TOURCOING : Alain Buet chante le Voyage d’hiver de Schubert

TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert, le 25 nov 2018, 15h30. Le baryton Alain Buet chante le cycle de lieder Le Voyage d’hiver de Franz Schubert. Immersion superlative dans l’imaginaire tendre, intime, mĂ©lancolique aussi du compositeur viennois disparu en 1828.

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Franz Schubert est l’un des plus grands compositeurs romantiques. Son œuvre énorme englobe tous les domaines, le concerto excepté. Avec « Marguerite au rouet » d’après Goethe, qu’il écrit à l’âge de 17 ans, il est le créateur du lied romantique : la voix et un accompagnement expressif au piano reproduisent en une miniature pleine de vie l’état d’âme du poète au moment où il composa. Il utilise les formes symphoniques du clacissisme, mais les amplifie à la fois par le développement et l’expression romantique. Une richesse mélodique inépuisable qui fait souvent penser à Mozart, une technique de composition favorable aux grands développements, une harmonie riche en modulations : telles sont les caractéristiques de son œuvre. Schubert offre l’exemple parfait d’une sensibilité romantique qui s’exprime sans détour.

 

 

Un certain regard — Alain Buet (baryton) / LE POINT DE VUE DE L’INTERPRETE

schubert-franz-schubertiade-concert-annonce-par-classiquenews« Le « Winterreise » ou « Voyage d’hiver » de Franz Schubert pour voix et piano sur les poèmes de Wilhelm Müller composé en 1827 est un pur chef-d’œuvre musical romantique qui a largement contribué à me donner l’envie de m’engager sur la voie du chant. Il m’a fallu une bonne quinzaine d’années de réflexion avant de m’attaquer à ces 24 lieder comme un alpiniste fasciné, paralysé et attiré par la magie d’une montagne.

Le choix du pianiste est d’une grande importance, selon le compagnon, le voyage sera toujours différent ; il est en quelque sorte un premier de cordée puisque Schubert a fait commencer tous les chants (lieder) du cycle par un prélude pianistique, les mots du chanteur devant suivre la voie ouverte et fusionner avec la musique pure. David Violi est un magnifique pianiste/poète avec lequel j’ai hâte de partager cette aventure pour Jean-Claude Malgoire et le public de Tourcoing.

Les textes de Wilhelm Müller expriment les souffrances causées par la perte de l’être aimé au travers des 24 poèmes qui sont 24 états de l’âme d’un homme en perdition dans le froid de l’hiver. Comment ne pas penser aux sans-abris, aux migrants, aux réfugiés, aux exilés de notre temps auxquels nous dédierons ce concert. » Alain Buet (baryton).

 

 

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Le Voyage d’hiver de Schubert
Dim 25 nov 2018, 15h30
TOURCOING, Conservatoire

Alain Buet, baryton
David Violi, piano
Winterreise, 24 lieder pour piano et voix (1827)

Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise / 24 lieder pour piano et voix, composé en 1827 sur des poèmes de Wilhelm Müller

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CD. Placido Domingo, baryton : Verdi (2012,2013)

CD. Placido Domingo, baryton : Verdi (2012,2013) …  SeptuagĂ©naire sĂ©millant, Placido Domingo Ă©tonne et convainc. Le visuel de couverture est fort : voici Placido en habits verdiens : haut de forme, Ă©charpe blanche : une classe aristocratique Ă©vidente. De fait, Ă  l’Ă©coute, l’interprète confirme d’Ă©videntes affinitĂ©s avec le théâtre de Verdi. C’est probablement l’album Verdi que tout le monde attendait pour l’annĂ©e du Bicentenaire Verdi 2013 (pas aussi riche en vraies rĂ©alisations) : pas un opĂ©ra verdien qui a comptĂ© au XXè sans l’incontournable tĂ©nor madrilène Placido Domingo. Mais ce rĂ©cital Ă©ditĂ© par Sony classical fixe l’art du comĂ©dien lyrique en … baryton.

Les amateurs retrouvent leur cher Domingo dans les rĂ´les qu’il a rĂ©cemment marquĂ© avec une finesse et un engagement Ă©poustouflant d’autant plus remarquable que l’artiste nĂ© en janvier 1941 a soufflĂ© ses dĂ©jà  72 printemps … Ses incarnations rĂ©centes de Simon Boccanegra (figure idĂ©al du politique fraternel habitĂ© par une gravitĂ© toute shakespearienne) ou Rigoletto (père aimant dĂ©possĂ©dĂ© malgrĂ© lui) restent les deux apports majeurs de ce nouvel album Ă©vĂ©nement. 

 

 

Placido Domingo en baryton verdien

 

domingo_verdi_bayrton_sony_heras_casado_placido_domingoCertes le souffle manque de tenue surtout dans les aigus nasalisĂ©s et peu corsĂ©s : l’usure de la voix malgrĂ© l’ample projection dans le bas medium trahit l’âge de l’interprète pourtant d’une longĂ©vitĂ© admirable : son Macbeth coince quand mĂŞme dans les parties hautes (aigus tirĂ©s et fortement vibrĂ©s). Mais l’intelligence de l’acteur, la prestance forcent l’admiration.
L’abattage dĂ©fend les Rigoletto, Ricardo d’un Bal masquĂ©, malgrĂ© les limites que l’on vient d’Ă©voquer. La noblesse de Germont père, si humaine et mĂŞme dĂ©chirĂ©e face au sacrifice exigĂ©e pour Violetta, lui va Ă  ravir : la voix moins crispĂ©e dans les aigus assure une ampleur expressive parfaitement tenue.
Boccanegra l’un de ses rĂ´les majeurs en baryton impose l’expĂ©rience comme l’instinct souverain du chanteur : il n’est guère aujourd’hui que Jonas Kaufmann pour mordre ainsi dans le texte et faire surgir les tripes du personnage : fĂ©lin, crĂ©pusculaire, humain, mais tiraillĂ©… le Boccanegra de Domingo est passionnant de bout en bout. D’autant que les jeunes partenaires du lion madrilène dĂ©fendent eux aussi leur partie, avec une implication qui doit beaucoup certainement Ă  leur rencontre avec l’aĂ®nĂ© prodigieux. Le chef Pablo Heras-Casado parfois en manque de finesse, prĂ©serve toujours la projection claire et intensĂ©ment dramatique d’un Domingo, mĂŞme s’il est inconstant d’une plage Ă  l’autre (le disque a Ă©tĂ© enregistrĂ© en plusieurs prises en 2012 et 2013), fondamentalement dans chacun de ses rĂ´les, acteur d’une ardeur exemplaire.
Son Luna et sa romance nocturne (il balen del suo sorriso extrait du Trouvère) frappe par son incandescence vocale, caressant dans le medium et le bas medium, malgrĂ© la fatigue dans les aigus ; trop fragile son Posa bien que juste et senti, souffre du dĂ©sĂ©quilibre graves/aigus dont nous avons parlĂ©, mais lĂ  encore le sens dramatique du texte emporte l’adhĂ©sion (dommage que le tĂ©nor qui lui fait face, Aquiles Machado en Carlo manque singulièrement de justesse sur les notes longues) : leur confrontation ne souligne que mieux l’Ă©tonnante Ă©nergie linguistique du baryton, son assurance expressive. MĂŞme excellente diction et tenue dramatique engagĂ©e pour La forza del destino (Urna fatale del mio destino, intense, parfaitement architecturĂ© et vocalement couvert).

 

MalgrĂ© nos rĂ©serves, cet album qui est dĂ©jĂ  une performance au regard de l’âge vĂ©nĂ©rable du chanteur, atteste du mĂ©tier de Domingo : un instinct et une musicalitĂ© hors pair, d’une finesse théâtrale exemplaire. Chapeau l’artiste : oser un tel rĂ©cital Verdi, dans sa nouvelle tessiture, avec cet aplomb, suscite un irrĂ©sistible enthousiasme. Album incontournable pour les admirateurs de Placido et surprenant convaincant pour l’annĂ©e Verdi 2013.