CD, coffret. Compte rendu critique. Louis XIV : les musiques du Roi-Soleil. Collection Château de Versailles (3 cd Alpha)

louis-XIV-houasse-cd-alpha-3-cd-les-musiques-du-roi-soleil-critique-classiquenews-juin-2015CD. Louis XIV : musiques du Roi-Soleil (3 cd Alpha). Louis XIV (1638-1715) : le roi est mort (le 1er septembre 1715 Ă  8h15 du matin): vive le roi. La formule est connue et prĂ©serve la fonction de la rupture, mais la personnalitĂ© individuelle et le goĂ»t du Souverain dĂ©cĂ©dĂ© vivent Ă©ternellement autrement, par les manifestations de leur propre reprĂ©sentation du pouvoir, manifestations culturelles que le Roi-Soleil porta jusqu’Ă  un degrĂ© inĂ©dit jusque lĂ , prolongeant certes les fastes royaux de François Ier et avant eux, d’Anne de Bretagne. Trois souverains qui surent accorder et mĂŞme fusionner politique et art, exercice du pouvoir et crĂ©ation artistique. Mais c’est assurĂ©ment le Bourbon qui organisa et centralisa le mieux toutes les initiatives de son règne.
Pour cĂ©lĂ©brer le tricentenaire de son dĂ©cès en 1715, le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles et Château de Versailles rassemble dans ce nouvel opus de la collection “Château de Versailles”, 3 volets manifestant l’Ă©clat du règne : l’opĂ©ra est prĂ©sent par extraits Ă©vocateurs d’une productivitĂ© locale inouĂŻe (mais non enregistrĂ© au Château comme le volume 1 dĂ©diĂ© aux Lully et Charpentier sacrĂ©s (Te Deum), faits du compositeur officiel et de son “rival” apprĂ©ciĂ© par Louis.
Autant dire que le disque et les concerts ambitieux produits au Château depuis quelques annĂ©es ressuscitent ce goĂ»t musical du Souverain le plus inspirĂ© dans l’art du spectacle monarchique,Ă  la Chapelle, Ă  la Chambre, Ă  l’OpĂ©ra… comme Ă  l’Ecurie.

CD1. L’exceptionnel sacrĂ© est rythmĂ© par quelques pièces musicales d’un Ă©clat spĂ©cifique, accordĂ© aux dimensions et retentissements politiques de l’Ă©vĂ©nement de la Cour : ainsi les Te Deum de Lully et Charpentier expriment la gloire et la ferveur de la Cour rĂ©unie autour de son Souverain : acte d’hommage, manifestation Ă©clatante de la cohĂ©sion collective qui s’exprime par l’art. Les 2 Te Deum abordĂ©s ici en 2013 par Le Poème Harmonique (Ă  la Chapelle royale) soulignent ce prodige de l’art français : palpitants par leurs inflexions instrumentales et vocales, qui concilient dans cette approche vivante et mĂŞme dansante parfois, l’individuel et le collectif, le martial et la rondeur du théâtre glorieux, surtout enchantĂ©, en particulier dans le Te Deum de Charpentier (H.146), le plus complet, juste et profond, Ă  la fois exaltĂ© et recueilli. Le Te Deum de Lully (LWV.55) est d’une mĂ©canique certes ici assouplie mais d’un esprit de dĂ©monstration spectaculaire un rien tĂ©lĂ©guidĂ© que viennent alanguir les sections plus profondes parfois nostalgiques inaugurĂ©es avec Patrem immensae majestatis.

CD2. Les Grands Motets de Dumont personnalitĂ© incontournable de la Chapelle royale Ă  Versailles avec De Lalande (son successeur) et bien sĂ»r Lully, manifestent le goĂ»t du Roi pour l’ordinaire de la Messe, ici grâce Ă  FrĂ©dĂ©ric DĂ©senclos et l’ensemble Pierre Robert (2004), cet Ă©quilibre entre ferveur franche et sensualitĂ© Ă  la fois collective et individuelle, sertie d’une prononciation informĂ©e percutante. Le texte demeure primordial et ses temps de rĂ©flexion comme de distance mĂ©ditative sont cultivĂ©s par l’orgue seul en l’alternance comme le plain chant.

CD3. EnregistrĂ© en 2001 Ă  Paris, le programme “Divertissements” de Skip SempĂ© Ă©voque le gĂ©nie Ă  Versailles du Roi et de ses doubles artistiques dont surtout Lully. Le jeune Souverain des annĂ©es 1660, plus galant et sensuel que bientĂ´t raidi et solennelisĂ© par l’ampleur de la charge, exprime sa badinerie Ă©videmment fastueuse en 1664, dans la fĂŞte la plus prestigieuse du règne alors : Les Plaisirs de l’Ă®le enchantĂ©e oĂą il orchestre et met en scène ses propres amours sous couvert d’un prĂ©texte romanesque empruntĂ© Ă  L’Arioste et son labyrinthe sentimental (Roland furieux) : les chevaliers et Roger sur l’Ă®le de la fĂ©e Alcine, envoĂ»tĂ©s par l’amour. Officiellement, la fĂŞte consacre les deux reines : anne d’Autriche et Marie-ThĂ©rèse. Dans le cĹ“ur du Roi, c’est sa maĂ®tresse Louise de la Vallière qui règne sans partage. Voici donc le Louis XIV Ă©pris, enivrĂ©, sensualisĂ© (“Je mourrai de plaisir …” de Lambert) qui rĂŞve dans son Ă©crin de Versailles, aux dĂ©lices d’un jardin enchantĂ©, le sien. En 1664, Lully n’a pas encore inventĂ© l’opĂ©ra et la tragĂ©die en musique (1673), mais SempĂ© imagine un parcours Ă  l’orchestre et au clavecin oĂą les thèmes du bosquet nostalgique, de l’Ă®le ensorcelant (et emprisonnant donc) les sens, diffusent leur magie active et musicale : ballets, rires, intermèdes, mais aussi airs de cour… rythment un grand divertissmeent, le plus grand et le premier du genre Ă  Versailles. Le rire et l’humour, une Ă©lĂ©gance comique, celle surtout du Bourgeois Gentilhomme de Lully et Molière (dans le genre comĂ©die-ballet : badinerie chambriste piquĂ©e d’un certain maniĂ©risme théâtral pour les reprises de la marche pour la cĂ©rĂ©monie turque) alternent donc ici avec des pièces pour clavecin de Champion de Chambonnières, Danglebert, Le Roux, Louis et François Couperin, oĂą perce aussi le gĂ©nie indiscutable de Lully dans l’expression de cette langueur amoureuse qui se fait danse de l’envoĂ»tement comme le dernier Ă©pisode la Chaconne d’Amadis. Tendre adieu (plutĂ´t aurevoir) aux plaisirs injustement fugaces.

CD, coffret. Compte rendu critique. Louis XIV : les musiques du Roi-Soleil. Collection Château de Versailles (3 cd Alpha 961). Charpentier / Lully : Te Deum (Le Poème Harmonique, 2013) ; Grands Motets de Henry Du Mont (Ensemble Pierre Robert, 2005) ; Divertissements (Capriccio Stravagante, 2001). Rééditions.