COMPTE-RENDU, critique. MONTPELLIER, le 14 juil 2019. LES PIANOS DE LA BALTIQUE : L KrupiƄski, P Jumppanen, M Rubackytė.

montpellier festival radio france 2019 soleil de nuit concerts annonce critique opera classiquenewsCOMPTE-RENDU CRITIQUE LES PIANOS DE LA BALTIQUE, FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE MONTPELLIER, 14 juillet 2019, Lukasz KrupiƄski, Paavali Jumppanen, MĆ«za Rubackytė. Du 10 au 26 juillet 2019, la 35Ăšme Ă©dition du Festival Radio France Occitanie Montpellier a rendu hommage Ă  l’incroyable foisonnement crĂ©atif des pays nordiques: c’est un paysage musical exotique et vaste qu’elle a ouvert aux festivaliers, par la venue d’artistes autochtones, proposant un abondant rĂ©pertoire de compositeurs cĂ©lĂšbres ou mĂ©connus. Le piano a Ă©tĂ© largement prĂ©sent sur les scĂšnes du festival, et l’aprĂšs-midi du 14 juillet, une triade de rĂ©citals lui Ă©tait consacrĂ©e. Les « Pianos de la Baltique »  nous ont invitĂ©s au voyage avec Lukasz KrupiƄski, Paavali Jumppanen, et MĆ«za Rubackitė.

 
 

Lukasz KrupiƄski: clartĂ© et raffinement
Le benjamin Lukasz KrupiƄski, pianiste polonais ĂągĂ© de 27 ans, a enchaĂźnĂ© de nombreux prix et distinctions; il est notamment laurĂ©at de l’édition 2015 du Concours Chopin de Varsovie oĂč il a Ă©tĂ© demi-finaliste, et a Ă©tĂ© finaliste au concours Feruccio Busoni de Bolzano en 2017, et enfin Premier Prix du concours de San Marino en 2016. Si les compositeurs qu’il a choisi d’interprĂ©ter nous sont familiers, nous dĂ©couvrons un artiste talentueux et inspirĂ©, au jeu raffinĂ© truffĂ© d’idĂ©es musicales. Le troisiĂšme prĂ©lude et fugue en do diĂšse mineur BWV 872 du Clavier bien tempĂ©rĂ© de Bach, conduit dans la profondeur du son et d’une Ă©mouvante tenue, prĂ©cĂšde la Barcarolle opus 60 de Chopin: comme il rĂ©alise bien ce balancement de la main gauche au tout dĂ©but, par une lĂ©gĂšre suspension de son mouvement! Puis elle devient parfaitement stable sous le chant en tierces de la main droite au dĂ©licat rubato, libre et limpide, lumineux et comme bercĂ© d’une heureuse et paisible insouciance. Sa Barcarolle avance dans une douce fluiditĂ©, laissant percer de micro-contrechants inattendus. KrupiƄski prend le temps des belles choses, dessine des guirlandes mĂ©lodiques aux lignes souples et dĂ©liĂ©es, met de l’air entre les notes, et lorsque le ton devient plus passionnĂ©, c’est sans emphase et sans tension prĂ©cipitĂ©e, mais Ă  pleine voix et dans la plĂ©nitude harmonique dont toute la richesse nous apparaĂźt. C’est chantĂ©, ça respire, c’est beau! La quatriĂšme Ballade opus 52 de Chopin est de la mĂȘme veine: elle chante, magnifiquement timbrĂ©e, dans une clartĂ© naturelle. Lorsque l’effusion hĂ©roĂŻque progressivement s’installe, la main gauche s’affermit, fait sonner les basses, soutient solidement de ses flots de notes le rĂ©cit Ă©pique. Il y a dans le jeu de KrupiƄski, une largeur vocale et une transparence de l’harmonie qu’il n’écrase jamais du poids des fortissimi. C’est une ballade resplendissante et passionnĂ©e dont il a enfoui les sombres et dĂ©chirants accents. En cerise sur le gĂąteau, sa grande Valse brillante opus 18 de Chopin a du chien, et invite Ă  la danse. Avec autant de dĂ©licatesse digitale et de soin apportĂ© aux timbres, il aborde les pages tourmentĂ©es de la troisiĂšme sonate opus 23 de Scriabine, intitulĂ©e « États d’ñme ». Dans l’agitation fougueuse du drammatico, comme dans la tendre contemplation de l’andante, son jeu donne tout Ă  entendre, Ă©tage les nappes sonores, s’ancre dans les graves, ou au contraire plane en apesanteur. Son programme s’achĂšve avec la Valse de Ravel, qu’il fait virevolter, aĂ©rienne, grisante. Elle soulĂšve des voiles de mousseline glissĂ©s sur le clavier d’un imperceptible mouvement de ses doigts, s’anime jusqu’au tourbillon final, exulte, Ă©blouissante et vertigineuse. KrupiƄski n’aura cessĂ© de nous sĂ©duire par  sa dĂ©monstration d’un art pianistique dans toutes ses subtilitĂ©s.

Paavali Jumppanen: dans la modernité
Paavali Jumppanen est un pianiste venu de Finlande. FormĂ© auprĂšs de Krystian Zimerman Ă  BĂąle, il a aussi Ă©tudiĂ© l’orgue, le pianoforte et le clavecin. Il a collaborĂ© avec de nombreux compositeurs contemporains comme Boulez, Dutilleux, Murail, Penderecki et des compositeurs finlandais, dont Usko MerilĂ€inen (1930-2004) dont il va jouer sa Sonate n°2. Auparavant ce sont trois des Dix piĂšces opus 58 de SibĂ©lius qui introduisent son programme: RĂȘverie, Scherzino et Fischerlied. Le pianiste qui joue dans le fond du clavier pare d’une belle sonoritĂ© ces piĂšces attachantes alternant lyrisme Ă  l’allure romantique (Fischerlied), modernitĂ© d’écriture qu’il souligne, et subtilitĂ© mĂ©lodique (RĂȘverie). S’il se rĂ©vĂšle ĂȘtre un excellent interprĂšte de la musique du XXĂšme siĂšcle, il est moins convainquant dans Schubert, dont il joue la Wanderer Fantaisie en ut majeur D 760. Le dĂ©but manque de prĂ©cision et de projection. Il semble prioriser une lecture verticale de l’Ɠuvre dont le cours mĂ©lodique souffre un peu. Les passages « pp » sont d’une belle intĂ©rioritĂ© mais il ne parvient pas Ă  donner d’ampleur dans les forte. Le voici dans son Ă©lĂ©ment avec la Sonate n°2 de MerilĂ€inen (crĂ©Ă©e par Solomon en 1966). Dans cette piĂšce austĂšre alternant grands blocs d’accords et notes isolĂ©es rĂ©pĂ©tĂ©es, il parvient Ă  crĂ©er un monde mystĂ©rieux, par des effets d’échos, et de diffraction du son. Le pianiste rend, pour finir, hommage au compositeur français Debussy, et Ă  notre fĂȘte nationale, dans des extraits des PrĂ©ludes du Livre 2. BruyĂšres a de belles couleurs mais il lui manque ce petit rien poĂ©tique et lĂ©ger qui lui donne sa grĂące, cet impalpable je-ne-sais-quoi. Par contre il fait merveille dans les autres prĂ©ludes: GĂ©nĂ©ral Lavine est spirituel et bourrĂ© d’humour, Ondine une fĂ©e des eaux vivace, insaisissable et facĂ©tieuse, et les Feux d’artifice Ă©clatent en fulgurances puis se dissolvent dans des liquiditĂ©s habilement colorĂ©es avant de fondre dans l’évocation de la Marseillaise en lointain Ă©cho. On retiendra de ce concert la dĂ©couverte d’un artiste ouvert sur la diversitĂ© des esthĂ©tiques et profondĂ©ment attachĂ© Ă  la musique de son pays dont il a Ă  cƓur de partager l’univers et les Ă©motions. D’ailleurs il reviendra en bis avec SibĂ©lius et son merveilleux cinquiĂšme Impromptu de l’opus 5, miroitant et superbe de fluiditĂ©.

MĆ«za Rubackitė: le piano expressionniste
On connait l’engagement de la pianiste lituanienne MĆ«za Rubackitė dans la promotion de la culture de son pays aprĂšs s’ĂȘtre impliquĂ©e pour l’indĂ©pendance de la Lituanie lorsqu’elle Ă©tait sous le joug soviĂ©tique. Grande interprĂšte de Liszt, elle a fondĂ© en 2009 le Vilnius Piano Festival. Elle clĂŽture cet aprĂšs-midi nordique par un concert original et inĂ©dit consacrĂ© pour salpes grande partie aux compositeurs baltes. Le premier est le lituanien Mikalojus Konstantinas Čiurlionis (1875-1911), qui, fait exceptionnel, mena Ă©galement une carriĂšre de peintre, liant l’expression musicale Ă  celle picturale. L’esprit romantique domine dans les six prĂ©ludes et les deux nocturnes que la pianiste interprĂšte avec passion. La personnalitĂ© forte de cette artiste Ă©clate dĂšs les premiĂšres mesures: son jeu direct ne cherche pas Ă  sĂ©duire, ni mĂȘme Ă  s’arrondir, sans ĂȘtre pour autant anguleux. Elle laisse libre court Ă  l’expression sans fard de sentiments Ăąpres, rudes, ou mĂȘme parfois violents, sombres, ponctuant ces accĂšs de pauses mĂ©ditatives bouleversantes et d’un apaisant Ă©pisode pastoral inattendu au cƓur du pathos de ces pages. Ce sont ensuite trois courts prĂ©ludes (opus 13 n°1 et opus 19 n°1 et 2) du compositeur letton Jāzeps VÄ«tols (1863-1948), Ă©lĂšve de Rimski-Korsakov, qu’elle donne Ă  dĂ©couvrir. Le second (opus 19 n°2) surprend par ses accents presque schumanniens, voire mĂȘme faurĂ©ens, tandis que l’opus 19 n°1 s’ébranle d’une agitation passionnĂ©e. Pourquoi Louis Vierne (1870-1937), compositeur français maĂźtre de la Schola Cantorum, dans un tel programme? Parce que sans doute ses PrĂ©ludes pour piano opus 36 ont un thĂšme qui renvoie Ă  l’histoire douloureuse de la Lituanie que la pianiste a vĂ©cue dans toute son acuitĂ©: ils se rĂ©fĂšrent au dĂ©chirement et Ă  la perte (l’angoisse de la guerre et la perte d’un ĂȘtre cher). Le second Livre rassemble des piĂšces aux titres sans Ă©quivoque: Évocation d’un jour d’angoisse, Dans la nuit, SuprĂȘme appel, Sur une tombe, Adieu, et Seul. C’est donc un cycle sombre et tragique dont MĆ«za Rubackitė exprime sans mĂ©nagement les dĂ©sespĂ©rances, de la supplication Ă©perdue de SuprĂȘme appel, la mĂ©lancolie dĂ©sabusĂ©e de Sur une tombe, la douloureuse angoisse d’Adieu, le tourment de Seul qui s’achĂšve dans l’extinction. On aurait ensuite attendu davantage de prĂ©caution sonore dans la Valse opus 38 et les quatre Études (opus 8 n°9, opus 42 n°5, opus 8 n°11 et N°12) de Scriabine. Mais le jeu de la pianiste persiste dans le mĂȘme esprit. EnflammĂ©, trĂšs exaltĂ©, il est lĂąchĂ© sans retenue, manque parfois de prĂ©cision, demeure Ă©corchĂ©, expressionniste. Les lignes mĂ©lodiques souffrent ici d’attaques trop dures, perdent en horizontalitĂ©, en subtilitĂ©. Le Liebestraum de Liszt apportera en bis une derniĂšre touche rĂ©confortante par son lyrisme chaleureux, Ă  ce programme bouleversant mais par moment glaçant. MĆ«za Rubackitė n’est pas de ces musiciennes que l’on oublie. Elle est une grande dame, de celles qui ne maquillent rien, se livrent telles qu’elles sont, telles que leur histoire les a forgĂ©es, et donnent sens Ă  leur art.

COMPTE-RENDU, critique, CONCERTS. MONTPELLIER, Fest Radio France, le 13 juillet 2019. Sokhiev, Chamayou, Guerrier


montpellier festival radio france 2019 soleil de nuit concerts annonce critique opera classiquenewsCOMPTE-RENDU CRITIQUE. CONCERT LES TABLEAUX D’UNE  EXPOSITION-I, FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE MONTPELLIER, 13 juillet 2019, ONCT direction Tugan Sokhiev, Bertrand Chamayou, piano, David Guerrier, trompette, Sibelius, Chostakovitch, Moussorgski. Le Festival Radio France a ouvert sa 35Ăšme Ă©dition le 10 juillet, « Soleil de nuit ». Jusqu’au 26 juillet, les musiques du Nord, le thĂšme choisi cette annĂ©e, ont diffusĂ© un vent de fraicheur  sur Montpellier et toute l’Occitanie, proposant quantitĂ© de dĂ©couvertes et raretĂ©s aux cĂŽtĂ©s des monuments du rĂ©pertoire. Les salles climatisĂ©es du Corum, immense espace en lisiĂšre de la vieille ville conçu dans les annĂ©es 80 par l’architecte Claude Vasconi, ont offert aux festivaliers un confort apprĂ©ciable Ă  tous points de vue, en particulier acoustique. Le 13 juillet, le public Ă©tait invitĂ© Ă  une soirĂ©e grand format avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse sous la direction de son chef Tugan Sokhiev, le pianiste Bertrand Chamayou et le trompettiste David Guerrier.

 

 

SOKHIEV PROPULSE FINLANDIA
La salle OpĂ©ra Berlioz est pleine Ă  craquer. Le piano n’occupe pas encore le devant de la scĂšne. En prĂ©lude l’ONCT donne le poĂšme symphonique Finlandia de SibĂ©lius. On est dĂšs lors conquis par la prĂ©sence charismatique de Tugan Sokhiev Ă  la tĂȘte de l’orchestre, qu’il embarque dans sa vision puissante et grandiose de l’Ɠuvre du finlandais. La phalange toulousaine rĂ©pond Ă  merveille Ă  sa gestuelle expressive et prĂ©cise, belle de surcroĂźt, dans ses moindres inflexions. Le chef pose sur l’Ɠuvre de grands aplats de couleurs, caractĂ©risant les timbres de chacun des pupitres. Il dĂ©ploie la large opulence des cuivres, trace de grandes lignes avec les cordes au legato d’une homogĂ©nĂ©itĂ© remarquable, auxquelles il mĂȘle les couleurs rondes et suaves des bois. Sokhiev nous subjugue par sa maniĂšre de conduire les dynamiques, de soulever la grande masse orchestrale en partant de l’attaque la plus douce, mais enracinĂ©e, sans que l’on ne sente aucune inertie, aucune pesanteur terrestre, pour la propulser d’un seul souffle dans un lyrisme enivrant de beautĂ©.

 

 

CHAMAYOU ET GUERRIER FONT CINGLER CHOSTAKOVITCH
ComposĂ© dans les annĂ©es trente, le concerto pour piano, trompette et orchestre Ă  cordes opus 35 de Chostakovitch est redoutable pour les doigts des pianistes de par la rĂ©activitĂ© et la prĂ©cision rythmique qu’il requiert. La trompette y tient un second rĂŽle dans la mesure oĂč son apparition est Ă©pisodique alors que le piano mĂšne le jeu. Mais comme Ă  l’opĂ©ra, le second rĂŽle ici instrumental y est tout aussi essentiel. La trompette de David Guerrier illumine cette Ɠuvre piquante oĂč le piano ne tarie pas de son bavardage, par touches successives, dans la volubilitĂ© de son propos Ă  l’articulation claire et, lorsque cela est opportun, dans le soutien infaillible du souffle. Bertrand Chamayou s’y jette avec des doigts acĂ©rĂ©s et lestes, ses phalanges prĂ©cises et solides agrippent le fond des touches, dĂ©capent l’Ɠuvre dans des sonoritĂ©s de fer (Allegretto). Le pianiste la prend Ă  bras le corps, dans un engagement physique sidĂ©rant, guettant les gestes du chef et les instruments d’un Ɠil furtif. La synchronisation est parfaite entre Sokhiev et les solistes, qui s’entendent pour la teinter de dĂ©rision et de fĂ©rocitĂ©, d’espiĂšglerie aussi, s’en amusent, en accusent les humeurs changeantes. Dans la longue mĂ©lopĂ©e du second mouvement (lento), Chamayou traverse des contrĂ©es intĂ©rieures ombrageuses de mĂ©lancolie, portĂ© par le beau et lisse legato des cordes, relayĂ© par le chant apaisĂ© de la trompette bouchĂ©e, jusqu’au court moderato introduisant l’allegro con brio final, cinglant, irrĂ©sistible de furieuse et joyeuse frĂ©nĂ©sie. Le public a raison d’apprĂ©cier ces deux musiciens-comĂ©diens qui ponctuent cette premiĂšre partie avec le savoureux « Rondo for Lifey » de Leonard Bernstein.

 

 

TUGAN SO KIEV!
Tour au musĂ©e avec les Tableaux d’une exposition de Modest Moussorgski, dans l’arrangement de Maurice Ravel. Si Tugan Sokhiev et l’ONCT ont gravĂ© ce chef-d’Ɠuvre dans un CD remarquĂ©, paru sous le label NaĂŻve en 2006, leur interprĂ©tation en concert continue de fasciner par sa flamboyance. La somptuositĂ© de l’orchestration de Ravel est bien servie par le chef qui n’a pas une approche monolithique de l’Ɠuvre mais en souligne avec mĂ©ticulositĂ© toutes les subtilitĂ©s. En grand coloriste, il brosse plus que des tableaux, et fait de chaque « intermezzo » une scĂšne de thĂ©Ăątre, vivante, suggestive de toutes les expressions humaines. La fin est spectaculaire: il ouvre grand et large la Grande Porte de Kiev, monumentale mais pas Ă©crasante, fait sonner de vraies cloches dans l’orchestre, et pare cet Ă©pilogue des feux des cuivres, clouant sur place un public revigorĂ©, impressionnĂ© par tant de majestĂ©. Pour finir, un bis qui arrive tout en douceur: la premiĂšre GymnopĂ©die d’Éric Satie arrangĂ©e par Claude Debussy.
Avec le mage Tugan Sokhiev, l’ONCT dĂ©montre une nouvelle fois son excellence. Puisse la connivence artistique de la phalange toulousaine et du chef russe durer et nous offrir encore longtemps autant de rĂ©jouissants programmes!

 

 
 

 

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