LYON. Festival de La Tour Passagère, du 15 juin au 15 juillet 2015 : musique et théâtre sous le signe du baroque

LYON. Festival de La Tour Passagère, du 15 juin au 15 juillet 2015 : musique et théâtre sous le signe du baroque. Une tour en bois, et passagère, pour abriter durant un mois une trentaine de représentations sous le signe de Shakespeare en évoquant  la structure et les modalités de son  incomparable Théâtre du Globe. La tentative des bords de Saône est originale, elle fédère des forces instrumentales et vocales de Compagnies amarrées à Lyon et  invite d’autres artistes pour célébrer le plus grand et le plus énigmatique des Baroqueux. Longue vie estivale…

En hommage au Grand Will
festival-la-tour-passagere-lyon-15-juin-15-juillet-2015Tour Passagère, joli nom pour un Festival en structure de bois, devant les flots  d’une Saône à la fois passante et en image arrêtée («  on ne se baigne jamais dans le même fleuve», disait Héraclite). La déclaration d’intention souligne que pendant ce mois du début d’été, au square Delfosse, à deux pas du Débarcadère, ex-péniche qui fut longtemps un lieu apprécié de concerts, et aux portes du nouveau quartier de la Confluence, ce sera « théâtre élisabéthain, tout en bois qui s’inspire de ce qu’on faisait au temps de Shakespeare : trois niveaux, 12  mètres de haut, un espace atypique où le public (300 spectateurs) fait cercle autour d’artistes toujours proches, au parterre ou aux deux balcons  circulaires ». Et en hommage au Grand Will, on nous promet « des spectacles audacieux et décalés », qui en tout cas jouent sur la double appartenance, théâtre et musique ; c’est Jérôme Salord qui assume la direction artistique de cette Tour post-baroque.

La perle irrégulière
Tout en honorant le Baroque, cette « perle irrégulière » que définissaient les Portugais et qui « régna » sur l’Europe (mais aussi l’Amérique)  pendant au moins deux siècles, quelque part entre Renaissance et retour au classicisme ou fuite  dans le romantisme. Notre France du XVIIe, où la rigueur cartésienne et surtout l’ordre monarchique (Louis le Quatorzième, quand il ne fut plus l’ado abrité par les jupes de sa Maman et du Cardinal Mazarini) remplacèrent précocement le beau désordre baroque, en sait long sur les inconvénients  de mettre une sourdine au « change » (le changement ainsi qu’on le désignait  alors) et au  trop d’imaginaire. Encore que sous la glace courut longtemps une eau plus vive, mais c’est autre histoire…

Etre ou ne pas être, bien sûr
Donc, un mois de « passage » et de « change », ouvert comme il se doit par un Hamlet revisité en « hallucination baroque  par 20 comédiens (Compagnie Les Mille Chandelles) et musiciens » (partition originale Ch.Emmanuel Brunner et Clémence Fougea), pour mieux sentir « souffle et violence, mouvement et mystère » d’une des histoires les plus troublantes  inventées en Europe. Les Asphodèles font de la « commedia dell’arte moderne, avec fée-sorcière, défis hip-hop, forêt magique, human beat-box ( ?) », qu’un prix coup de cœur au club de la presse a consacré en Avignon il  y a deux ans. Et puis embardée  hors des clous de la chronologie avec le Duo Eve, une pianiste, E(lena Soussi) et une soprano, V(iolett) E Renié, qui font aller de Baudelaire en Verlaine par les compositeurs XIXe. Va-et-vient du Baroque à la Comédie musicale tendance Broadway, par Lisandro Nesis et Raphael Sanchez ; le même Lisandro dirigera ensuite ses Sospiranti pour un mélange d’airs de Lulli.  Kaléidoscopes en trio ou duo : du côté résolument classique puis romantique, le tout jeune Trio Palmer (A.Diep , A.Guénand, T.Maignan) joue Haydn et Brahms. Et une thématique Roméo et Juliette(de Weber à …Piazzolla) par les déjà connus Samuel Fernandez au piano et Anne Ménier (elle fut 20 ans en ONL, et « 2nde » chez les Debussy).

Spleen anglais et south barocco
Tiens, Piazzolla bis : en un Tango que les jeunes et déjà célèbres du Quatuor Varèse (sortis du CNSM Lyon) dansent avec  l’accordéoniste Philippe Bourlois.  Retour au « change » et au dieu Protée avec l’absolu du baroque éternel, ici les Métamorphoses d’Ovide en 4 histoires de femmes (une comédienne, Léna Rondé, trois musiciennes).  Les ensembles lyonnais « baroqueux » apportent leur contribution au culte shakespearien. Le Concert de l’Hostel Dieu (F.E.Comte) chante Purcell « who ainsi is Back », par la voix d’Anthéa Pichanik, « version spleen d’Angleterre », puis aborde sous le titre de South Barocco en Italie des « folies sensuelles », avec la voix de la soprano Heather Newhouse, authentique (désormais d’entre Rhône et Saône) … Canadienne.   Noces  un tant soit peu morganatiques (et temporaires ?) de Céladon ( le groupe de Paulin Bundgen) et de Borée(ades, zut, c’est le  dieu du Vent glacial, tutellé par son  metteur en scène Pierre Alain Four), en un remake du New-Yorkais Paul Emerson qui joua dans les Seventies le castrat Farinelli (« Farinelli-XXIe-Sexe »).

Mozart d’enfer en paradis
Comme on n’est pas loin (espace et temps) d’Ambronay-Festival, le jeune Contre-Sujets (6 instrumentistes) préface  sa participation de septembre en In Concerto Stat Virtus, et là le public vote pour le concerto préféré, un bis lui étant offert à «  choisir dans le répertoire de la nation retenue ». Démarche qui fait écho à la Classe d’orchestre de la flûtiste et chef Lilian Feger, où « musiciens venus du classique, une fois inscrits sur le site, vous répétez et jouez sur scène, occasion unique de participer pleinement ». De la fantaisie imaginative avec un Satané Mozart, où les Swing Hommes (3 musiciens, 2 théâtreux : humour et jazz) accueillent « en bas » le Divin qui achève là son Requiem avant de le faire remonter « en haut » pour un Paradis bien gagné.

Je pleure du désir de rêver encore
baroni diana la macorina concert clic de classiquenewsClassique news vient de mettre en  relief  « La Macorina » de Diana Baroni, « voyage latino-américain envoûtant » . Et le lendemain de la Fête Nationale (les libertés, ne l’oublions pas plus que  la prise de la Bastille), pour clôturer les festivités passagères, un bal Renaissance où les Boréades veilleront sur vous : «  sous le regard attentif de Véronique Elouard qui vous guidera de pas en pas et de bras en bras, pas besoin d’être danseur émérite ».
Un rien de Tempête shakespearienne pour conclure : « L’île est pleine de résonances, d »accents, de suaves mélodies qui enchantent sans blesser. Tantôt  mille  instruments vibrants bourdonnent à mes  oreilles ; tantôt des voix, si je m’éveille, m’endorment à nouveau ; alors je crois voir en songe des nuages s’ouvrir, révélant des richesses prêtes à choir sur moi, si bien qu’en m’éveillant je pleure du désir de rêver encore. »

Festival de La Tour Passagère, Square Delfosse, près Confluence de Lyon.  33 représentations du 15 juin au 15 juillet (19h, 20h30, 21h).
Information et réservation : www.latourpassagere.com; T.06 27 30 11 72.