CD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977).

decca-phase-4-stereo-stereo-concert-series-coffret-visuel-carreCD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977). Phase 4 stereo ou le son Decca des sixties and seventies… En 1962, Decca lance sa communication sur la technologie d’enregistrement “phase 4 stereo” : en nombre (la console du mixage son dispose à présent de 20 canaux différents, tous tout autant individualisés), les micros multiplient les pistes révélant les détails de l’orchestration, une nouvelle conception de l’espace sonore aussi se précise, qui permet à l’auditeur de (re)découvrir les Å“uvres avec une richesse d’informations plus fine et plus variée. Avec le nombre des micros pendant la prise, le nombre des musiciens peut aussi s’accroître sans épaississement du son global. D’où la surenchère parfois dans le choix de programmes résolument spectaculaires, c’est à dire sur le plan du marketing, plus prometteurs, donc vendables et juteux (les grandes Å“uvres symphoniques type 9ème de Beethoven, les thématiques à grands effets – cf. le 41ème cd “bonus”, intitulé “Battle stereo”…), les pages au symphonisme flamboyant du style Capriccio espagnol de RImsky, Bolero de Ravel, sans omettre les valses populaires singées Strauss, ou Offenbach… tout cela compose une mémoire musicale qui croisée avec une technologie audacieuse a trouvé ses publics dans les années 1960 et 1970, deux décennies miraculeuses pour l’industrie du disque vinyle…. avant l’avènement du compact dans les années 1990. Dommage qu’avec une telle volonté de renouvellement, les producteurs n’aient pas trouvé alors les interprètes capables de relever les défis de partitions complexes et spectaculaire comme les Gurrelieder de Schönberg, la Symphonie n°8 des Mille de Mahler -, … qu’importe la diversité des oeuvres et des effectifs dont il est question dans cette (première?) compilation, remplit aisément le contenu du coffret Decca.

 

 

 

Decca phase 4 : le nouveau son des sixties…

 

A partir de 1964, les tests ayant tous été réalisés, et s’avérant positifs, le classique investit lui aussi la nouvelle technologie “phase 4″ : l’esthétique qui en découle relève d’un pari où les réactions suscitées sont radicalisées. Trop brillante et séduisante, trop riche en effets, – Å“uvre des ingénieurs du son qui relisent et dénaturent les partitions, plutôt qu’approfondissement de véritables musiciens, chaque lecture technologiquement habile et attractive paraît creuse et artificielle pour les puristes. A chacun de juger… De fait, l’oreille capte des détails infimes, mais peut être déconcertée par une sensation spatiale et sonore totalement nouvelle. Tout cela ne change en rien l’esprit et les caractères propres d’une interprétation : mieux, la technologie plus fine ici dévoile les limites ou les qualités de chaque lecture.

N’écoutez par exemple que le cd 23 : la Symphonie n°1 “Titan” de Gustav Mahler par Erich Leinsdorf à la tête du Royal Philharmonic Orchestra prend un relief régénéré où tous les pupitres sont quasiment traités à égalité, avec une précision et une définition accrues. Un spectre détaillé qui n’existe pas pour l’auditeur/spectateur dans une salle de concert (enregistré en avril 1971) : une démonstration de clarté qui présente toutes les ressources de l’orchestre, ses facettes combinées, comme un acte de pédagogie instrumentale.

Certainement beaucoup de jeunes et nouveaux mélomanes séduits par l’objet vinylique ont été attirés par une technique d’enregistrement plus flatteuse, mais le clinquant parfois dégoulinant – avec des micros qui exacerbent la portée sonore naturelle des instruments provoquant des distorsions dans le format global peut s’avérer contreproductif… par exemple Lorin Maazel dans Strauss et surtout Tchaïkovsky (Francesca da Rimini cd 22) en rebutera plus d’un… “kitsh”, outrageusement pathétique voire aguicheur, le geste de certains, – chefs et orchestre- veulent trop en montrer : plus tapageur et bruyant que vraiment ciselé, suggestif…; au coeur de cette esthétique accessible et séduisante, évidemment la générosité du London festival orchestra and chorus sous la direction de Stanley Black (avec le concours de l’inévitable producteur requis d’office pour de grandes messes orchestrales et populaires : Tony d’Amato…) : le récital “Capriccio !”, comprenant le Boléro de Ravel, les Polovtsiennes de Borodin, et surtout le morceau toujours irrésistible : Capriccio espagnol de Rimsky (couplé avec l’Italien de … Tchaïkovski), dès juin 1964, donc aux origines de l’aventures musicale et technique- ; puis, “Spectacular Dances (Dvorak, Johann Strauss II, Ponchielli : danse des heures de La Gioconda-, Brahms, Falla, Smetana et Berlioz… véritable pot pourri de standards valsés pour orchestre et ici souvent réécrit pour les besoins de la cause (1966, 1969)… sans omettre le lyrisme sucré mais très affiné du Royal Philharmonic orchestra et Eric Rogers dans ” The immortal works of Ketelbey” (et ses sifflements d’oiseaux en veux-tu en voilà…), programme symphonique et choral conçu comme un opéra orchestral… riche lui aussi en guimauve sonore (février 1969). Les grandes messes symphoniques ont toujours cours dans les années 1970, relectures des grands ballets romantiques dont Le lac des cygnes et Casse noisette de Piotr Illiytch : en particulier par le Philharmonique de la Radio néerlandaise dirigé par Anatole Fistoulari, avec une fièvre nerveuse jamais éteinte (1972-1973).

Beaucoup plus convaincantes les gravures réalisées sous la houlette d’Antal Dorati : équilibre entre précision de la prise et élégance du chef qui préserve malgré la volonté de démonstration technologique, une parfaite dose de musicalité, comme de goût (certains diront trop classique et lisse, mais la lisibilité s’avère ici une bel argument qui sait profiter des ressources de la technologie) : Symphonie n°9 du Nouveau Monde de Dvorak (1966) ; Pierre et le loup (avec Sean Connery en narrateur) couplé avec The young Person’s Guide to the Orchestra de Britten (1966 également) ; Suite de ballet extraite de la Boutique fantasque de Rossini (narrative et humoristique puis féerique dans le nocturne) couplée avec la Suite Rossiniana de Respighi (Londres 1976, cd 10) ; même date (1976) pour Carmina Burana porté par une très bonne distribution (Norma Burrowes, John Shirley-Quirk…).

Il est naturel qu’un autre chef soucieux de pédagogie et d’accessibilité du répertoire au plus grand nombre tel que Leopold Stokowski (et à un âge canonique) se soit engouffré dans la brêche “Phase 4″, avec une énergie souvent bouleversante : jamais en panne d’inspiration, le chef hyperactif qui aimait transposer voire réécrire, a enregistré selon cette technologie, proposant aux ingénieurs Decca, des programmes de son cru : on relève ainsi réalisés dès 1964 Sheherazade et le Capriccio espagnol de Rimsky, puis en 1966 : la 5ème de Tchaikovski et le Concerto pour violon de Glazounov ; l’éblouissant programme wagnérien composé à partir de fragments du Ring (Chevauchée des Walkyries, murmures de la forêt ; entrée au Walhalla ; voyage de Siegfried sur le Rhin ; Mort de Siegfried)… l’engagement du chef est total : il y exprime un hommage – véritable acte de ferveur caractérisé pour le génie dramatique de Wagner, par le seul chant finement détaillé de l’orchestre seul ; une étonnante et très articulée autant que passionnée Symphonie n°9 de Beethoven, porté par un indiscutable souffle dramatique – du très grand Stokowski de septembre 1967 (solistes Heather harper, Helen Watts, Donald McIntyre…)- ; les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans la transcription du chef, complétée par sa propre synthèse symphonique d’après Boris Godounov… Même sens du scintillement instrumental pour le programme français comprenant la Fantastique de Berlioz de 1968 et la Suite n°2 de Daphnis et Chloé de Ravel (1970)…

Distinguons aussi les deux volumes dirigés par l’agile et subtil Charles Munch : le ballet intégral de La Gaieté parisienne de 1965 (dont la facétie détaillée n’a rien à envier aux plus fins standards de Johann Strauss II… série de perles enjouées que termine la Barcarolle des Contes d’Hoffmann), couplé avec Pins et Fontaines de Rome de Respighi (1967) ; même inventivité fiévreuse pour les Suites de Carmen et de l’Arlésienne de janvier 1967.

Dans une prise de son plus globale où perce moins le détail de chaque instrument (voir avant Maazel ou Stokowski), les Valses straussiennes (Beau Danube Bleu, Voix de printemps) par le Boston Pops orchestra sous la directon d’Arthur Fiedler en 1975 s’avère un excellent compromis entre la prise très aérée et la tenue “haute couture et frou frou” de l’orchestre et du chef (cd14).

Autre perle, le legs du compositeur pour Hitchcock entre autres, Bernard Hermann auquel Decca dédie 2 cd : Music from the great Hitchcock movie thrillers (Psycho, Marnie, Vertigo… 1968) ; puis ” The fantasy film World of Bernard Herrmann (Voyage au centre de la terre, le 7è voyage de Sindbad, Fahrenheit 451… 1973).

Et ce n’est pas tout : le mélomane curieux et ouvert prendra plaisir à redécouvrir des artistes alors plébiscités par les ingénieurs et les producteurs Decca : le guitariste Paco Peña (Flamenco pur “live”,août 1971); la pianiste pure icône des seventies, Ilana Vered (Yellow River Concerto et n°21 de Mozart, 1974)… Même un rien tapageur voire démonstratif, la plupart des programmes, actes pédagogiques actifs, ont séduit des générations de nouveaux mélomanes. Les contributions des chefs Dorati, Munch, Stokowski rehaussent encore la valeur hautement musicale et esthétique de ce coffret de 40 cd, idéal pour les fêtes (et pour tester aussi les performances en précision et définition du spectre sonore, de vos appareils hifi…).

 

 

 

CD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977). La boîte contient aussi un livret important comportant le témoignage des ingénieurs du son, des producteurs Decca, des anecdotes variées sur les sessions d’enregistrements et sur les chefs et artistes qui y ont participé (124 pages, en anglais uniquement).