COMPTE-RENDU, Concert. PARIS, TCE, le 5 fĂ©v. 2020. RĂ©cital SCHUBERT. A LALOUM, piano. ‹

laloum adam pinao concertos brahms cd sony review cd cd critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, Concert. PARIS, TCE, le 5 fĂ©v. 2020. RĂ©cital SCHUBERT. A LALOUM, piano. Adam Laloum, longue silhouette fragile avec son allure de statue de Giacometti, se glisse vers le piano sur la large scĂšne du ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es dans une lumiĂšre tamisĂ©e avec derriĂšre lui l’or chaud du rideau de scĂšne. Il ne faut pas se fier Ă  la vue car la puissance du pianiste n’est pas un vain mot quand on pense au programme titanesque qui attend le jeune musicien trentenaire. En effet les trois derniĂšres sonates de Schubert dans un programme de plus de deux heures mettent Ă  nue l’interprĂšte. D’autres pianistes s’y sont risquĂ©s, techniquement impeccables mais malhabiles à tenir sur toute la longueur, la richesse des images de Schubert, son besoin d’émotions perpĂ©tuellement changeantes et une capacitĂ© Ă  tenir en haleine le public sur un temps si long.

Adam Laloum : immense schubertien

Adam Laloum ce soir a gravi plusieurs marches, non seulement celle de la qualitĂ© pianistique d’un jeu rĂ©sistant mais surtout celle d’un interprĂšte d’une poĂ©sie rare et d’une profondeur insondable. La sonate D. 958, je l’avais dĂ©jĂ  entendue sous ses doigts Ă  La Roque d’ AnthĂ©ron en 2017. L’évolution de son interprĂ©tation dans ce vaste cycle va vers davantage de contrastes et des nuances plus subtiles encore. Les grands emportements sont maĂźtrisĂ©s et la fantasmagorie par moment inquiĂ©tante n’est pas tragique ; l’humour pointe son nez dans le scherzo et surtout dans le final qui malgrĂ© sa longueur passe trop vite dans un Ă©tourdissement dĂ©licieux. Ainsi la sonate en do mineur ouvre dĂ©jĂ  un pan entier de romantisme, passant de la violence Ă  la tendresse la plus Ă©mue.
Mais c’est dans la D.959 que le musicien avance encore vers davantage d’émotions. Cette extraordinaire capacitĂ© Ă  habiter les silences, Ă©meut ; il ose varier des tempi mouvants comme la vie. À Piano aux Jacobins 2019, le pianiste avait dĂ©jĂ  jouĂ© cette sonate avec des qualitĂ©s rares, l’évolution est pourtant lĂ  et il se rapproche encore davantage de Schubert. Un Schubert qui, Ă  deux mois de sa mort ose une partition de prĂšs d’une heure, y dit tout son amour de la vie comme ses angoisses face Ă  la faucheuse. Mais d’une maniĂšre que seule Mozart savait, avec une Ă©lĂ©gance et une politesse d’ñme d’enfant. La lĂ©gĂšretĂ© des doigts de la main droite d’Adam Laloum Ă©voque des papillons pour la grĂące et un colibri pour la prĂ©cision. Les contrastes sont saisissants et les phrasĂ©s, amples, plein de profondeur. Le voyage musical est amical, gĂ©nĂ©reux, enthousiasmant. Le deuxiĂšme mouvement si extraordinaire devient une ode Ă  la joie de vivre consciente de sa fragilitĂ© et menacĂ©e par la sauvagerie du moment central. La reprise en est encore plus Ă©mouvante dans des nuances toujours plus subtiles. J’avais Ă©voquĂ© le chant pianissimo ineffable de la regrettĂ©e Montserrat CaballĂ© avec son extraordinaire plĂ©nitude de timbre et c’est Ă  nouveau ce qui m’a ravi. Un chant Ă©plorĂ© mais toujours Ă©lĂ©gant dans une concentration de timbre rare.
Par rapport au CloĂźtre des Jacobins, il ose dans l’acoustique plus vaste du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, des nuances piano encore plus tĂ©nues, provoquant chez le public une Ă©coute totale, un silence rare et probablement beaucoup de souffles retenus. L’avancĂ©e Ă  travers les paysages de Schubert semble d’une ouverture constante vers des horizons nouveaux et une variĂ©tĂ© d’états d’ñme infinis. On retrouve les qualitĂ©s des plus grands interprĂštes de Schubert.

RemĂ©moration consciente du temps de l’enfance


La troisiĂšme sonate, la D.960 encore plus longue, demande un renouvellement du propos qu’Adam Laloum organise avec une grande intelligence. Le voyage ouvre d’autres espaces, les couleurs sont plus riches ; l’harmonie va vers les contrĂ©es du futur. La puissance du jeu d’Adam Laloum est de tenir ainsi la public en haleine, de lui rĂ©vĂ©ler Schubert avec un sentiment de proximitĂ© rarissime. La puissance pianistique n’étant qu’un moyen, pas un but. Cette Ă©motion au bord des larmes, cet amour de la vie et cette remĂ©moration consciente du temps  de l’enfance si caractĂ©ristique des grands poĂštes sont de la pure magie. Le pari fou de jouer ainsi les trois derniĂšres sonates de Schubert est gagnĂ© haut la main par Adam Laloum, Primus inter pares au firmament des interprĂštes de Schubert. Un Grand concert dans un cadre prestigieux a rĂ©vĂ©lĂ© de maniĂšre incontestable la maturitĂ© artistique d’Adam Laloum.  Son dernier CD est dĂ©diĂ© Ă  Schubert. Il est de toute beautĂ© avec la D.894 et la D. 958. Toutes ses qualitĂ©s sont lĂ  mais l’émotion du concert, cette capacitĂ© Ă  capter l’attention du public, rajoute Ă  la beautĂ© de l’interprĂ©tation. EspĂ©rons qu’il enregistrera les deux derniĂšres sonates de Schubert avec son nouveau Label car vraiment, il s’agit d’un immense interprĂšte de Schubert que le monde entier doit saluer.

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‹COMPTE-RENDU, critique concert. Paris ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, le 5 fĂ©vrier 2020. RĂ©cital Frantz Schubert (1797-1828) : Sonates pour piano n° 21 en ut mineur D.958, n° 22 en la majeur D.959, n° 23 en si bĂ©mol majeur D. 960. Adam Laloum, piano.

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM.

COMPTE-RENDU,concert.Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 19 septembre 2019. BEETHOVEN. SCHUMANN. SCHUBERT. A.LALOUM. Pour ce 40Ăšme festival de Piano aux Jacobins les grands pianistes se succĂšdent Ă  un rythme soutenu et mĂȘme en choisissant avec soin, la splendeur continuellement renouvelĂ©e, ( cf. nos quatre compte rendus JACOBINS 2019 prĂ©cĂ©dents), semble un miracle de stabilitĂ© dans notre monde en folie : une diffĂ©rente sorte d’excellence chaque soir !  De telles soirĂ©es aident Ă  supporter les journĂ©es 
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Adam Laloum aux Jacobins

poÚte sensible habité par la musique.

laloum piano harald hoffmann concert critique classiquenewsAdam Laloum est peut-ĂȘtre parmi ces immenses pianistes celui qui se tient Ă  une place Ă  part, celle du coeur. Du moins pour moi ce concert l’aura Ă©tĂ©. Je connais bien la musicalitĂ© fine de ce pianiste depuis bientĂŽt dix ans et je sais comment chaque fois j’en suis Ă©merveillĂ©. Que ce soit en soliste, en chambriste, en concertiste. Le rĂ©cent festival de Lagrasse le montre en dĂ©licat chambriste, son rĂ©cent concert de concertos de Mozart Ă  la Roque d’AnthĂ©ron en a Ă©bloui plus d’un par sa musicalitĂ© mozartienne Ă©panouie, (concert Ă  la rĂ©Ă©coute sur France Musique). Ce soir dans l’auguste CloĂźtre des Jacobins aprĂšs tant de somptueux artistes, Adam Laloum a offert un concert parfaitement construit, dans un rĂ©pertoire qui lui convient Ă  la perfection. Ce concert est frĂšre de celui de Silvacane en 2017, (voir notre compte rendu) entre Beethoven et Schubert.
La Sonate n° 28 de Beethoven est une grande sonate, une Ɠuvre de la maturitĂ© de toute beautĂ©. Le grand final en forme de fugue est une vĂ©ritable apothĂ©ose. Adam Laloum en domine parfaitement toutes les fulgurances en rajoutant une qualitĂ© de nuances et de couleurs d’une infinie variĂ©tĂ©. Le Beethoven de Laloum a toujours la primautĂ© du sens sans rien lĂącher sur la forme. Il cisĂšle chaque phrase et l’enchĂąsse dans le mouvement puis dans la sonate entiĂšre. Cette conscience de la structure sur tous ces niveaux, la lisibilitĂ© qu’il apporte au public, sont des qualitĂ©s bien rares. À prĂ©sent la pĂąte sonore d’Adam  Laloum a gagnĂ© en richesse. La beautĂ© des sons surtout l’ambitus sont proprement incroyables. La rondeur des graves, leur puissance sans aucune violence font penser Ă  l’orgue.

AprĂšs cet hommage au vĂ©ritable pĂšre de la Sonate pour piano, la Grande Humoresque de Schumann ouvre un pan entier au romantisme le plus sublime. Le dĂ©but dans une nuance piano aĂ©rienne nous fait entrer dans la magnifique vie imaginaire de Schumann. Le bonheur, la paix puis la fougue, la passion malheureuse. PiĂšce rarement jouĂ©e en concert, elle met en valeur les extraordinaires qualitĂ©s d’Adam Laloum. Il en avait dĂ©jĂ  offert une belle version au disque mais ce soir l’évolution de l’interprĂ©tation est majeure. Capable de nous livrer et la structure quadripartite de l’oeuvre et sa fantaisie dĂ©bridĂ©e nĂ©cessitant beaucoup d’invention dans le jeu pianistique. Les partis pris du jeune musicien tombent chaque fois Ă  propos avec une beautĂ© Ă  couper le souffle. Un vrai engagement d’interprĂšte et une virtuositĂ© totalement maitrisĂ©e rendent l’instant sublime.

Mais ce qui va vĂ©ritablement faire chavirer le public est son interprĂ©tation unique de l’avant derniĂšre sonate de Schubert. La D.959 est jouĂ©e avec une fougue et une tendresse incroyables. Schubert, qui dans le deuxiĂšme mouvement chante le bonheur Ă  portĂ©e de main mais qui s’enfuit, trouve dans le jeu d’Adam Laloum 
 une deuxiĂšme vie. Les nuances sont subtilement dosĂ©es et le cantabile se dĂ©ploie comme le faisait Montserrat Caballe avec ses phrases de pianissimi sublimes dans Bellini et Donizetti. Car les pianissimi sont d’une couleur suave certes mais surtout d’une plĂ©nitude incroyable. Jamais de duretĂ© ni d’aciditĂ©. Toujours une onctuositĂ© belcantiste. Ce deuxiĂšme mouvement Andantino, l’un des plus beaux de Schubert, avec sa terrible tempĂȘte centrale, est un pur moment de magie sous les mains si expertes d’Adam Laloum. Le Scherzo nous entraĂźne dans quelques danses qui deviennent vĂ©ritablement fougueuses et heureuses Ă  force de tournoyer sur elles mĂȘme dans des variations que l’on aimerait perpĂ©tuelles tant elles sont belles. Le long rondo final n’est que tourbillon de gaietĂ© et d’envie de vivre. Tout coule, avance ; les nuances pleinement assumĂ©es, les phrasĂ©s variĂ©s Ă  l’envie en font une vraie musique du bonheur que quelques modulations assombrissent un court instant. Le bonheur de Schubert est aussi vaste que sa mĂ©lancolie. Aujourd’hui, Adam Laloum est probablement le plus Ă©mouvant interprĂšte de Schubert. Un vrai compagnon d’ñme du Frantz Schubert que ses amis aimaient tant lors des schubertiades. Dans les rappels du public qui se terminent en standing ovation il revient Ă  Schubert. Un vrai bonheur partagĂ© !

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Compte-rendu concert. Toulouse. 40Úme Festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°28 en la bémol majeur,Op.101 ; Robert Schumann (1810-1856) : Grande Humoresque en si bémol majeur ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur, D.959 ; Adam Laloum, piano. Photo : © Harald-Hoffmann

LIRE aussi

Compte rendu concert. 37 iĂšme Festival de la Roque d’AnthĂ©ron. Abbaye de Silvacane. Le 14 aoĂ»t 2017. Beethoven. Schubert. Adam Laloum

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CD, critique. VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE, piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier (1 cd Collection 1001 Notes – nov 2018)

Vers-lailleurs-Gaspard-Dehaene-Collection-1001-NotesCD, critique. VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE, piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier (1 cd Collection 1001 Notes – nov 2018). ITINERANCES POETIQUES
 Le pianiste Gaspard Dehaene confirme une sensibilitĂ© Ă  part ; riche de filiations intimes. C’est un geste explorateur, qui ose des passerelles enivrantes entre Schubert, Liszt et la piĂšce contemporaine de Rodolphe Bruneau-Boulmier. Ce 2Ăš cd est une belle rĂ©ussite. AprĂšs son premier (Fantaisie – Ă©galement Ă©ditĂ© par 1001 Notes), le pianiste français rĂ©cidive dans la poĂ©sie et l’originalitĂ©. Il aime prendre son temps ; un temps intĂ©rieur pour concevoir chaque programme ; pour mesurer aussi dans quelle mesure chaque piĂšce choisie signifie autant que les autres, dans une continuitĂ© qui fait sens. La cohĂ©rence poĂ©tique de ce second cd Ă©blouit immĂ©diatement par sa justesse, sa sobre profondeur et dans l’éloquence du clavier maĂźtrisĂ©, sa souple Ă©lĂ©gance. Les filiations inspirent son jeu allusif : la premiĂšre relie ainsi Schubert cĂ©lĂ©brĂ© par Liszt. La seconde engage le pianiste lui-mĂȘme dans le sillon qui le mĂšne Ă  son grand pĂšre, Henri QueffĂ©lec, Ă©crivain de la mer, et figure inspirant ce cheminement entre terre et mer, « vers l’Ailleurs ». En somme, c’est le songe mobile de Schubert, – le wanderer / voyageur, dont l’errance est comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et superbement rĂ©investis, sous des doigts complices et fraternels.

 

 

 

VERS L’AILLEURS
Les itinérances poétiques de Gaspard Dehaene

2Ăš cd magistral

 

 

 

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Les escales jalonnent un voyage personnel dont l’aboutissement / accomplissement est la sublime Sonate D 959 en la majeur de Franz Schubert (avant dernier opus datĂ© de sept 1828). Au terme de la traversĂ©e, les champs parcourus, Ă©prouvĂ©s enrichissent encore l’exquise mĂ©lancolie et la tendresse chantante du dernier Schubert.

Les deux premiers Ă©pisodes dĂ©montrent le soin et l’affinitĂ© de Liszt pour son devancier Schubert. Le premier a rĂ©alisĂ© les arrangements des morceaux pour piano. Grave et lumineux, « Aufenthalt »ouvre le programme et amorce le voyage. C’est une gravitĂ© comme exaltĂ©e mais digne dans ses emportements que le pianiste exprime ; avec une respiration idĂ©ale, un naturel sobre et mĂȘme Ă©lĂ©gant, Gaspard Dehaene exprime la force et la puissance, l’ivresse intĂ©rieure d’une partition qui saisit par son tragique intime. D’une carrure presque Ă©gale, « Auf dem wasser zu singen » fait surgir au cƓur d’un vortex allant, la langueur et la mĂ©lancolie d’un Schubert enivrĂ©, au lyrisme Ă©perdu. L’énonciation du piansite se fait fraternelle et tendre ; il transmet un chant Ă©perdu qui est appel au renoncement et dĂ©chirante nostalgie. L’acuitĂ© du jeu, souligne dans les passages harmoniques, d’un ton Ă  l’autre, la douceur du fluc musical Ă  la fois entĂȘtant et aussi salvateur ; Ă  chaque variation, correspond un Ă©clat distinct, une facette caractĂ©risĂ©e que le pianiste sĂ»r, inscrit dans une tempĂȘte intĂ©rieure de plus en plus rageuse et irrĂ©pressible. DĂ©taillĂ©e et viscĂ©rale, l’engagement de l’interprĂšte convainc de bout en bout.

Puis la MĂ©lodie hongroise s’affirme tout autant en une Ă©locution simple et intimiste. Le pianiste affiche une Ă©lĂ©gance altiĂšre, celle d’un un cavalier au trot, souple et acrobatique auquel le jeu restitue toutes les aspĂ©ritĂ©s et les nuances intĂ©rieures. La gestion et le rĂšglages des nuances se rĂ©vĂšlent bĂ©nĂ©fiques : tous les arriĂšres plans et tous les contrechamps restituent chaque souvenir convoquĂ©. Le rubato est riche de toutes ses connotations en perspective ; le toucher veille au veloutĂ© de la nostalgie : chaque nuance fait surgir un souvenir dont le moelleux accompagne dans le murmure l’éloquente fin pianissimo. Quel remarquable ouvrage.

Autant Schubert brille par l’éclat de ses nuances intimes, pudiques et crĂ©pusculaires. Autant Liszt crĂ©pite aussi mais en contrastes plus dĂ©clamĂ©s.
Le Liszt recompose le paysage schubertien et s’éloigne quand mĂȘme, de cette sublimation du souvenir qui devient caresse et renoncement ; ici, la digitalitĂ© se fait plus vindicative et vibratile ; le claviern d’organique et dramatique, bascule dans une marche priĂšre qui peu Ă  peu s’Ă©lectrise dans l’Ă©noncĂ© du motif principal. Evidemment l’écriture rhapsodique revendique clairement une libĂ©ration de l’écriture et un foisonnement polyphonique dont Gaspard Dehane exprime bien le chant plus martelĂ© et comme conquĂ©rant ; il en dĂ©fend le lyrisme des divagations ; Ă©clairant chez Liszt, ce dĂ©bordement expressif, sa verve dĂ©lirante dont la spiritualitĂ© aime surprendre, dans la virtuositĂ© de son clavier orchestre.
A 8’14, le chant libre bascule dans une sorte de rĂ©flexion critique, douĂ©e d’une nouvelle ivresse plus souple et lyrique, exprimant la quĂȘte des cimes dans l’aigu jusqu’au vertige extatique. Puis le final se prĂ©cipite en une course vertigineuse (11’38), jusqu’au bord de la syncope et d’une frĂ©nĂ©sie panique. Le jeu est d’autant plus percutant qu’il reste dans cet agitato que beaucoup d’autres pianistes exacerbent, clair, prĂ©cis, nuancĂ©, Ă©clatant.

AprĂšs la filiation Schubert / Liszt, Gaspard Dehaere cultive une entente intime avec le texte de son grand pĂšre, – Henri QueffĂ©lec, « quand la terre fait naufrage ». A cette source, s’abreuve l’inspiration du compositeur Rodolphe Bruneau-Boulmier qui reprend le mĂȘme intitulĂ© : fluide et sĂ©quentiel, et pourtant jamais heurtĂ© ni sec, le jeu du pianiste joue des transparences et des scintillements flottants, expression d’une inquiĂ©tude sourde qui se diffuse et se rĂ©tracte dans un tapis sonore qui croĂźt et se replie. AInsi s’affirme le climat incertain d’intranquillitĂ©, propre Ă  beaucoup d’Ɠuvres contemporaines d’aujourd’hui dont la nappe harmonique se rĂ©pand progressivement en crescendo de plus en plus forte, jusqu’à son milieu oĂč le mystĂšre assĂšne comme un carillon funĂšbre, son murmure dans le noir et le nĂ©ant
 de la mer. Ainsi se prĂ©cise comme seule bouĂ©e d’un monde en chaos, le glas d’une « cathĂ©drale engloutie », cri bien prĂ©sent et d’une morne voluptĂ©. Les couleurs et les nuances du pianiste se rĂ©vĂšlent primordiales ici.

 

 

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A mi chemin de la traversĂ©e (au mi temps du cd), nous voici plus riches, d’une Ă©coute mieux affĂ»tĂ©e encore pour mesurer les tableaux intĂ©rieurs de la D 959  (prise live) : d’autant que l’interprĂšte se montre d’une Ă©loquence intĂ©rieure, mobile, explorant sur le motif schubertien lui-mĂȘme, toutes les nuances du souvenir ou de climats imaginaires. L’intelligence sensible est vive : elle ressuscite mille et un mouvement de l’introspection rĂȘveuse, nostalgique, grave souvent, toujours ardente. Voici les temps forts de cette lecture profonde et riche, concçue / vĂ©cue tel un formidable voyage intĂ©rieur.

Le portique d’ouverture affirmĂ©, Ă  l’assise parfaite inscrit ce premier mouvement dans une dĂ©claration prĂ©liminaire absolument sereine et dĂ©jĂ  le pianiste en exprime les fondations qui se dĂ©robent, en un flux ambivalent, Ă  la fois intranquille et comme prĂȘt Ă  vaciller. Ce trouble en arriĂšre plan finit par atteindre le motif principal dont il fait une confession pleine de tendresse.
Le cantabile et le legato feutrĂ© captivent dĂšs ce premier mouvement ; le motif principal n’y est jamais clairement Ă©noncĂ© ; toujours voilĂ©, dĂ©robĂ© tel le tremplin au repli et au secret, en une cantilĂšne aux subtiles Ă©clats / Ă©clairs intĂ©rieurs. Le compositeur cultive le surgissement de cette ineffable aspiration Ă  l’innocence, la perte de toute gravitĂ©. C’est ce qui transpire dans la rĂ©itĂ©ration du motif rĂ©exposĂ© avec une douceur sublime inscrite dans l’absolu de la tendresse.

Plus court, l’andantino peint l’infini de la solitude, un accablement sans issue et pourtant conçu comme une berceuse intĂ©rieure qui sauve, berce, calme. Le pianiste inscrit son jeu dans l’allusion et le percussif avec une intelligence globale des climats, sachant faire jaillir toute l’impulsion spontanĂ©e, plus viscĂ©rale de la sĂ©quence plus agitĂ©e et profonde.
A 5’38, tout Ă©tant dit, la rĂ©exposition frĂŽle l’hallucination et le rĂȘve flottant. L’Ă©conomie du jeu restitue la charge Ă©motionnelle et la profondeur ineffable de la conclusion, entre retrait et renoncement, bĂ©atitude morne et dĂ©sespoir absolu
Quel contraste assumĂ© avec le Scherzo, plus insouciant et mĂȘme frĂ©tillant.
L’Allegretto final est enveloppĂ© dans la douceur, dans un moelleux sonore qui dit l’appel Ă  la rĂ©solution de tout conflit. La lĂ©gĂšretĂ© et l’insouciance clairement affichĂ©es, assumĂ©es chantent littĂ©ralement sous les doigts caressants du pianiste. Il joue comme un frĂšre, la confession d’une espĂ©rance coĂ»te que coĂ»te. VoilĂ  qui nous rend Schubert plus bienveillant, d’une humanitĂ© reconstruite, restaurĂ©e, enfin rĂ©conciliĂ©e. Dont le chant apaise et guĂ©rit. Superbe lecture.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, critique. VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE,1001-NOTES-festival-concerts-annonce-critique-sur-classiquenews piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier (1 cd Collection 1001 Notes – programme durĂ©e : 1h12 enregistrĂ© Ă  Limoges en nov 2018). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2019. Photos et illustrations : © Martin Trillaud – WAM

 

 

 

 

 

ENTRETIEN avec Gaspard DEHAENE, Ă  propos de l’album “Vers l’Ailleurs”…

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Errances poĂ©tiques de Gaspard DehaeneENTRETIEN avec le pianiste Gaspard Dehaene. Sur un Steinway, prĂ©parĂ© par GĂ©rard Fauvin, le pianiste  Gaspard Dehaene livre pour le label 1001 Notes, son dĂ©jĂ  2Ăš album : un programme ciselĂ©, serti de pĂ©pites aux filiations choisies et personnelles oĂč rayonne l’esprit libre du voyageur, de Schubert Ă  Liszt, et de l’explorateur entre terre et mer, selon la passion de son grand-pĂšre, l’écrivain Henri QueffĂ©lec avec la piĂšce de Bruneau-Boulmier.  Ce nouveau cd est une invitation au plus beau des voyages : par l’imaginaire et le songe. Entretien pour classiquenews afin d’en relever quelques clĂ©s. LIRE notre entretien avec Gaspard Dehaene, pianiste.

DEHAENE-gaspard-piano-portrait-entretien-sur-classiquenews-vers-l-ailleurs-schuebrt-liszt-piano-actualites-du-piano-classiquenews

 

 

 

 

 

VIDEOS
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VOIR aussi le teaser du CD Vers l’Ailleurs par Gaspard Dehaene :

 

https://www.youtube.com/watch?v=KoAlipMdBYQ

dehaene-gaspard-cd-vers-l-ailleurs-cd-clic-de-classiquenews-critique-cd-review-cd-annonce-cd-concert

 

 

 

 VOIR le CLIP vidéo ANDANTINO de la Sonate D959 de Franz SCHUBERT par Gaspard Dehaere

 

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Programme VERS L’AILLEURS

 

FRANZ SCHUBERT (Arr. FRANZ LISZT)
« Aufenthalt »
« Auf dem Wasser zu singen »

FRANZ SCHUBERT
MĂ©lodie Hongroise

FRANZ LISZT
Rhapsodie Espagnole

RODOLPHE BRUNEAU-BOULMIER
« Quand la terre fait naufrage »

FRANZ SCHUBERT
Sonate D 959 en la Majeur (Live)
Allegro / Andantino / Scherzo : allegro vivace / Allegretto

 

Prise de son, mixage et mastering : Baptiste Chouquet – B media
Photos : Martin Trillaud – WAM
Création graphique : Gaëlle Delahaye
Production : Collection 1001 Notes
Piano : GĂ©rard Fauvin

CD – EnregistrĂ© en novembre 2018 Ă  Limoges

www.gasparddehaene.com

 

PROCHAINS CONCERTS 2019
de Gaspard DEHAENE

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12 avril : Narbonne – Violoncelle et piano, avec le violoncelliste Damien Ventula
14 avril : Bruxelles, Belgique – Concert en sonate piano / alto, avec l’altiste Adrien Boisseau
‹‹3 juin : Les Invalides, Paris – Concert partagĂ© avec Anne QueffĂ©lec
‹‹5 juin : Maison du Japon, Paris
23 juin : Festival de Nohant
‹‹12-14 juillet : Folle JournĂ©e Ă  Ekaterinburg, Russie
25 septembre : Carnegie Hall, New York
‹‹2 octobre : Tokyo, Japon – RĂ©cital au Toyosu civic center hall

PLUS D’INFOS :
https://festival1001notes.com/collection/projet/vers-lailleurs