COMPTE-RENDU, critique. PARIS, le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano).

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critiqueCOMPTE-RENDU, critique. PARIS, le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano). A Paris, la mezzo romaine Cecilia Bartoli incarne le légendaire Farinelli, accompagnée de ses « Musiciens du Prince » sous la baguette du chef baroque, Gianluca Capuano (lequel avait réalisé avec le duo Caurier / Leiser, un Couronnement de Poppée / Incoronazione du Poppea de Monteverdi, mémorable à l’Opéra de Nantes oct 2019).

La diva ne paraĂ®t pas grimĂ©e en homme barbu, – testostĂ©ronĂ©e telle qu’elle pose en couverture de son cd FARINELLI Ă©ditĂ© dĂ©but novembre 2019 chez Decca… Dommage. Mais pour mieux exprimer la charge hautement dramatique de chaque rĂ´le, la diva comĂ©dienne, sait changer de costumes selon les airs sĂ©lectionnĂ©s, profitant des « pauses » purement instrumentales, qui rythment aussi le rĂ©cital parisien.

La majorité des épisodes lyriques sont extraits du cd Farinelli : ils ont tous été chanté par le divo au XVIIIè signés des compositeurs les plus importants dans l’histoire des castrats : Haendel, Porpora, Caldara Vinci, Hasse, les moins connus Caldara et Giacomelli. Castrat oblige, la manière napolitaine triomphe : toujours plus haut, toujours plus rapide ; la virtuosité bataille avec l’agilité ; la versatilité des sentiments, avec la souplesse parfois contorsionnée de la ligne vocale.

 

 

 

PARIS, BARTOLI, FARINELLI

 

 

 

Bartoli engage un récital passionnant avec ses moyens actuels : moins agiles, moins naturellement brillants, mais plus rauques parfois, avec une couleur sombre générale qui enrichit son médium et rend ses aigus d’autant plus intenses, voire tendus, toujours d’une fragilité maîtrisée, comme sont ses phrasés, et sa compréhension du legato, souverains. Travestie (Imeneo de Porpora), la chanteuse trouble par ce grain vocal d’une mâle et souple expressivité qui exprime l’enivrement amoureux.
Elle joue avec sa voix, mais jamais ne perd le fil dramatique ni le sens et le caractère de chaque personnage comme de chaque situation ; elle est, tragique et noble, Cléopâtre (Hasse et Haendel) ; tendre et d’une douceur caressante et pastorale (« Augeletti », Rinaldo de Haendel) ; saisissante et frissonnante dans l’ample prière sombre de « Sposa, non mi conosci » (Merope de Giacomelli, vraie révélation entre autres).
La future directrice de l’Opéra de Monaco (à partir de 2023) démontre l’intelligence vocale et dramatique, l’attention au texte, le souci de la cohérence et du sens de l’intonation que peu de divas actuelles maîtrisent avec autant de nuances. Aujourd’hui, l’évolution de la voix de la diva correspond au choix des airs de ce programme : Farinelli castrat soprano était connu pour sa couleur étonnamment sombre, riche et percutante dans les airs de langueurs funèbres, les prières tragiques et intérieures, supposant souffle et perfection de la ligne. Même constat et diagnostic pour Cecilia Bartoli dont l’intelligence du chant subjugue toujours. Jusqu’au jeu des instrumentistes dont la tenue (Concertos et Sinfonie) est impeccable, en fluidité comme en rebonds.
La caresse enveloppante « vivaldienne » de Merope de Broschi (Riccardo, frère de Farinelli qui s’appelait aussi Carlo Broschi) s’avère ici des plus bouleversantes, à la fois implorante et d’une tendresse déterminée.
Les interprètes sont riches en bis, à la mesure de leur complicité et de leur talent vers le public : tous communient enfin avec Haendel (Ode for St. Cecilia’s Day et surtout,  « Dopo notte » de l’opéra Ariodante), et l’époustouflante et trépidante aria de Porpora (Adelaide). Avec ses consœurs Vivica Genaux et récemment Ann Hallenberg, Cecilia Bartoli s’impose comme l’une des meilleures voix farinelliennes de l’heure. Un nouveau succès pour son dernier disque.

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COMPTE-RENDU, critique. PARIS, Philharmonie (Salle Boulez), le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano)

LIRE aussi nos premières impressions critiques du cd FARINELLI / Cecilia BARTOLI (Decca)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-premieres-impressions-farinelli-cecilia-bartoli-1-cd-decca/

 

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VIDEO Farinelli Cecilia Bartoli

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CD. Rivals : David Hansen, contre ténor(1 cd DHM)

Rivals. David Hansen, contre-ténor
1 cd DHM (De Marchi, 2013)

Le titre renvoie Ă  cette rivalitĂ© historiquement documentĂ©, opposant les divos Ă  l’heure baroque, quand Farinelli et d’autres n’hĂ©sitaient pas Ă  se mesurer pour les Ă©craser Ă  leurs confrères tout aussi arrogants et dĂ©terminĂ©s. CohĂ©rent avec le titre de cet album dĂ©coiffant, l’australien David Hansen faisant son entrĂ©e tonitruante dans l’arène discographique surprend ici et convainc totalement ; il rivalise donc, cd interposĂ©, avec son contemporain Philippe Jaroussky, lui-aussi rĂ©cent acteur d’un programme dĂ©diĂ© au castrat italien lĂ©gendaire (quand Fabio Fagioli prĂ©fère lui rendre hommage au divo handĂ©lien par excellence, Cafarelli).
David Hansen a une voix bien accrochĂ©e,plutĂ´t intense et puissante avec une intensitĂ© Ă  la Bartoli, un Ă©clat mĂŞme supĂ©rieur et une agilitĂ© toute aussi pĂ©taradante. C’est dire le tempĂ©rament du jeune homme, l’Ă©gal dans ce rĂ©pertoire d’un autre admirateur de la diva romaine, le dĂ©jĂ  nommĂ© “FF” ou Fabio Fagioli (surnommĂ© depuis non sans raison, ” il Bartolo “).

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relève les défis multiples de ce récital hors normes.
En outre, audacieux dĂ©fricheur, Hansen nous gratifie gĂ©nĂ©reusement de plusieurs inĂ©dits dont quelques airs que le frère de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restituĂ© avec les notations du crĂ©ateur de l’air).
Plein de santĂ© juvĂ©nile et osons dire de testostĂ©rone prĂŞte Ă  dĂ©gainer vocalement, le divo au look ravageur a dĂ©cidĂ©ment tout pour rĂ©ussir et affirmer une très plaisante carrière. Les Cencic ou Scholl connaissent Ă  prĂ©sent leur successeur. Ce gars lĂ  a apparemment une prĂ©sence, bientĂ´t scĂ©nique, Ă  revendre : voilĂ  qui changera des voix Ă©troites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’Ă©quilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici Ă  n’en pas douter l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la jeune gĂ©nĂ©ration de haute contre rĂ©ellement sensationnels.