Opéra de Lille : nouvelle production de Didon & Énée

Purcell-portraitLILLE, OpĂ©ra. PURCELL : Didon et EnĂ©e : 3 – 10 dĂ©cembre 2021. Dans L’ÉnĂ©ide, Virgile Ă©voque l’amour passionnĂ© de Didon, reine de Carthage qui s’éprend d’ÉnĂ©e, prince de Troie ; ce dernier après la chute de l’empire troyen fuit avec son peuple jusqu’en Italie. Sur la cĂ´te tunisienne, EnĂ©e trouve repos et confort auprès de Didon. Mais une magicienne fĂ©roce invoque et dĂ©chaĂ®ne toutes les forces du mal contre cette union trop heureuse… Henry Purcell s’empare du drame antique ; il en dĂ©duit un nouveau genre pour le public anglais de 1689 : l’opĂ©ra.
L’Opéra de Lille affiche en décembre une autre rencontre prometteuse, celle de l’ensemble en résidence le Concert d’Astrée (Emmanuelle Haïm, direction) et la compagnie Peeping Tom, alliant danse et théâtre, cultivant en particulier le fantastique, le songe, et qui signe ainsi sa première mise en scène d’opéra.
Profondeurs de la solitude et du désespoir de Didon, héroïsme virile d’Énée, appelé à fonder de l’autre côté de la Méditerranée un autre empire… romain, … tout s’oppose ici à la juste résolution de l’action. L’amour engendre la folie.
Avec les « échappées musicales électroniques », imaginées par le compositeur Atsushi Sakaï qui entend prolonger la partition de Purcell « pour pénétrer, par des glissements à peine perceptibles, dans l’esprit de la reine amoureuse puis perdue ».
Durée : +/- 1h45, sans entracte.

PURCELL : Didon et Enéeboutonreservation
Opéra de Lille,
les 3, 6, 7, 9 et 10 décembre 2021

Réservez directement vos places sur le site de l’Opéra de Lille
https://www.opera-lille.fr/fr/saison-21-22/bdd/cat/opera/sid/100040_didon-et-enee

Didon et Énée
Opéra en trois actes de Henry Purcell (1659-1695)
Livret Nahum Tate

Direction musicale : Emmanuelle HaĂŻm
Mise en scène et chorégraphie : Franck Chartier / Peeping Tom

Avec
Didon, La Magicienne, Un Esprit: Marie-Claude Chappuis
Énée, Un Marin: Jarrett Ott
Belinda, Seconde Sorcière: Emőke Baráth
Deuxième Dame, Première Sorcière: Marie Lys

opera-de-lille-purcell-didon-et-enee-pepping-tom-haim-critique-opera-classiquenewsLe Concert d’Astrée choeur et orchestre
ensemble en résidence à l’Opéra de Lille
Les artistes de Peeping Tom :
Eurudike De Beul, Marie Gyselbrecht, Hun-Mok Jung, Brandon Lagaert, Chen-Wei Lee, Yi-chun Liu, Romeu Runa et Vidal Arzoni.

Paris, Berlioz 2019 : Nouveaux Troyens Ă  Bastille

berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasPARIS, Bastille. BERLIOZ : LES TROYENS. 28 janv – 12 fev 2019. Nouvelle production attendue Ă  l’OpĂ©ra Bastille, temps fort de l’annĂ©e BERLIOZ 2019 : 150è anniversaire de sa mort (en 1869). L’ouvrage en 5 actes et 9 tableaux remonte Ă  1863. Il a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en morceaux et de façon incomplète du vivant de son auteur, qui le considĂ©rait comme son grand Ĺ“uvre, et aussi l’objet de son amertume car non rĂ©connu Ă  sa juste mesure, celui qu’admirait Liszt et Wagner, ne connut jamais la gloire espĂ©rĂ©e. D’après Virgile, Berlioz rĂ©gĂ©nère la noblesse de la tragĂ©die inspirĂ©e par la Mythologie. Ses modèles sont Ă©videmment Gluck, – Ă©lĂ©gance et raffinement de la dĂ©clamation, expressivitĂ© dramatique infĂ©odant toute l’architecture musicale, – surtout Berlioz s’inspire de Rameau et de ses tragĂ©dies en musique, parmi les plus achevĂ©es : Hippolyte, Cator et Pollux, Les BorĂ©ades… Berlioz prolonge le goĂ»t des timbres, le chant de l’orchestre, la souverainetĂ© de la musique, valeurs très affirmĂ©es chez le Dijonais baroque. En deux parties imposantes et expressives, oĂą c’est le texte et son intelligibilitĂ©, oĂą s’imposent les mouvements de l’orchestre, Les Troyens s’articulent d’abord par « La Prise de Troie » oĂą Cassandre se distingue par son humanitĂ© tragique ; puis dans « Les Troyens Ă  Carthage », volet final qui doit sa puissance poĂ©tique au portrait du couple maudit car impossible, Didon et ÉnĂ©e. Berlioz renouvelle aussi la leçon de Meyerbeer, ce grand opĂ©ra Ă  la française, comprenant divertissement, ballets, de grands tableaux collectifs qui contrastent avec l’intimitĂ© de duos, trios dĂ©chirants. Comme chez Meyerbeer, l’opĂ©ra de Berlioz est tragique et moral : rien ne rĂ©siste Ă  la marche de l’Histoire ; les grandes amoureuses (Didon) y sont sacrifiĂ©es, et laissĂ©es suicidaire face au hĂ©ros (EnĂ©e) qui suit son devoir, coĂ»te que coĂ»te. L’opĂ©ra s’achève sur la mort de Didon, en un vaste incendie qui signifie la fin d’un monde, quand un autre se prĂ©cise : Rome car EnĂ©e quitte Didon pour fonder la nouvelle dominatrice de l’Europe…
Il est des productions qui affirment dans les deux rĂ´les moteurs de Cassandre puis Didon, la mĂŞme interprète, gageure pour la chanteuse, – dĂ©fi annoncĂ© qui s’est souvent rĂ©vĂ©lĂ© … suicidaire.

Heureusement Ă  notre avis, l’OpĂ©ra Bastille choisit deux excellentes donc prometteuses interprètes : StĂ©phanie d’Oustrac en Cassandre ; Elina Garanca d’abord programmĂ©e ayant dĂ©clarĂ©e forfait le 31 dĂ©c 2018, est remplacĂ©e par Ekaterina Semenchuk, pour le rĂ´le de Didon. Chacune a son aimĂ©, Chorèbe, mâle martial habitĂ© par la grâce et la tendresse (StĂ©phane Degout) ; Didon aime sans retour EnĂ©e (Bryan Hymel).
Cette nouvelle mise en scène attendue certes, devrait décevoir à cause du metteur en scène choisi Dmitri Tcherniakov dont l’imaginaire souvent torturé et très confus devrait obscurcir la lisibilité du drame, cherchant souvent une grille complexe, là où la psychologie et les situations sont assez claires. Son Don Giovanni dont il faisait un thriller familial assez déroutant ; sa Carmen plus récente, qui connaissait une fin réécrite… ont quand même déconcerté. De sorte que l’on voit davantage les ficelles (grosses) de la mise en scène, plutôt que l’on écoute la beauté de la musique. Le contresens est envisageable. A suivre…

LIRE notre dossier BERLIOZ 2019, 150 ans de la mort de Berlioz
https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/lestroyens