DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca)

Otelo verdi renee fleming semyon bichkov metropolitan opera dvd decca 2012 critique compte rendu operaDVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca). Le dernier Verdi sait créer de sublimes atmosphères psychologiques dont profite évidemment son Otello. Suivant son cher Shakespeare dans l’expression d’un drame noir et étouffant, le compositeur outre le rôle d’Otello confié à un ténor stentor (au format wagnérien) offre surtout au rôle de Desdemona, l’épouse abusivement outragée d’Otello, par son mari même, un sublime personnage lyrique pour les sopranos, qui tire sa dignité et sa profonde loyauté, sa bouleversante sincérité dans l’air du saule et sa prière au IV, avant que le maure ivre de jalousie (et manipulé par Iago) ne la tue en l’asphyxiant dans l’oreiller de sa couche. Verdi offre sa meilleure intrigue : resserrée, nuancée, contrastée et profonde. Avec Boito, il a révisé son Boccanegra (1881) et s’apprête bientôt à composer Falstaff. Créé en 1887 à La Scala, Otello est un immense succès. Au cœur du sujet, porté par les vers taillés, ciselés de Boito, Verdi rejoint l’arête vive et sanglante des drames abrupts et profonds, pourtant poétiques de Shakespeare.

Déjà présentée en février et mars 2008, cette production a montré ses qualités, classiques certes mais efficaces et claires. Les vertus viennent surtout des chanteurs (en l’occurrence de la diva que l’on attendait et qui n’a pas déçu). Si sous la direction du même chef (Semyon Bychkov), Renée Fleming (Desdemona), Johan Botha (Otello) rempilent ici en octobre 2012, le reste de la distribution a changé à commencer par le péril dans la demeure, l’infâme intriguant Iago (Falk Struckmann) et Cassio (Michael Fabiano).

Fleming : bouleversante Desdemona
otello-fleming-verdi-opera-metropolitan-opera-new-york-octobre-2012-dvd-decca-classiquenews-renee-fleming-desdemona-johan-botha-otelloAu I, Renée Fleming sait revêtir sa couleur vocale d’une réelle candeur, celle d’une adolescente encore pure, d’une sensualité lumineuse sans l’ombre d’aucune pensée inquiète (“Già nella notte”). La diva nuance avec habileté l’évolution de son personnage, de la beauté lisse à l’inquiétude de plus en plus sombre enfin vers la résignation suicidaire (IV). La façon dont elle construit son personnage et le colore progressivement de prémonition noire, demeure exemplaire : la chanteuse sait être une actrice. C’est bien ce que souhaitait Boito comme Verdi : le dernier râle de la victime à l’adresse de sa suivante Emilia (Addio) rejoint la grandeur tragique et intimiste du théâtre : voilà la force de Verdi et l’intelligence de Renée Fleming. L’ouvrage aurait évidemment pu s’intituler Desdemona : la performance de la diva américaine le démontre sans réserve.
Le sens des nuance et l’intelligence intérieure de la soprano contraste de fait avec le style sans guère de finesse du sud africain Johan Botha qui a la puissance mais pas la sincérité du personnage d’Otello. Quel dommage. Certes au III, son monologue ( “Dio mi potevi scagliar”) exprime l’intensité de ses déchirements intérieurs mais le style comme la projection (faciles) demeurent unilatéraux, sans ambiguité, avec force démonstration.
Il y a du Scarpia dans le Iago verdien : vivacité noire, manipulation, perversité rationalisée et donc démonisme efficace … Falk Struckmann se tire très honnêtement des défis d’un personnage aux apparitions courtes mais denses qui exigent une franchise et une subtilité crépitante immédiates. Pari relevé car là aussi on s’étonne de démasquer chez lui, des tréfonds de souffrances silencieuses, un abîme de ressentiments illimités, en somme ce qui a intéressé Shakespeare avant de fasciner Verdi et Boito : les vertiges et tourments que cause la folie humaine.
Dans la fosse Bychkov éclaire les orages et les passions d’une partition essentiellement shakespearienne. Du nerf, du muscle, mais peu de nuances au diapason de Fleming, pourtant souvent les brûlures tragiques sont bien là et entraînent le spectateur jusqu’au choc tragique final.




DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Johan Botha · Renée Fleming, Falk Struckmann… The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet. Semyon Bychkov, direction. Elijah Moshinsky, mise en scène.  Enregistrement live réalisé au Metropolitan Opera de new York en octobre 2012. Parution internationale le 4 mai 2015. 1 dvd 0440 074 3862 6. Durée : 2:42. 1 dvd Decca