagne, Philharmonique de Radio France (1 cd Alpha). Depuis sa crĂ©ation en 1937, le Philharmonique de Radio France n’a jamais semblĂ© aussi heureux et Ă©panoui que sous la conduite du finlandais Mikko Franck. On se souvient d’une remarquable Tosca Ă  Orange oĂč le chant orchestral produisait une tension dramatique captivante (Ă©tĂ© 2010). On retrouve le mĂȘme engagement et une entente bĂ©nĂ©fique dans ce programme dĂ©diĂ© au symphonisme de CĂ©sar Franck.

UN POINT D’HISTOIRE
 L’unique symphonie de Franck est un sommet du romantisme orchestral en France. Le point d’accomplissement qui remontant Ă  Berlioz et sa fantastique, offre en 1888, le testament symphonique de l’auteur et une rĂ©ponse sans ambiguĂŻtĂ© Ă  Wagner.
PrĂ©figurĂ©e par la symphonie en sol majeur (pied de nez Ă  celle de Mozart en sol mineur n°40 ? et qui aurait vu le jour vers 1840), la Symphonie en rĂ© mineur est bien la seule, totalement aboutie qui fasse sens : dĂ©diĂ©e Ă  son Ă©lĂšve Duparc, la partition est majeure pour le genre en France ; elle est achevĂ©e Ă  l’étĂ© 1888, crĂ©Ă©e le 17 fĂ©vrier 1889 : Franck rĂ©pond Ă  celle de Saint-SaĂ«ns avec orgue de 1885 qui dĂ©jĂ  appliquait les prĂ©ceptes de Franck quant Ă  la construction selon un plan cyclique : rĂ©pĂ©tition des mĂȘmes motifs, superposition des motifs comme un assemblage Ă©loquent (ainsi andante et scherzo sont jouĂ©s simultanĂ©ment comme un pur exercice formel, dĂ©fi du compositeur qui s’en est expliquĂ©). Puis se furent, Lalo (Symphonie en sol mineur, 1886) ; d’Indy, sa Symphonie cĂ©venole (crĂ©Ă©e en 1887). Chacun tente de renouveler le genre en rĂ©interprĂ©tant la forme orchestrale (et cyclique). Une expĂ©rimentation continue qui avait Ă©tĂ© inaugurĂ©e par le visionnaire Berlioz et sa Symphonie Fantastique de 1830. Franck marque les esprits autant par la puissance de son gĂ©nie orchestrateur que l’audace formelle du plan gĂ©nĂ©ral : 3 mouvements (et non pas 4 
 comme chez les Viennois classiques), 
 soit une annonce du triptyque La Mer de Debussy.

L’écriture de l’organiste Franck n’a pas suscitĂ© de consensus immĂ©diat. Loin de lĂ . Les contemporains critiquent son manque de subtilitĂ© (!) : soit une robustesse voire une puissance tellurique mal dĂ©grossie et mal comprise par Gounod (qui parle de dĂ©monstration de l’impuissance) ou Ravel qui regrette ses erreurs « foraines » aux sommets les plus mystiques (!)


franck-mikko-direction-musicale-radio-france-maestro-review-compte-rendu-classiquenewsMIKKO FRANCK EN FRANCKISTE CONVAINCANT… Rien de tel dans la lecture de Mikko Franck ici, qui comprend les ambitions de la forme sans sacrifier la tension et l’inquiĂ©tude permanentes d’une architecture Ă  la fois menaçante et impressionnante. Dans l’optique du principe cyclique qui fond les Ă©lĂ©ments en un tout organiquement liĂ©, Mikko Franck exprime idĂ©alement en un souffle dramatique continu, l’enchaĂźnement des parties : Lento, allegro non troppo / Allegretto (andante, scherzo) / Finale (allegro non troppo).
On distingue d’emblĂ©e l’ñpretĂ© et la vibration intranquille du premier mouvement dont le chef exprime aussi l’activitĂ© souterraine, les forces sousjacentes indomptables comme la lave d’un volcan prĂȘte Ă  surgir. Son caractĂšre sombre mĂšne au premier Allegro jusqu’au lumineux rĂ© majeur. Nous voici donc en pleine ascension de la montagne ; de falaises Ă  pic, effrayantes et noires, jusqu’aux cimes solaires.

Piliers d’une marche solennelle et mystĂ©rieuse, les harpes Ă©nigmatiques du II, en pizz (Allegretto, comem la 7Ăš de Beethoven) prennent la hauteur nĂ©cessaire dans le prolongement de l’interrogation prĂ©cĂ©dente. Les respirations incisives comme celles d’une houle prenante et enveloppante se prĂ©cisent
 comme ocĂ©anes. La sonoritĂ© exulte mais garde une prĂ©cision dans son Ă©locution, un relief et une matiĂšre faits d’un scintillement intĂ©rieur. Le soin accordĂ© Ă  la transparence se dĂ©ploie dans ce mouvement oĂč bois et vents apportent leur Ă©clairage quasi pastoral (douceur enivrante de la clarinette)
Frank fait naĂźtre des frĂ©missements et des nuances Ă©poustouflantes aux cordes (faux scherzo car le tempo reste allegretto), osons dire purement français alors que « sĂ©vit » le wagnĂ©risme ambiant auquel on comprend dĂšs lors que CĂ©sar Franck apporte une alternative sĂ©rieuse. La clartĂ© qui s’affirme quand les deux thĂšmes se superposent et se combinent, expriment bien l’esprit de dĂ©fi et de rĂ©solution qui anime le compositeur.

 

Symphonie en rĂ©, Ce que l’on entend sur la montagne…

Mikko Franck, un franckiste convaincant

 

Le chef du Philharmonique de Radio France nous gratifie d’une sonoritĂ© ample qui creuse toujours davantage le mystĂšre et la profonde interrogation d’un Franck qui fut un mystique. La fin du II sonne comme une rĂ©vĂ©lation finale, dans l’ombre et la brume malgrĂ© son Ă©locution d’une rare prĂ©cision.

Le III frappe davantage par son entrain (citation des mouvements prĂ©cĂ©dents et trĂšs habile combinaison victorieuse lĂ  encore) : la rĂ©solution des Ă©nigmes antĂ©rieures et le surgissement de la cathĂ©drale sonore, façonnĂ©e avec une grandeur mesurĂ©e et lĂ  encore un sens du dĂ©tail passionnant. Au coeur du dĂ©ploiement la rĂ©solution du tout et l’aspiration mystique vers les hauteurs, Mikko Franck fait jaillir comme une Ă©tape nouvelle dans l’accomplissement spirituel, la voluptĂ© cĂ©leste des harpes qui reviennent ainsi Ă  8’09 expression d’une mĂ©tamorphose rĂ©ussie
 serait-ce enfin la concrĂ©tisation du passage ? Franck n’est-il pas un prophĂšte, un visionnaire ? Tendue, dramatique et dĂ©taillĂ©e Ă  la fois, la lecture convainc totalement et les qualitĂ©s instrumentales du Philhar sont totalement exploitĂ©es.

D’une inspiration naturaliste tout aussi rĂ©ussie, en tension, climats comme en dĂ©tails infimes, la vibration du poĂšme « Ce que l’on entend sur la montagne » serait bel et bien le premier poĂšme symphonique de l’histoire (conçu dĂšs 1833), prĂ©cĂ©dent celui du grand ami Liszt, tous deux quasi au mĂȘme moment, inspirĂ©s par Hugo (Feuilles d’Automnes). La malĂ©diction du destin humain plane chez Franck ; un sentiment d’empĂȘchement qui se traduit aussi par l’immensitĂ© mystĂ©rieuse de la nature. Grandeur impĂ©nĂ©trable du motif naturel opposĂ© au cri sans espoir de l’humanitĂ©.
La vision est romantique, sacralise en quelque sorte la montagne, les flots, l’infini du paysage (« les orbes infinis » comme Ă©manation de la puissance divine). Franck se rapproche du panthĂ©isme grandiose de Berlioz (Damnation de Faust), dialogue avec la spacialitĂ© cosmique du peintre Turner.
On est trĂšs Ă©loignĂ© de la fragilitĂ© des Ă©cosystĂšmes qu’a permis de rĂ©vĂ©ler et avec quelle actuelle acuitĂ©, la conscience Ă©cologique. L’orchestre de Franck dans ses climats Ă©nigmatiques capte la force d’un Ă©quilibre qui Ă©chappe totalement aux hommes. Ce chant des Ă©quilibres impĂ©nĂ©trables se lit aussi chez Schubert que Franck connaĂźt parfaitement et auquel il semble rendre hommage au mĂȘme titre que Bach et qu’à Beethoven (Symphonie Pastorale).

Si Liszt emprunte un chemin d’épreuves, marquĂ© par les obstacles, la fin quant Ă  elle, s’élĂšve en une lĂ©vitation mystique. Chez Franck, le mouvement est inverse : profondĂ©ment croyant, le compositeur pense et mĂ©dite la fragilitĂ© humaine, sa vaine puissance, son inĂ©luctable naufrage ; tout s’effondre dans l’ombre profonde, pesanteur si prĂ©sente dans le poĂšme d’Hugo. Et qui rend la sensibilitĂ© de Franck trĂšs proche de la lyre hugolienne.

Franck dĂ©ploie une maĂźtrise parfaite dans l’art des modulations harmoniques ; son gĂ©nie est tout autant convaincant dans la conception structurelle et l’architecture du poĂšme ; il tĂ©moigne d’un cycle de pressentiments et de tristesse ineffable (sentiment pesant/prĂ©sent dans le texte de Hugo).
La partition guĂšre enregistrĂ©e comparĂ©e Ă  celle de Liszt, fait entendre les mĂȘmes qualitĂ©s du maestro, directeur musical du Philhar depuis sept 2015 (et reconduit jusqu’en sept 2022). Le chef nous montre clairement la pertinence du compositeur face Ă  la source hugolienne.

Le poĂšme de presque 29 mn est Ă©noncĂ© comme une suite de respirations spirituelles lĂ  encore trĂšs emblĂ©matiques du mysticisme d’un Franck qui orchestre comme un peintre. Sans lourdeur ni Ă©paisseur, dans la transparence de la texture (et son activitĂ© scintillante : cf l’irisation frĂ©missante des six parties de violons au dĂ©but de la sĂ©quence), le geste de Mikko Franck respecte l’équilibre des plans, le relief des bois dans un miroitement continu des cordes.
Le chef ne se trompe pas, exprimant avec voluptĂ© le son de la grandeur croissante. Ainsi se prĂ©cise dans ses contours progressifs, la montagne magique. Ce que nous dit Franck ici c’est l’inĂ©narrable frĂ©missement du monde vivant et minĂ©ral, emprunt de mystĂšre et de secrĂštes vibrations (Ă  8’39, la flĂ»te Ă©merge sur la soie des cordes ; ou Ă 12’48, la clarinette ondulante, vaporeuse
). On gravit peu Ă  peu la montagne pour contempler enfin au dessus des cimes la clartĂ© grandiose du panorama. Et la misĂšre humaine.
Mais ce que nous dit la montagne, c’est l’ivresse de l’altitude. En maĂźtre absolu du tempo et de la sonoritĂ©, Mikko Franck nous montre qu’il sait en vrai poĂšte, ciseler la verve narrative de CĂ©sar Franck, avec cette transparence de la pĂąte sonore que ne maĂźtrisent pas les phalanges germaniques ; le maestro sait rĂ©vĂ©ler chez CĂ©sar, l’architecte et le gĂ©omĂštre de superbes paysages sonores.

 

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CLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. César Franck par Mikko Franck : Symphonie en ré, Ce que nous dit la montagne, Philharmonique de Radio France (1 cd Alpha). CLIC de CLASSIQUENEWS avril 2020.

César Franck (1822-1890) : Symphonie en ré mineur

Lento, allegro non troppo (18’35)
Allegretto : Andante, scherzo (10’04)
/ Allegro non tropppo (10’15)

CE QU’ON ENTEND SUR LA MONTAGNE
Poùme symphonique (28’20)

Durée totale: 1h07

Orchestre Philharmonique de Radio France
Mikko Franck, direction

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SCEAUX, 92. La Schubertiade : Schubert, Franck, Ravel

sceaux-schubertiade-pave-19-20SCEAUX (92). La Schubertiade, 12 oct 19. « Made in Franz ». Reprise du cycle de musique de chambre Ă  Sceaux, avec en fil rouge, la musique Schubertienne. Le premier volet de la nouvelle saison de La Schubertiade de Sceaux associe Schubert (Fantaisie en ut D 934) Ă  deux immenses Français romantiques, auteurs majeurs Ă  l’époque de Wagner : Saint-SaĂ«ns et Franck, dans deux partitions essentielles dans l’histoire de la musique romantique française, et aussi Ravel (l’irrĂ©sistible Tzigane).

Présentation des interprÚtes : 1er concert du cycle Made in Franz

Degand-Julien-e1559384374717-300x300” ReprĂ©sentante exceptionnelle du violon français, fondatrice et chef de « la Diane française », pĂ©dagogue recherchĂ©e, StĂ©phanie-Marie Degand est l’une des rares violonistes Ă  maitriser les codes d’un rĂ©pertoire allant du XVII° siĂšcle Ă  aujourd’hui. AssociĂ©e Ă  sa complice Christie Julien, partenaire privilĂ©giĂ©e sur scĂšne comme au disque, la voici dans un duo « so french » (titre de l’un de leurs albums) oĂč l’inspiration crĂ©atrice ne le cĂšde en rien Ă  la virtuositĂ©. Avec en prĂ©lude un merveilleux dialogue schubertien dans l’une de ses rares Ɠuvres pour cette formation. “

 

 

 

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Samedi 12 octobre 2019, 17h
HĂŽtel de Ville de Sceaux
Grande Salle

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.schubertiadesceaux.fr/la-programmation/edition-2019-2020/

 

 

 

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Programme :
Schubert : Fantaisie en ut D 934
Saint-Saëns : Introduction et rondo capriccioso
Franck : Sonate
Ravel : Tzigane

Stéphanie-Marie Degand, violon
Christie Julien, piano

CD critique. LEKEU : Sonate pour violon, Trio pour violon / violoncelle (Monteiro, Rocha, JP Santos (1 cd Brilliants – 2018)

lekeu guillaume violon piano monteiro miguel rocha JP santos piano cd brilliants critique review classiquenewsCD critique. LEKEU : Sonate pour violon, Trio pour violon / violoncelle (Monteiro, Rocha, JP Santos (1 cd Brilliants – 2018). Lekeu comme de nombreux gĂ©nies prĂ©coces fut fauchĂ© Ă  24 ans (mort Ă  Angers le 21 janvier 1894) par la fiĂšvre typhoĂŻde, nous laissant orphelins d’un talent rare et dĂ©jĂ  passionnĂ© dont la trĂšs riche texture, le goĂ»t des chromatismes, une pensĂ©e manifestement wagnĂ©rienne (en cela fidĂšle au goĂ»t de ses mentors D’Indy et Franck) demeure la promesse Ă©ternelle d’une maturitĂ© Ă  jamais refusĂ©e. Pourtant les deux partitions abordĂ©es ici indiquent clairement l’accomplissement manifeste d’une Ă©criture aboutie, dense, intense malgrĂ© le jeune Ăąge du compositeur romantique français. Il remporta d’ailleurs le 2Ăšme Prix de Rome belge en 1891 (pour sa cantate AndromĂšde Ă  rĂ©Ă©couter d’urgence). Le sens des couleurs, le flux harmonique aux modulations et passages ininterrompus façonnent un matĂ©riau particuliĂšrement opulent et actif, jusqu’à la saturation. A leur Ă©coute, le « Rimbaud » de la musique française n’a pas usurpĂ© son surnom, ni la pertinence de ce rapprochement poĂ©tique.

220px-Guillaume_Lekeu_ca._1886Souvent prĂ©sentĂ©e telle sa piĂšce maĂźtresse, la Sonate pour piano et violon en sol majeur, composĂ©e Ă  l’étĂ© 1892, crĂ©Ă©e avec succĂšs Ă  Bruxelles en mars 1893 par le violoniste cĂ©lĂšbre EugĂšne YsaĂże (qui fut surtout le commanditaire de la Sonate). Il faut beaucoup d’énergie et d’engagement, mais aussi de la finesse pour assumer ce lyrisme permanent dont la suractivitĂ© peut obscurcir le sens et la clartĂ© de l’architecture. Car influencĂ© aussi par Beethoven, Lekeu a la passion de la forme, du dĂ©veloppement, animĂ© par une ambition musicale et un instinct perfectionniste, en tout point remarquable. Tout s’enchaĂźne parfaitement dans cette Sonates Ă  2 voix dont l’acuitĂ© expressive fait briller un lyrisme mĂ©lodique dĂ©bordant, un sens de la structure aussi mieux Ă©quilibrĂ©e
 : canalisĂ© et construit dans le premier Ă©pisode « TrĂšs modĂ©ré » plutĂŽt sĂ©duisant et lĂ©ger ; le central « trĂšs lent » fait valoir les qualitĂ©s de nuances du violon plutĂŽt introspectif ; avant le Finale (TrĂšs animĂ©), ouvertement passionnĂ© voire dĂ©bridĂ© mais toujours frais et printanier.

Plus attachant selon notre goĂ»t, le Trio avec piano a le charme d’une sincĂ©ritĂ© rayonnante quoiqu’encore indĂ©cise voire maladroite dans son Ă©criture. Il est un peu plus ancien (composĂ© en 1890) oĂč se dĂ©ploie davantage dans sa construction plus explicite, l’influence de la structure beethovĂ©nienne, quoique le premier et dernier mouvement regorgent d’idĂ©es et de rĂ©miniscences harmoniques denses et mĂȘlĂ©es qui fondent les critiques regrettant trop de dĂ©veloppements. Ambitieuse, la partition dĂ©ploie 4 mouvements particuliĂšrement « bavards » ou 
dramatiques, diront les plus bienveillants. Âme passionnĂ©e et d’une force intranquille, Lekeu sait dĂ©ployer une imagination intime sans limites comme l’atteste le premier mouvement oĂč dialoguent deux Ă©pisodes trĂšs contrastĂ©s (lent puis allegro Ă©nergique), exprimant une palette de sentiments aussi prolixe que nuancĂ©e : de la douleur premiĂšre, Ă  la sombre rĂȘverie, 
 du renoncement furtif Ă  la dĂ©pression plus diffuse : tout ici par le filtre d’une sensibilitĂ© experte et hyperactive, dĂ©nonce et Ă©prouve l’échec et la rĂ©pĂ©tition des blessures intimes. Le trĂšs lent, puis le Scherzo, hautement syncopĂ©, enfin le finale qui est un Lent lui aussi, peut-ĂȘtre trop long quoique harmoniquement passionnant, accrĂ©ditent le gĂ©nie bien trempĂ© du jeune romantique; les trois interprĂštes malgrĂ© un piano Ă  notre avis trop prĂ©sent, au risque d’un dĂ©sĂ©quilibre sonore, restitue le jaillissement des motifs en Ă©chos ou en opposition ; que raffine aussi le violon tout en intensitĂ© maĂźtrisĂ©e du Bruno Monteiro. Restent la Sonate violoncelle / piano (1888), le Quatuor avec piano (1893) pour saisir le gĂ©nie d’un Lekeu juvĂ©nile et passionnant. De prochains enregistrements ? A suivre.

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CD, critique. Guillaume Lekeu (1870-1894) : Sonate pour violon et piano en sol majeur – Trio pour piano, violon et violoncelle en do mineur. Bruno Monteiro, violon. Miguel Rocha, violoncelle. JoĂŁo Paulo Santos, piano. 1 CD Brilliant Classics. Enregistrement rĂ©alisĂ© au Portugal, Ă©tĂ© 2018. Livret : anglais-portugais. DurĂ©e : 1h17mn

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

martinon jean the late years 1968-1975 reviex presentation account of comptre rendu critique classiquenews cd coffret 14 cd erato warnerclassics2564615497CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015. Erato Ă©dite les archives lĂ©gendaires contenant le testament artistique du chef Jean Martinon (1910-1976), baguette gĂ©nialement dĂ©taillĂ©e et d’une transparence idĂ©ale qui a fait vibrer et palpiter comme peu avant lui, les joyaux du symphonisme français, ceux signĂ©s Albert Roussel en particulier (le chef qui Ă©tait aussi compositeur a Ă©tudiĂ© la composition avec Roussel justement, d’oĂč sa profonde admiration / connaissance de l’Ă©criture rousselienne). Directeur musical du National de France de 1969 Ă  1973, Martinon enregistre plusieurs sommets orchestraux qui aujourd’hui rĂ©vĂšlent l’acuitĂ© incandescente de son geste… D’ailleurs les 3 premiers cd abordent ballets et Symphonies de Roussel, transfigurĂ©s par une direction exemplaire en tout point. Un accomplissement rare qui demeure une rĂ©alisation mythique (et qui fait donc l’attrait particulier du coffret ERATO 2015).

A la tĂȘte de l’Ortf, le chef français rĂ©alise un cycle d’enregistrements miraculeux

Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz…

Jean Martinon, habité par la grùce

 

CLIC_macaron_2014La direction de Martinon profite de son activitĂ© de compositeur (comme un Boulez aussi) : trĂ©pidation rythmique, puissance Ă©motionnelle, souffle Ă©pique, d’une prĂ©cision analytique et surtout d’un intensitĂ© poĂ©tique qui porte l’ivresse et l’extase d’Ariane dans les bras du Bacchus danseur (6), vĂ©ritable agent de la transe et de la mĂ©tamorphose qui conduit l’amoureuse abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e Ă  sublimer son destin, de tragique, bientĂŽt miraculeusement sauvĂ©e. L’Ă©lĂšve de Munch, Ă  qui l’Orchestre de Chicago propose la succession de Reiner, apporte Ă  Paris (il Ă©tait aussi violoniste), sa grande sensibilitĂ© et son expĂ©rience affĂ»tĂ©e des partitions.
Le rĂ©veil d’Ariane est un morceau d’anthologie de toute la littĂ©rature symphonique française, portĂ© par un Roussel au sommet de sa sensibilitĂ©. L’activitĂ© de l’orchestre, le dĂ©tail instrumental, le geste millimĂ©trĂ© et riche de mille nuances du chef français accrĂ©ditent a trĂšs haute valeur de ce coffret dans sa globalitĂ© : jamais la matiĂšre orchestrale ciselĂ©e avec autant de raffinement et de subtilitĂ© dramatique n’aura Ă  ce point exprimer l’incandescente progression de l’action : transformation de l’endormie en nouvelle Ăąme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e grĂące Ă  la magie de l’amour et d’une rencontre imprĂ©vue. Le 10 tire des larmes : baiser des deux amants ressuscitĂ©s oĂč le chant de l’orchestre atteint un sommet d’extase langoureuse oĂč rĂšgne surtout le geste filigranĂ© d’un maĂźtre maestro. Ne serait-ce que pour son legs Roussel, sublimĂ© par une connaissance miraculeuse, le coffret mĂ©rite le meilleur accueil : un corpus Ă  Ă©couter d’urgence par tous les mĂ©lomanes. A la tĂȘte de l’orchestre national de l’ORTF, en 1969 (Bacchus et Ariane, Suites 1 et 2 enchaĂźnĂ©es) puis en 1971 pour Le Festin de l’AraignĂ©e (autre splendeur absolue et de surcroĂźt lecture du ballet intĂ©grale), Jean Martinon se montre d’une prodigieuse activitĂ©, dramatique et poĂ©tique d’une grĂące irrĂ©sistible. L’ivresse et l’analyse opĂšrent une mĂȘme alchimie superlative pour les Symphonies 2 opus 23 et n°3 opus 42 avec le mĂȘme orchestre en 1969 et 1970 (cd2). Quand le cd3, offre le trop rare mais exceptionnel ballet Aeneas opus 54 sur le livret de Joseph Weterings, 13 Ă©pisodes d’une maturitĂ© poĂ©tique identique, (mĂȘme orchestre pilotĂ© en dĂ©cembre 1969 avec choeur) : caresse Ă©perdue des violoncelles, chambrisme scintillant des bois et des cuivres… Martinon produit une leçon de direction habitĂ©e, filigranĂ©e lĂ  encore oĂč le chant naturel des instruments exprime au plus juste le dĂ©voilement des sentiments secrets, l’activitĂ© de la psychĂ© qui tire les ficelles du destin d’EnĂ©e et de Didon.

Martinon jean erato the late years 1968 - 1975 Dukas, ROussel, Pierne, Berlioz PoulencAutre rĂ©vĂ©lation et sommet de l’interprĂ©tation des annĂ©es 1968 : la Symphonie en rĂ© de Franck (avec la national de l’Ortf toujours) dont Martinon dĂšs le dĂ©but (lento) faire resplendir une sonoritĂ© lugubre et cosmique, pleine de mystĂšre et de souffle Ă©pique, oĂč passe le grand frisson wagnĂ©rien : voilĂ  ce fameux wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ© spĂ©cifiquement par Franck et qui le diffuse avec cette Ă©lĂ©gance et cette pudeur tragique Ă  la fin du XIXĂš en France (la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck est crĂ©Ă©e en 1889). A Martinon qui fut aussi un grand MalhĂ©rien (comme Bernstein Ă  la suite de Walter), revient le mĂ©rite de nous faire entendre la gravitĂ© fantastique d’une partition dont il rĂ©tablit les justes proportions, et comme la vibration souterraine de sa gĂ©ographie tectonique, les dimensions chthoniennes, enfouies enfin rĂ©vĂ©lĂ©es, Ă  la fois colossales et intimes, d’une spiritualitĂ© qui se rĂ©vĂšle dans le second mouvement (allegretto, Ă  la fois andante et scherzo : fusion gĂ©niale) : Ă  travers des tempos ralentis, Ă©tirĂ©s mais suspendus et profonds… quelle comprĂ©hension supĂ©rieure, quel chatoiement orchestral. La baguette est acĂ©rĂ©e et vive, et tout autant brumeuse et Ă©nigmatique. Du trĂšs grand art. MĂȘme accomplissement pour la Symphonie en ut de Paul Dukas, autre Ă©blouissement sonore, profond et subtilement Ă©noncĂ© (1972). CrĂ©Ă© en 1897, Dukas prolonge les expĂ©riences dans le domaine de Saint-SaĂ«ns, Lalo, D’Indy, Franck, Chausson… C’est donc la lecture d’un jalon rĂ©capitulatif et comme synthĂ©tique de toute la tradition symphonique romantique française que rĂ©ussit Martinon.  Le maestro parvient malgrĂ© l’ampleur parfois colossal de l’effectif et de la matiĂšre sonore, Ă  prĂ©server toujours clartĂ©, transparence, jouant sur le voile irrĂ©mĂ©diablement dĂ©pressif des cordes. La rĂ©vĂ©lation vient aussi de l’ouverture Polyeucte que sa perfection structurelle et son souffle dramatique oriente vers la forme d’un poĂšme symphonique de prĂšs de 16mn. ElĂ©gantissime et profond, Martinon fait surgir Ă  travers les influences du jeune Dukas (26 ans), celles de Wagner et de Franck, un tempĂ©rament hors du commun pour le dramatise vĂ©nĂ©neux, empoisonnĂ© par les brumes inquiĂ©tantes, plongeant dans une psychĂ© tourmentĂ©e et profondĂ©ment tragique. L’Ă©clat mordorĂ© noir voire solennel de Dukas d’un caractĂšre mĂ©ditatif (l’harmonie des bassons doublĂ©e par le cor anglais) Ă©tend ses formidables vertiges suspendus repris aux cordes et aux cuivres. Le geste fluide, aux rĂ©sonances vĂ©nĂ©neuse affirme l’affinitĂ© manifeste du chef avec les derniers romantiques hexagonaux, prodigieux auteurs Ă  l’Ă©poque de Wagner et de Franck. Polyeucte dĂ©vorĂ© intĂ©rieurement entre son amour pour Pauline et sa foi de chrĂ©tien responsable, a tout du hĂ©ros embrasĂ© cornĂ©lien. Crispations ultimes, dĂ©chirements et dĂ©flagration du destin contraire, laissent enfin dans la derniĂšre partie, le flux impĂ©tueux suspendu, rĂ©dempteur de la harpe, Ă  l’image de la Symphonie en rĂ© de Franck (1889, modĂšle absolu). La partition crĂ©Ă©e en 1892 est un chef d’oeuvre mĂ©connu que Martinon avait dĂ©jĂ  compris comme personne.

 

L’acuitĂ© du symphonisme romantique et postromantique de Martinon trouve ici d’autres jalons incontournables : La PĂ©ri du mĂȘme Dukas (1971), La tragĂ©die de SalomĂ© de Schmitt opus 50 (1972), une saisissante Fantastique de Berlioz suivie de son volet complĂ©mentaire et nĂ©cessaire LĂ©lio ou le retour Ă  la vie (1972 et 1973), la Symphonie espagnole de Lalo opus 21 avec l’excellent Oistrakh (avec le Philharmonia Orchestra, Londres 1954). Autre must absolu. Les bĂ©nĂ©fices du coffret sont inestimables. Mais il y aurait tant d’autres splendeurs Ă  souligner dans ce coffret majeur : le PoĂšme de Chausson avec Perlman (1970), la Symphonie avec orgue de Saint-SaĂ«ns (Marie-Claire Alain, 1970, comme celle de Franck d’un souffle hallucinant), Cydalise de PiernĂ© de 1970, et Pacific 231 d’Honegger (1971), Les Escales d’Ibert (1974), la Symphonie n°4 de Schumann (avec l’orchestre mondial des jeunesses musicales, 1975), le ballet intĂ©gral El sombrero de tres picos de Falla (live de 1972)…

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueVoilĂ  un nouveau coffret qui complĂšte heureusement le coffret prĂ©cĂ©dent Ă©ditĂ© par Sony classical dĂ©diĂ© Ă  l’Ɠuvre de Martinon Ă  la tĂȘte du Chicago Symphony Orchestra (10 cd RCA, entre 1964 et 1969) soit juste avant les accomplissement Roussel avec l’Ortf. C’est peu dire que Martinon rĂ©alise Ă  Chicago une travail Ă©blouissant que son successeur Solti saura cultiver et faire fructifier… De l’un Ă  l’autre, s’affirme une mĂȘme direction ciselĂ©e, d’une profondeur et d’une subtilitĂ© qui laissent sans voix. Jean Martinon est bien un immense chef français Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

CLIC D'OR macaron 200CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. Collection ICON. CLIC de classiquenews de septembre 2015

Concert Franck, Saint-SaĂ«ns, Dvorak Ă  l’OpĂ©ra de Tours

franck_cesar_orgue_symphonie_reTours, Grand ThĂ©Ăątre. Concert Franck, Saint-SaĂ«ns… les 15 et 16 fĂ©vrier 2014. L’OSRCT (l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours) offre un bain symphonique et concertant, associant Franck, Saint-SaĂ«ns et Dvorak. Franck fut un des professeurs de Magnard, dont l’OpĂ©ra de Tours programme dĂ©but avril BĂ©rĂ©nice. ImprĂ©gnĂ© de mysticisme, dans la lignĂ©e de la musique religieuse de Liszt, l’intermĂšde de son oratorio RĂ©demption se fait rare dans les programmations, et c’est dommage. Le deuxiĂšme Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns est une merveille d’Ă©criture, de pyrotechnie pianistique et de clartĂ© dans l’Ă©locution musicale : l’autre face de cette Ă©cole française sera dĂ©fendue par Carole Carniel. DĂ©jĂ  invitĂ©e pour PĂ©trouchka, la pianiste pianiste est une des animatrices de la vie musicale rĂ©gionale, en particulier au sein de l’Atelier Musical de Touraine. DirigĂ© par Claude Schnitzler,fidĂšle chef invitĂ© Ă  Tours, le programme se conclut par une des symphonies rarement jouĂ©es de Dvorak, pleine des Ă©chos de sa terre natale et portĂ©e par une Ă©criture Ă©clectique oĂč s’affirment les germaniques, de Brahms Ă  Wagner…

Interlude RĂ©demption
Programme allĂ©chant car il inscrit une oeuvre trĂšs rare et pourtant Ă©blouissante signĂ© CĂ©sar Franck. RĂ©demption est un interlude symphonique de moins de 15 mn Ă  l’origine conçu comme un oratorio pour mezzo seule dans un version de 1873 qui cependant ne suscita aucun enthousiasme. L’oeuvre augmentĂ©e d’un choeur dans une seconde version suscitera enfin un tonnerre d’applaudissements, mais Franck Ă©tait mort avant de vivre son succĂšs; Il y est question du salut de l’humanitĂ© sauvĂ© par un Ă©lan fraternel (ce mĂȘme sentiment qui inspire le dernier mouvement de la 9Ăš de Beethoven). Aujourd’hui le texte de l’oratorio trop manifestement emphatique, est dĂ©laissĂ©… pour l’interlude purement orchestral qui en a Ă©tĂ© extrait : datĂ© de 1873, la matiĂšre de l’interlude d’un wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ©, superbement original, annonce l’Ă©criture de la Symphonie en rĂ©, sommet symphonique beaucoup plus tardif (1889).

La Symphonie n°5 en fa majeur, op.76 de Dvorak est crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1879 affirme une puissance d’inspiration en particulier dans son ultime mouvement qui annonce la grande rĂ©ussite de la Symphonie new yorkaise du Nouveau Monde n°8, crĂ©Ă© au Carnegie Hall en dĂ©cembre 1893. Dans l’Andante rĂšgne la douce et mĂ©lancolique rĂȘverie slave (doumka) ; dans le dernier mouvement (allegro molto), Dvorak semble prĂ©parer le rayonnement d’une joie pleine et irrĂ©sistible d’autant plus expressive et saisissante que lui prĂ©cĂšde un balancement imprĂ©visible entre ivresse, exaltation et angoisse aux racines certainement autobiographiques. La Symphonie profite de la rencontre Ă  Vienne avec Brahms dĂšs 1873, lequel l’inspire musicalement et l’aide concrĂštement Ă  Ă©diter ses oeuvres… C’est un pĂ©riode dĂ©cisive pour le compositeur nĂ© en BohĂȘme qui peu Ă  peu gagne une stature europĂ©enne. Plus composite que celle de Smetana, l’Ă©criture de Dvorak profite de son ouverture vers les auteurs germaniques : il fixe d’emblĂ©e le cadre et les enjeux de la symphonie tchĂšque, tout en cultivant la trĂšs forte spĂ©cificitĂ© slave et hongroise en rapport avec ses origines. De retour dans en TchĂ©koslovaquie, Dvorak accentue et colore encore davantage son Ă©criture symphonique avec Russalka de 1900, clair manifeste d’une Ăąme musicienne qui a la nostalgie Ă©merveillĂ©e de sa propre culture.

CĂ©sar Franck
RĂ©demption, interlude symphonique

Camille Saint-Saëns
Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur, op.22

AntonĂ­n DvorĂĄk
Symphonie n°5 en fa majeur, op.76

Carole Carniel, piano
Claude Schnitzler, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 15 fĂ©vrier 2014 – 20h
Dimanche 16 fĂ©vrier 2014 – 17h

conférences autour du concert
Samedi 15 fĂ©vrier Ă  19h00 – Dimanche 16 fĂ©vrier Ă  16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Saintes, Abbaye aux Dames : Alain PlanÚs joue Debussy et Franck, mercredi 5 février 2014, 20h30

Saintes, Abbaye aux dames. Alain PlanĂšs, piano. Le 5 fĂ©vrier 2014, 20h30. Amateur de peinture et Ă©rudit, Alain  PlanĂšs met son talent et sa poĂ©sie au service de plusieurs chefs d’Ɠuvre de la musique de chambre française (Debussy et Franck). Avec les solistes de l’Orchestre des Champs Ă©lysĂ©es, le pianiste propose un rĂ©cital hautement chambriste d’autant plus ciselĂ© que les musiciens de l’orchestre fondĂ© par Philippe Herreweghe jouent tous sur instruments anciens. style, goĂ»t, sonoritĂ©s ajustĂ©es sont donc au rendez-vous.

 

 

 

Saintes, Abbaye aux dames, La cité musicale
Alain PlanĂšs, piano

conversation chambriste

 

 

Saintes : RĂ©cital Alain PlanĂšs, piano

 

 

Au programme, chambrisme postromantique français de haut style : Quintette pour piano de CĂ©sar Franck, chef d’oeuvre hexagonal et vraie alternative au wagnĂ©risme global, puis Trio pour piano, violon et violoncelle Sonate pour alto, flĂ»te et harpe de Claude Debussy, Claude de France. Les interprĂštes rĂ©unis Ă  Saintes sauront-ils exprimer cette Ă©lĂ©gance et cette transparence française qui font la singularitĂ© des Français aux cĂŽtĂ©s des allemands ? RĂ©ponse lors de ce concert Ă©vĂ©nement Ă  Saintes, dans le cadre de la saison musicale de l’Abbaye aux Dames, La citĂ© musicale 2014.

Alain PlanĂšs joue Franck et Debussy Ă  Saintes

 

Mercredi 5 février 2014 à 20h30
Saintes, Abbaye aux dames
La cité musicale

 

Programme
CĂ©sar Franck, ‹Quintette pour piano et cordes
Claude Debussy, ‹Trio pour piano, violon et violoncelle, Sonate pour alto, flĂ»te et harpe
Alain PlanĂšs, piano
et les musiciens de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :‹ Alessandro Moccia et BĂ©nĂ©dicte Trottereau, violons‹. Jean-Philippe Vasseur, alto. ‹Andrea Pettinau, violoncelle‹. Pascale Schmidt, harpe. ‹flĂ»te : nom non communiquĂ©

 

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Franck : Symphonie en ré, 1889

Paris, TCE, mercredi 25 septembre 2013, 20h : Symphonie en rĂ© de Franck …

Georges PrĂȘtre dirige la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck

pretre_georges_Pretre_concertRien n’est comparable au monument qu’est l’unique Symphonie de CĂ©sar Franck (1889) : une synthĂšse des derniĂšres Ă©volutions symphoniques en France Ă  la fin des annĂ©es 1880, surtout un commentaire extrĂȘmement personnel et original du symphonisme germanique de Beethoven Ă  Wagner, auquel Franck (1822-1890), wagnĂ©riste motivĂ© et aussi membre de la SociĂ©tĂ© nationale de musique Ă  Paris, entend apporter une sorte de dĂ©menti: ” il y a bien une autre façon de composer pour l’orchestre aprĂšs Wagner (et ajoutons aussi aprĂšs Liszt) “, semble nous dire le gĂ©nial liĂ©geois. A la fois portĂ©e par un souffle spirituel irrĂ©sistible (en liaison avec la ferveur personnelle de son auteur), la Symphonie en rĂ© frappe par son audace formelle, sa parfaite architecture comme le jeu subtil des rĂ©fĂ©rences et correspondances qui se rĂ©pondent d’un mouvement Ă  l’autre 


Monument symphonique de 1889

franck_cesar_orgue_symphonie_reEn pratique, la rĂ© mineur (crĂ©Ă©e non sans rebondissements et rĂ©sistances Ă  Paris en 1889) succĂšde aux jalons du genre: Symphonie espagnole de Lalo (1875), Symphonie romantique de JonciĂšres (1876, hommage wagnĂ©rien personnel), Symphonie avec orgue de Saint-SaĂ«ns (1885), Symphonie CĂ©venole de D’indy (1886)
 Franck, critiquĂ©, vilipendĂ© mĂȘme par ses contemporains, trop antiwagnĂ©riens, sont aveuglĂ©s par dogmatisme et ne trouvent ici que pĂ©dantisme et Ă©paisseur, surtout wagnĂ©risme non dĂ©passĂ©. Or c’est tout l’inverse: dĂ©diĂ© Ă  son Ă©lĂšve Duparc, la Symphonie de Franck dĂšs le dĂ©but dĂ©veloppe ce caractĂšre profond et empoisonnĂ© (tristanesque) et excelle dans l’art tĂ©nu et si subtil de la modulation et du dĂ©veloppement cellulaire, offrant surtout une leçon d’écriture cyclique: les motifs Ă©tant rĂ©itĂ©rĂ©s tout au long des mouvements mais dans une formulation mĂ©tamorphosĂ©e constante, soulignant dans l’écriture cette fluiditĂ© structurelle que doit diffuser l’orchestre. La cellule paraĂźt et rĂ©apparaĂźt, ses rĂ©itĂ©rations n’étant jamais identiques au premier Ă©noncĂ©; chacun de ses avatars jalonne les progrĂšs et les avancĂ©es du flux dramatique. Chacun des trois thĂšmes dĂ©veloppĂ©s sĂ©parĂ©ment dans chacun des trois mouvements est exposĂ© dĂšs le dĂ©but; leur combinaison superposĂ©e relĂšve de la rĂ©solution libĂ©ratrice qui structure encore l’architecture globale de l’Ɠuvre.

UnitĂ© organique, symphonie en Ă©pisodes. Comment prĂ©server l’unitĂ© et la cohĂ©rence du flux orchestral, en un tout organique malgrĂ© la nĂ©cessitĂ© du plan en quatre parties, c’est Ă  dire par Ă©pisodes, de mise depuis les Viennois classiques et romantiques: Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert
?
Par le principe cyclique trĂšs largement exploitĂ© et avec quelle finesse et intelligence par Franck. Un concept magistralement dĂ©fendu par Berlioz dans sa Symphonie Fantastique de 1830. Alors le cycle c’est Ă  dire la rĂ©itĂ©ration des thĂšmes prĂ©cĂ©demment Ă©coutĂ©s, emblĂšme du romantisme symphonique français? : trĂšs certainement. Franck au moment de la crĂ©ation de son chef d’Ɠuvre est personna non grata parmi les plus conservateurs, ceux qui dans le sillon orthodoxe de Saint-SaĂ«ns considĂ©raient le musicien belge comme un traĂźtre au nationalisme musical dĂ©fendu par la SociĂ©tĂ© nationale de musique. Depuis 1870, il reste patriotique de dĂ©tester l’art germanique. En Ă©largissant l’inspiration et la composition vers le style allemand, celui de Beethoven et de Wagner, Franck avait provoquĂ© une vague d’opposition sans pareil, qui se traduit trĂšs vite par une incomprĂ©hension de son Ɠuvre. Ambroise Thomas, Gounod Ă©pinglent sans nuance la Symphonie de Franck, la jugeant maladroite, aride, dogmatique,
 c’est Ă  dire insupportablement germanique (lisztĂ©enne et wagnĂ©rienne).

Or, maĂźtre des climats les plus contrastĂ©s, Franck Ă©merveille littĂ©ralement entre la gravitĂ© lizstĂ©enne du lento-allegro non troppo initial, et le pastoralisme lumineux et mĂ©lancolique de l’Allegretto (Ă  la fois andante et scherzo)
 C’est en particulier dans le Finale-Allegretto on troppo oĂč sont rĂ©capitulĂ©s tous les thĂšmes moteurs et leurs combinaisons souterraines que gonfle une voile orchestrale d’un nouveau souffle, quasi mystique quand la harpe se joint aux cordes, dialoguant avec les cuivres de plus en plus solennels et profonds. L’Ɠuvre est traversĂ©e par l’expĂ©rience des gouffres dĂ©sespĂ©rĂ©s puis, Ă  l’instar des constructions lisztĂ©ennes, s’élĂšve Ă  mesure de son dĂ©veloppement, en une arche puissante et trĂšs texturĂ©e mais jamais Ă©paisse ni lourde
 LisztĂ©enne et wagnĂ©rienne, beethovĂ©nienne et poĂ©tiquement totalement originale, comme structurellement façonnĂ©e selon le principe cyclique, la Symphonie suppose une maĂźtrise idĂ©ale sur le plan musical et artistique.

La Symphonie en ré de César Franck est couplée avec :
Poulenc : les animaux modĂšles, concerto pour 2 pianos
Orchestre de Paris
Georges PrĂȘtre, direction

logo_francemusiqueFrance Musique, en direct du TCE Ă  Paris, dĂšs 20h
Mercredi 25 septembre 2013

César Franck : Symphonie en ré, 1889

France Musique, en direct ce soir, 20h. Franck: Symphonie en rĂ© par Georges PrĂȘtre …

Georges PrĂȘtre dirige la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck

franck_cesar_orgue_symphonie_reRien n’est comparable au monument qu’est l’unique Symphonie de CĂ©sar Franck (1889) : une synthĂšse des derniĂšres Ă©volutions symphoniques en France Ă  la fin des annĂ©es 1880, surtout un commentaire extrĂȘmement personnel et original du symphonisme germanique de Beethoven Ă  Wagner, auquel Franck (1822-1890), wagnĂ©riste motivĂ© et aussi membre de la SociĂ©tĂ© nationale de musique Ă  Paris, entend apporter une sorte de dĂ©menti: ” il y a bien une autre façon de composer pour l’orchestre aprĂšs Wagner (et ajoutons aussi aprĂšs Liszt) “, semble nous dire le gĂ©nial liĂ©geois. A la fois portĂ©e par un souffle spirituel irrĂ©sistible (en liaison avec la ferveur personnelle de son auteur), la Symphonie en rĂ© frappe par son audace formelle, sa parfaite architecture comme le jeu subtil des rĂ©fĂ©rences et correspondances qui se rĂ©pondent d’un mouvement Ă  l’autre …

 

Monument symphonique de 1889

 

pretre_georges_Pretre_concertEn pratique, la rĂ© mineur (crĂ©Ă©e non sans rebondissements et rĂ©sistances Ă  Paris en 1889) succĂšde aux jalons du genre: Symphonie espagnole de Lalo (1875), Symphonie romantique de JonciĂšres (1876, hommage wagnĂ©rien personnel), Symphonie avec orgue de Saint-SaĂ«ns (1885), Symphonie CĂ©venole de D’indy (1886)… Franck, critiquĂ©, vilipendĂ© mĂȘme par ses contemporains, trop antiwagnĂ©riens, sont aveuglĂ©s par dogmatisme et ne trouvent ici que pĂ©dantisme et Ă©paisseur, surtout wagnĂ©risme non dĂ©passĂ©. Or c’est tout l’inverse: dĂ©diĂ© Ă  son Ă©lĂšve Duparc, la Symphonie de Franck dĂšs le dĂ©but dĂ©veloppe ce caractĂšre profond et empoisonnĂ© (tristanesque) et excelle dans l’art tĂ©nu et si subtil de la modulation et du dĂ©veloppement cellulaire, offrant surtout une leçon d’Ă©criture cyclique: les motifs Ă©tant rĂ©itĂ©rĂ©s tout au long des mouvements mais dans une formulation mĂ©tamorphosĂ©e constante, soulignant dans l’Ă©criture cette fluiditĂ© structurelle que doit diffuser l’orchestre. La cellule paraĂźt et rĂ©apparaĂźt, ses rĂ©itĂ©rations n’Ă©tant jamais identiques au premier Ă©noncĂ©; chacun de ses avatars jalonne les progrĂšs et les avancĂ©es du flux dramatique. Chacun des trois thĂšmes dĂ©veloppĂ©s sĂ©parĂ©ment dans chacun des trois mouvements est exposĂ© dĂšs le dĂ©but; leur combinaison superposĂ©e relĂšve de la rĂ©solution libĂ©ratrice qui structure encore l’architecture globale de l’Ɠuvre.

UnitĂ© organique, symphonie en Ă©pisodes. Comment prĂ©server l’unitĂ© et la cohĂ©rence du flux orchestral, en un tout organique malgrĂ© la nĂ©cessitĂ© du plan en quatre parties, c’est Ă  dire par Ă©pisodes, de mise depuis les Viennois classiques et romantiques: Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert…?
Par le principe cyclique trĂšs largement exploitĂ© et avec quelle finesse et intelligence par Franck. Un concept magistralement dĂ©fendu par Berlioz dans sa Symphonie Fantastique de 1830. Alors le cycle c’est Ă  dire la rĂ©itĂ©ration des thĂšmes prĂ©cĂ©demment Ă©coutĂ©s, emblĂšme du romantisme symphonique français? : trĂšs certainement. Franck au moment de la crĂ©ation de son chef d’Ɠuvre est personna non grata parmi les plus conservateurs, ceux qui dans le sillon orthodoxe de Saint-SaĂ«ns considĂ©raient le musicien belge comme un traĂźtre au nationalisme musical dĂ©fendu par la SociĂ©tĂ© nationale de musique. Depuis 1870, il reste patriotique de dĂ©tester l’art germanique. En Ă©largissant l’inspiration et la composition vers le style allemand, celui de Beethoven et de Wagner, Franck avait provoquĂ© une vague d’opposition sans pareil, qui se traduit trĂšs vite par une incomprĂ©hension de son Ɠuvre. Ambroise Thomas, Gounod Ă©pinglent sans nuance la Symphonie de Franck, la jugeant maladroite, aride, dogmatique,… c’est Ă  dire insupportablement germanique (lisztĂ©enne et wagnĂ©rienne).

Or, maĂźtre des climats les plus contrastĂ©s, Franck Ă©merveille littĂ©ralement entre la gravitĂ© lizstĂ©enne du lento-allegro non troppo initial, et le pastoralisme lumineux et mĂ©lancolique de l’Allegretto (Ă  la fois andante et scherzo)… C’est en particulier dans le Finale-Allegretto on troppo oĂč sont rĂ©capitulĂ©s tous les thĂšmes moteurs et leurs combinaisons souterraines que gonfle une voile orchestrale d’un nouveau souffle, quasi mystique quand la harpe se joint aux cordes, dialoguant avec les cuivres de plus en plus solennels et profonds. L’Ɠuvre est traversĂ©e par l’expĂ©rience des gouffres dĂ©sespĂ©rĂ©s puis, Ă  l’instar des constructions lisztĂ©ennes, s’Ă©lĂšve Ă  mesure de son dĂ©veloppement, en une arche puissante et trĂšs texturĂ©e mais jamais Ă©paisse ni lourde… LisztĂ©enne et wagnĂ©rienne, beethovĂ©nienne et poĂ©tiquement totalement originale, comme structurellement façonnĂ©e selon le principe cyclique, la Symphonie suppose une maĂźtrise idĂ©ale sur le plan musical et artistique.

La Symphonie en ré de César Franck est couplée avec :
Poulenc : les animaux modĂšles, concerto pour 2 pianos
Orchestre de Paris
Georges PrĂȘtre, direction

logo_francemusiqueFrance Musique, en direct du TCE Ă  Paris, dĂšs 20h
Mercredi 25 septembre 2013

 

Illustrations: CĂ©sar Franck (DR), Georges PrĂȘtre (DR)

Compte-rendu: Tours,Jean-Yves Ossonce, OSRCT, le 12 janvier 2013

Compte rendu, concert Ă  Tours. Superbe programme de musique française oĂč Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours captivent dans la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck…

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Superbe programme de musique française pour dĂ©buter l’an neuf Ă  Tours: inspirĂ© et portĂ© par de prĂ©cĂ©dents accomplissements dĂ©diĂ©s aux Ɠuvres hexagonales, Jean-Yves Ossonce poursuit son exploration inspirĂ©e du symphonisme français. On lui connaĂźt d’irrĂ©sistibles apports chez Magnard, mais aussi SĂ©verac ou Ropartz… ces derniers opportunĂ©ment enregistrĂ©s en studio (et tous unanimement cĂ©lĂ©brĂ©s pour leur indĂ©niable force convaincante). Ce soir, pour le plus grand plaisir des auditeurs, le chef et son orchestre jouent Roussel, Tomasi, surtout Franck dont avouons-le, la Symphonie en rĂ©, massif mythique du symphonisme français Ă  la fin du XIXĂš (1889) incarne pour nous cet Ă©lĂ©gance Ă©pique, ce souffle magistral et poĂ©tique, vraie alternative au wagnĂ©risme dominant.

Franckisme exaltant

La Suite en fa de Roussel (crĂ©Ă©e Ă  Boston en 1927 sous la direction de son commanditaire le chef Serge Koussevitzky) enchante par son allant rythmique, sa vitalitĂ© printaniĂšre dont les multiples raffinements de l’orchestration (admirables couleurs des vents trĂšs exposĂ©s et subtilement combinĂ©s) Ă©galent et Debussy et Ravel. L’Ă©clat et l’engagement dont font preuve les interprĂštes offrent une excellente entrĂ©e en matiĂšre dans un concert tripartite qui brille autant par sa diversitĂ© que sa profonde cohĂ©rence : les trois Ɠuvres du programmes se rĂ©pondent par leur fini instrumental comme le soin frappant apportĂ© Ă  leur construction dramatique.

Le Concerto pour trompette (1948) du Marseillais d’origine corse, Henri Tomasi (dĂ©cĂ©dĂ© en 1971),
chef-d’Ɠuvre absolu de finesse allusive laisse s’accomplir une nouvelle entente : celle du trompettiste Romain Leleu et des musiciens tourangeaux. Les qualitĂ©s de la partition sont surtout atmosphĂ©riques, avec point culminant de l’Ɠuvre, le nocturne central (Andantino), Ă  la fois grave, solennel, d’une subtilitĂ© bellinienne Ă©blouissante, serti de joyaux suggestifs et d’une pudeur secrĂšte, et ce travail spĂ©cifique sur le timbre (sourdine ” Bol” Ă  la douceur enfantine primitive)); le soliste sait ainsi ciseler les registres poĂ©tiques alternĂ©s quand il passe d’un timbre l’autre grĂące Ă  son instrument polymorphe dont il change avec maestriĂ  l’identitĂ© sonore, comme aussi avec la sourdine (dite “Robinson” au timbre feutrĂ©, finement cotonneux) dans le premier mouvement. L’accord soliste et chef est admirable, porteur d’un accomplissement sonore d’une rare vĂ©ritĂ©. Chef et instrumentiste savent exprimer chez Tomasi, les visions du poĂšte wanderer, ses contours vaporeux, sa langue Ă©vanescente, fluide, somptueusement pudique. La musicalitĂ© du trompettiste, la direction suggestive du maestro Ă©blouissent.

AprĂšs la pause, voici la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck. A son Ă©poque, le monument fut incompris voire Ă©cartĂ© par le milieu parisien alors tendu par les aspirations germanophobes : trop dogmatique, trop allemande, trop wagnĂ©rienne… la Symphonie de Franck suscita nombre de critiques des compositeurs qui souhaitaient en vĂ©ritĂ© rĂ©gler leur compte avec celui qui Ă©tait jugĂ© comme un traĂźtre par les tenants d’un nationalisme Ă©triquĂ©. De fait, en dehors des instrumentalisations inĂ©vitables liĂ©es au contexte, l’ouvrage est un chef d’Ɠuvre, un jalon essentiel dans l’histoire de la symphonique romantique Ă  la française.

Or si Franck emprunte certes aux ” Ă©trangers “: Beethoven pour le souci de la construction formelle; Liszt pour l’architecte d’abord sombre puis tournĂ©e de plus en plus vers la lumiĂšre ; Wagner certes pour ces audaces harmoniques et ce chromatisme souvent vĂ©nĂ©neux… l’Ă©loquence resserrĂ©e, cet idĂ©al d’Ă©quilibre, de mesure, de correspondance, cet art de la litote, du condensĂ© et du synthĂ©tique, demeurent rĂ©solument français comme le principe du motif cyclique dont les rĂ©itĂ©rations multiples et changeantes assurent l’extrĂȘme unitĂ© organique d’une partition parmi les mieux Ă©crites qui soient.

Dans ce parcours de dĂ©fis permanents, Jean-Yves Ossonce fait un florilĂšge de superbes rĂ©solutions: le chef impose d’emblĂ©e une homogĂ©nĂ©itĂ© coulante et simple d’une admirable Ă©vidence, ce dĂšs le dĂ©but. La lisibilitĂ©, la clartĂ© et l’Ă©quilibre soulignent une aisance manifeste qui soigne toujours l’Ă©loquence du geste… et prĂ©serve l’enchaĂźnement des sections, leurs rĂ©ponses successives, l’allant du flux dramatique, le gĂ©nie de la totalitĂ© organique.

Le cƓur de la symphonie demeure ici l’harmonie rayonnante des bois et des vents qui abordent chacune des reprises des motifs avec un goĂ»t sĂ»r : flĂ»te, hautbois (et cor anglais pour le second mouvement), clarinette auxquels il convient de souligner l’accent particulier du cor et de la harpe… L’ombre n’Ă©tant jamais absente dans une symphonie en clair obscur, le formidable paysage du second mouvement (et ses pizzicati des cordes accompagnant la harpe mystĂ©rieuse) s’Ă©lĂšve tel une incantation au mystĂšre, une porte vers les Ă©toiles, une antichambre dont le flux constellĂ© de scintillements des plus raffinĂ©s prĂ©pare au dĂ©voilement du 3Ăšme mouvement: Franck n’y fait pas que rĂ©exposer les thĂšmes antĂ©rieurs du I et du II dĂ©jĂ  entendus: il les rĂ©assemble, les superpose en une nouvelle construction qui rĂ©sout toutes les tensions prĂ©alables. Ce jeu formel fait aussi entendre la rĂ©sonance des cimes ou les brumes flottantes d’une conscience dĂ©sormais en lĂ©vitation: graves profonds des contrebasses au diapason d’une harpe de mieux en mieux chantante, chef et musiciens font surgir le bruissement des Ă©lĂ©ments premiers, la vibration primordiale (Ă©cho des premiers accords du Ring?) d’une sorte de transe Ă©veillĂ©e, point culminant de la symphonie et qui exprime de la part de son auteur, une indĂ©niable pensĂ©e mystique. Sans dĂ©monstration vaine, au diapason d’une justesse intĂ©rieure qui s’accomplit peu Ă  peu, Jean-Yves Ossonce et son orchestre donnent lĂ  encore une leçon de symphonisme transparent, fin, intelligent. Superbe programme.

Tours. Grand Théùtre, le 12 janvier 2013. Roussel, Tomasi, Franck (Symphonie en ré). Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Illustration: Romain Leleu, Jean-Yves Ossonce © G.Proust 2013