DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)

offenbach-contes-d-hoffmann-madrid-marthaler-cambreling-dvd-belair-classiquenews-review-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-home-dvd-livres-cd-actualites-musique-classique-operaDVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)… Il est des productions qui ne mĂ©ritent pas d’ĂŞtre fixer par la vidĂ©o : ce spectacle, l’un des derniers programmĂ©s par le regrettĂ© GĂ©rard Mortier pour le Teatro real de Madrid, porte tous les critères de sa direction artistique si affĂ»tĂ©e : sens du théâtre, parfois trop excessive, modernisation des livrets et des situations, rationalisation de la rĂ©alisation scĂ©nique ; disons que les amateurs pour lesquels l’opĂ©ra est surtout du théâtre, seront Ă©videmment comblĂ©s ; les amateurs d’un opĂ©ra théâtral seront satisfaits : le suisse Christoph Marthaler fait du… Marthaler c’est Ă  dire du théâtre dĂ©senchantĂ©, dĂ©sincarnĂ© Ă  l’extrĂŞme oĂą percent sans discontinuitĂ© le cynisme barbare, la cruautĂ© glaçante des situations oĂą l’on compte toujours et systĂ©matiquement les coups des oppresseurs manipulateurs au dĂ©triment de leurs victimes. Ici, le dispositif en trois actes rĂ©tablit heureusement l’importance de l’acte vĂ©nitien de Giuletta, Ă©gale figure amoureuse pour Hoffmann, aux cĂ´tĂ©s d’Olympia et d’Antonia. La rĂ©alisation et le jeu d’acteurs citent continĂ»ment le regie theater, scène froide, distanciĂ©s, grimaçante (au sens strict du terme, oĂą les corps se bousculent, s’entrechoquent, s’exacerbent ou s’hytĂ©risent (Prologue) Ă  la façon des gestes et attitudes des fous d’un asile psychiatrique, convoquant une galerie de silhouettes dĂ©calĂ©es, handicapĂ©es passablement triviales aux tics irrĂ©pressibles (les choeurs comptant leur lot de femmes Ă  barbes), d’oĂą le cadre de la scène primordiale qui prĂ©sente une salle de dessin dans un sanatorium ou une pension de soins : au dĂ©but Hoffmann paraĂ®t en pensionnaire (peignoir blanc, le plus souvent en proie au dĂ©lire manifeste). Ecueil, comme toujours, le personnage protecteur de la Muse / Niklaus, manque de clartĂ© : faisant le lien entre rĂ©alitĂ© et songe, la figure de la mezzo Anne Sofie von Otter, en poivrotte dĂ©jantĂ©e, manque son emploi : gestes caricaturaux et rĂ©pĂ©titif et comme toute la production, français en bouillie inintelligible.
offenbach marthaler christoph-hoffmann2_madrid_javier_del_realUn trait reste commun entre tous les tableaux : leur manque (assumĂ©) de poĂ©sie et d’onirisme. Le fantastique convoquĂ© sur la scène par Marthaler reste continĂ»ment glacial Ă  la façon d’un tableau de Beckmann ou de Kirchner, et des expressionnistes allemands des annĂ©es 1930, – on pense Ă©videmment Ă  Otto Dix, et son hyperrĂ©alisme sordide et grinçant… c’est cependant un expressionnisme assagi, plus grisâtre sous des Ă©clairages froids. Le metteur en scène aime l’agitation simultanĂ©e sur la scène au risque de rendre confuse une action dĂ©jĂ  compliquĂ©e. Les interprètes qui travaillent avec lui savent que jusqu’aux dernières minutes avant la première, Marthaler laissent chacun aller jusqu’Ă  ses limites : pas de cadre, pas de ligne… l’idĂ©e d’une performance sur scène. Mais scrupuleux sur le rythme et la succession des Ă©pisodes, Marthaler sait parfaitement jusqu’oĂą le théâtre peut investir l’opĂ©ra. Ce qui permet de digĂ©rer malgrĂ© ses excès, toutes ses mises en scène.

Les Contes d’Hoffmann passĂ©s Ă  la moulinette Marthaler

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Las, cette proposition reste trop théâtrale, d’autant que cĂ´tĂ© voix, l’imprĂ©cision et l’intelligibilitĂ© sont hĂ©las de mise. Aucun chanteur ne maĂ®trisant le français, Ă  l’exception de l’Olympia de la piquante macĂ©donienne Ana Durlovski (la seule qui ait vraiment l’aisance et le style requis, et qui chante la Reine de la Nuit dans La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart), le spectateur perd 90% du texte. Vive les surtitres. Measha Brueggergosman qui gagne en Antonia puis Giuletta, deux rĂ´les importants, a un organe trop Ă©pais, une articulation engorgĂ©e et basse qui manque singulièrement de finesse… et le gĂ©ant amĂ©ricain Eric Cutler campe un Hoffmann sans rĂ©elle conviction : il chante, guère plus, sans vraiment donner l’impression de comprendre ce qu’il dit.

otter anne sofie von niklausse la muse offenbach les contes d hoffmannDans la fosse, la direction de Cambreling, d’abord dur et martiale (Prologue puis acte d’Olympia) s’assagit et s’affine avec Antonia… Il serait temps enfin que les théâtre d’opĂ©ras investissent dans des orchestres sur instruments d’Ă©poque pour restituer toutes les nuances de partitions qui mĂ©riteraient meilleure interprĂ©tation. Au final, qu’avons nous ? Un spectacle surinvesti par l’homme de théâtre Christoph Marthaler dont le système connotant tout le cycle des symboles et rĂ©fĂ©rences au Regietheater germanique finit par rendre confus la force onirique des trois portraits de femme, le portrait d’Hoffmann en déçu, dĂ©sabusĂ© de l’amour, la complicitĂ© pendant les actes d’illusion, de sa protectrice la Muse/Niklaus (Anne Sofie von Otter a constamment l’air d’une sdf Ă©chappĂ© d’un bar qui traverse la scène sans s’intĂ©grer rĂ©ellement Ă  l’action). Les connaisseurs de Marthler applaudiront ; les autres seront plus rĂ©servĂ©s. Reste que voir Anne-Sofie von Otter incarnant Niklaus en clocahrde alcoolisĂ© aux attitudes dĂ©lirantes est un grand moment de théâtre plus dĂ©concertant que passionnant (la voix elle, demeure inaudible).

DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann (1881), nouvelle version Fritz Oser. Eric Cutler (Hoffmann), Anne Sofie von Otter (La muse/Niklaus), Vito Priante (Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto), Ana Durlovski (Alympia), Measha Brueggergosman (Antonia, Giuletta), Jean-Philippe Lafont (Luther, Crespel)… Choeurs et orchestre du Teatro Real de Madrid. Sylvain Cambreling, direction. Chrisotph Marthaler, mise en scène. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2014. 1 dvd Belair classiques BAC 124 / BAC 424.