CD, Ă©vĂ©nement critique. MONTEVERDI : VESPRO. La TempĂȘte. Simon-Pierre BESTION (2 cd Alpha)

MONTEVERDI vespro tempete simon pierre bestion cd critique concert classiquenews la critique cd concert 5d7f7d2c3db53CD, Ă©vĂ©nement critique. MONTEVERDI : VESPRO. La TempĂȘte. Simon-Pierre BESTION (2 cd Alpha) – Comme un laboratoire collectif, La TempĂȘte insuffle souvent aux partitions choisies une nouvelle dynamique, un nouvel Ă©clairage voire une nouvelle signification ; d’autant plus rĂ©ussis et convaincants ici que le geste qui dĂ©cortique sans attĂ©nuer, qui enrichit sans diluer, offre une recontextualisation du monument montĂ©verdien ; les piĂšces ajoutĂ©es soulignent en rĂ©alitĂ© combien l’écriture de Claudio est moderne et en rĂ©alitĂ©, d’une sensualitĂ© irrĂ©sistible (nuance Ă  peine pensable alors dans un contexte « romain », liturgique). Cette comparaison implicite renforce le caractĂšre audacieux de l’Ɠuvre de 1610/11 dont l’esprit et la conception, telle une mosaĂŻque Ă©clectique, devait surtout convaincre sa cible (le pape lui-mĂȘme, Paul V) que Monteverdi Ă©tait bien le plus grand compositeur de l’époque ; peine et dĂ©fis perdus car Rome ne sera jamais le foyer du MaĂźtre CrĂ©monais, 
 plutĂŽt la fastueuse et sensuelle VENISE, qui en fera son maĂźtre de chapelle Ă  San Marco (1613).

Ainsi prenons pour exemple le cd2 : il s’ouvre par le « Sancta Maria Ricercar » de Frescobaldi : incertain, instable, d’une volubilitĂ© irrĂ©solue. Tout cela prĂ©pare mieux Ă  ce qui suit. L’autoritĂ© sensuelle, dĂ©clamĂ©e avec ampleur dans un souffle opĂ©ratique qui rappelle Orfeo s’affirme dans l’Audi Caelum oĂč le baryton soliste est doublĂ© dans la coulisse par un tĂ©nor
 effet de perspective et d’étagement propre au gĂ©nie montĂ©verdien et auquel les interprĂštes sans maĂźtriser totalement la souplesse et la prĂ©cision des mĂ©lismes, expriment la courbe majestueuse (sur le mot « Maria »).
Aux options vocales nettement dĂ©fendues rĂ©pondent aussi les nuances et caractĂ©risations apportĂ©es au continuo : le chef a ajoutĂ© le serpent ou le chitarrone, dont la vibration grave et souple, fortifie l’assise ; ce bourdonnement continu, fraternel.
« Omnes » est conçu comme un Ă©clair, le coup de conscience qui rassemble toutes les troupes telle une armĂ©e d’anges armĂ©s, inspirĂ©s par une ardeur sensuelle renouvelĂ©e. Ce jaillissement collectif est alors conçu comme une ample arche sensuelle qui retourne dans l’ombre du mystĂšre, comme un retable que l’on recouvre.
Le chef et ses interprÚtes jouent sur les climats contrastés, les différentes nuances de la ferveur mariale grùce ainsi aux
piĂšces intercalaires (antiennes grĂ©goriennes, faux-bourdons du XVIIĂš,
) sur le mĂȘme thĂšme sacrĂ© (hymne virginal) et d’un caractĂšre de profond recueillement.
La pertinence de ces combinaisons relance la tension sans attĂ©nuer les piĂšces montĂ©verdiennes. L’éclat et le contraste qui en dĂ©coulent, enrichit encore la rĂ©ception du cycle montĂ©verdien ; Ils soulignent sa gĂ©niale architecture qui creuse le mystĂšre de Marie. Ces inclusions rĂ©tablissent aussi la rĂ©alisation du Vespro dans la rĂ©alitĂ© d’une messe et d’un rituel liturgique. Elles s’appuient entre autres sur la style des polyphonies orales encore manifestes en Corse, en Sardaigne, en GĂ©orgie. Elles apportent une rĂ©sonance populaire liĂ©e aux pratiques traditionnelles, toujours vivaces.

Les interprĂštes savent aussi jouer avec la libertĂ© de certains tempos, dans, entre autres la « Sonata sopra Sancta Maria » oĂč le choeur fĂ©minin sur les mĂȘmes mots rĂ©pĂ©tĂ©s dĂ©clament presque imperturbablement malgrĂ© la grande diversitĂ© des coupes rythmiques des cuivres par exemple qui frappent et martĂšlent la rĂ©alisation de la piĂšce, affectant (en apparence) l’ascension irrĂ©pressible de leur Ă©lan vers les hauteurs
 C’est mieux exprimer en rĂ©alitĂ© le souffle de la priĂšre et la lutte aussi pour l’affirmer, impĂ©nĂ©trable et inexorable.

CLIC_macaron_2014Cette fusion du populaire et du sacrĂ©, soit du verbe incarnĂ© se rĂ©alise formellement dans 12 sĂ©quences du Magnificat qui referme le prodigieux Vespro : relief du continuo, particuliĂšrement maĂźtrisĂ© et abouti, aux rythmes chorĂ©graphiques – ; vagues chorales qui plongent dans la poĂ©sie et le mystĂšre, allant naturel et souple
 le geste du groupe, portĂ© par une vision gĂ©nĂ©rale claire et fĂ©dĂ©ratrice, – celle du maestro fondateur du collectif, Simon-Pierre Bestion, restitue l’esprit de la crĂšche, le recueillement collectif, comme une Ă©piphanie simple et d’une Ă©tonnante vivacitĂ©.
Les conversations enchantĂ©es de « Esurientes » et de « Suscepit Israel » ; lumineuse chevauchĂ©e dans « Sicut locutus »  ) s’accomplissent ici avec une intelligence globale trĂšs touchante. Le « Gloria » qui s’ouvre dans une perspective infinie, vocalement par vagues successives (initiĂ© par le baryton soliste trĂšs souple) apporte une jubilation d’une ampleur qui berce, exalte, saisit. La TempĂȘte atteint son meilleur dans cet ultime cĂ©lĂ©bration de Marie. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2019.

CD, Ă©vĂ©nement, critique. MONTEVERDI : VESPRO (1610). La TempĂȘte, Simon-Pierre Bestion (2 cd Alpha).

 

 

 

 

 

 

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