BERLIOZ : La mort de Cléopùtre

BERLIOZ vignette HectorBerlioz9FRANCE MUSIQUE, Sam 9 fĂ©v 2019. BERLIOZ : ClĂ©opĂątre. Une mort spectaculaire et saisissante
 AprĂšs OrphĂ©e (juil 1827), Herminie (1828), La mort de ClĂ©opĂątre est la 3Ăš tentative de Berlioz pour dĂ©crocher le Premier Prix de Rome. EncouragĂ© par Lesueur, le jeune compositeur est ainsi confrontĂ© Ă  une institution conservatrice, au goĂ»t conforme, liĂ©e aux considĂ©rations plus politiques que rĂ©ellement musicales. A nouveau, comme ce fut le cas auparavant et aprĂšs Berlioz, (cf l’affaire Ravel au XXĂš), le jury du Prix de Rome rĂ©unit une cĂŽterie de juges passĂ©istes dont le premier rĂ©flexe est d’écarter surtout Berlioz en raison des audaces, des outrances, de la modernitĂ© visionnaire de son style. Alors que ce prix n’intĂ©resse guĂšre aujourd’hui, 
 sur les 4 Cantates conçues par le gĂ©nie de Berlioz, seule La mort de ClĂ©opĂątre est jouĂ©e rĂ©guliĂšrement en concert : en juillet 1829, Hector se dĂ©passe et dans l’écriture de l’orchestre dont il fait un cƓur palpitant, convulsif Ă  mesure que le poison accomplit son Ɠuvre ; et sur le plan vocal car ce petit opĂ©ra pour soprano et orchestre, permet Ă  la soliste de dĂ©montrer ses talents surtout dramatiques. La scĂšne dĂ©peint les tourments et la force morale de la reine d’Egypte, abandonnĂ©e, accablĂ©e
 C’est de loin la plus rĂ©ussie et pourtant celle avec laquelle Berlioz est recalĂ© (pas mĂȘme un 2Ăš Prix comme ce fut le cas avec Herminie, pourtant infĂ©rieure dramatiquement, l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente). Le compositeur obtiendra enfin le Prix convoitĂ©, en juillet 1830 avec une autre mort, celle de Sardanapale : plus convenue et donc mieux conforme


cleopatre-egypte-reine-ptolemee-elizabeth-taylor-en-cleopatreSuivant la dignitĂ© tragique de la Reine Ă©gyptienne, l’orchestre ose des vagues harmoniques non rĂ©solues, se crispe, se convulse, riche en intervalles dissonants
 pour mieux servir la terreur hallucinĂ© du texte ; que Berlioz, en amateur de poĂ©sie, en dramaturge efficace (qui sait son Shakespeare et son Virgile par coeur) Ă©lectrise et respecte selon la force Ă©motionnelle de chaque vers. Tant d’expressionnisme qui pourtant puise chez Gluck, sa vitalitĂ© tragique, rebute le jury
 mais nous questionne et nous saisit aujourd’hui. Jusqu’aux tremolos et accents fulgurants des cordes qui expriment l’ultime secousse de vie dans les veines de la souveraine condamnĂ©e, expirante. Un modĂšle d’écriture lyrique.

Comment ne pas mettre en corrĂ©lation l’écriture exaltĂ©e de Berlioz avec les vertiges et attentes de sa vie amoureuse et sentimentale ? Le jeune homme, qui conserve dans son cƓur le souvenir de sa chĂšre Estelle, adulĂ©e, idĂŽlatrĂ©e alors qu’il n’était qu’un adolescent, s’éprend passionnĂ©ment de l’actrice Ă©cossaise Henriette Smithson (OphĂ©lie sĂ©duisante chez Shakespeare). Puis en 1830, et au dĂ©but de son sĂ©jour (rocambolesque) Ă  la Villa Medicis Ă  Rome, il s’exalte et souffre de la mĂȘme façon de sa passion foudroyante pour l’aguicheuse pianiste Camille Moke
 Des dĂ©sirs, des aspirations non satisfaites qui se superposent alors et qui enrichissent considĂ©rablement l’esprit d’un jeune compositeur qu’inspire directement sa facultĂ© d’exaltation
 Dans ce concert de sept 2018, la mezzo française StĂ©panie d’Oustrac auar-t-elle l’intensitĂ© dramatique et surtout l’intelligibilitĂ© du français tragique ?

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logo_francemusiqueFrance Musique. Samedi 9 fĂ©vrier 2019, 20h. BERLIOZ Mort de ClĂ©opĂątre. StĂ©phanie D’Oustrac. 20h
Hector Berlioz La Mort de Cléopùtre
scĂšne lyrique d’aprĂšs Shakespeare pour mezzo-soprano et orchestre
StĂ©phanie d’Oustrac, mezzo-soprano

Concert donné le 19 septembre 2018 à 20h30 dans la Grande salle Pierre
Boulez de la Philharmonie de Paris. Couplés à la cantate de Berlioz :

Leos Janacek
Taras Bulba, Rhapsodie pour orchestre JW 6/15
1. Mort d’AndreĂŻ
2. Mort d’Ostap
3. Prophétie et Mort de Taras Bulba
Vincent Warnier, orgue Orchestre de Paris
Direction : Jakub Hrusa

Charles Ives
The Unanswered question (La Question sans réponse) pour ensemble de cordes, trompette solo et quatuor à vent Béla Bartok
Concerto pour violon n°2 Sz 112 BB 117
- Allegro ma non troppo
- Andante tranquillo
- Allegro molto
Renaud Capuçon, violon

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