CD, coffret Ă©vĂ©nement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975 – 14 cd Warner classics)

benedetti michelangeli complete warner recordings 14 cd compte rendu critique classiquenews CLIC de juin 2015CD, coffret Ă©vĂ©nement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975). 14 cd Warner classics. L’art du pianiste Benedetti-Michelangeli incarne l’élĂ©gance et la distinction technique qui s’affirment ici dans ses bandes enregistrĂ©es sous Ă©tiquette EMI Ă  l’époque, depuis 1941 (MILAN, cd1 : Sonate opus 2 n°3 de Beethoven) Ă  1975 (cd 7 et 8 : Concertos de Haydn et Carnaval de Schumann). Pour les 20 ans de la mort du pianiste en 1995, Warner classics Ă©dite l’ensemble de ses archives concernant le plus grand pianiste italien du XXème avant Pollini. Patrie de l’opĂ©ra, des grands violonistes et des clavecinistes (Frescobaldi et Scarlatti), l’Italie devait forcĂ©ment après Busoni, accoucher d’un grand du clavier moderne. Ce fut Arturo Benedetti Michelangeli, nĂ© en 1920. Si Ciccolini se fixe en France, “ABM” lui, reste en Italie : rĂ©vĂ©lĂ© au Concours de Genève en 1939 (- et sidĂ©rant au point que Cortot affirmera face Ă  ce jeune homme de 19 ans qu’il y reconnaissait la rĂ©incarnation de Liszt, dont BM avait interprĂ©tĂ© brillamment le Concerto n°1), le jeune prodige, technicien hors pair, se montre magicien de la sonoritĂ© pianistique, rĂ©vĂ©lant des nuances irisĂ©es nĂ©es du clavier… jusqu’alors inconnues. Un nouveau naĂ®tre moderne de la note bleue ? Dans le sillon de Liszt et Chopin Ă  Nohant auprès de leur hĂ´tesse subjuguĂ©e et dĂ©voreuse, George Sand, ABM est lui aussi en quĂŞte de rĂ©sonances secrĂŞtes, profondes qui parlent Ă  l’âme.

 

 

Pour les 20 ans de sa disparition en 1995, Warner classics édite l’intégralité des enregistrements du pianiste italien Arturo Benedetti-Michelangeli…

L’élégance et la grâce d’un penseur du piano

tumblr_nlpenkBDSu1tm6y3go1_540Arturo Benedetti-Michelangeli captive toujours. C’est une personnalitĂ© insaisissable capable logiquement de faire naĂ®tre dans ses lectures, le pur mystère et la grâce… En tout cas une sensibilitĂ© post romantique des plus envoĂ»tantes capable au concert d’offrir des sommets d’espĂ©rience musicale. L’homme reste un mystère : « absent » (mais pas Ă  lui-mĂŞme) annulant il est vrai, bon nombre de concerts, pour un oui pour un non, un courant d’air, un programme trop copieux, trop exigeant, – pourtant, mais donnant tout et allant jusqu’au bout dans les partitions jouĂ©es. Le poids de la pensĂ©e, le souci du sens, l’introspection directement en connexion avec le jeu ont fait la valeur de son legs aujourd’hui accessible par le disque. Pas de rĂ©pertoire Ă©largi jusqu’aux modernes (Ă  part Mompou, Debussy, cf Images et Children’s corner Ă  Turin en 1963 et Ravel : Concerto en sol Ă  Londres en 1957), mais une rĂ©flexion des plus aiguĂ«s sur les classiques Haydn et Mozart (Concertos pour piano K 415, K450, K488, Milan, 1951) voire baroques (Bach Ă©videmment, Galuppi et Scarlatti pour ses dĂ©lier les doigts), surtout romantiques : Beethoven, Chopin, Schumann (ici deux versions de Carnaval, bain, source du romantisme le plus enfantin et le plus Ă©chevelĂ© donc bouleversant par sa fragilitĂ© triomphante : 1975 cd 8 et 1957 cd 4, et aussi 2 versions du sidĂ©rant Concerto pour piano opus 54: Ă  20 ans d’intervalle, soit en 1942, cd9 puis 1962 cd12, le premier avec l’orchestre de la Scala de Milan et Alceo Galliera, le second avec l’orchestre Symphonique de Rome della Rai et Gianadrea Gavazzeni)), Liszt, Grieg, Rachmaninov. Peu bavard, Ă©conome et sur le repli voire le silence appesanti / Ă©nigmatique s’il Ă©tait question de communiquer et surtout de transmettre, MB laisse le souvenir d’un ĂŞtre venu d’ailleurs finalement. Son Ă©lève Martha Argerich laisse le tĂ©moignage d’un professeur absent, capable seulement de lui laisser sur son pupitre un mot : qui en dit beaucoup mais en quelques syllabes, muries, sibyllines : « écoutez vous mieux ». L’invitation Ă  davantage de silence Ă©veillĂ©e, de conscience Ă©panouie, d’intĂ©rioritĂ© sincère et directe ne pourrait mieux caractĂ©riser le grand et inĂ©galable Arturo. Cette adresse concerne aussi les auditeurs / spectateurs qui aujourd’hui sont bien loin de cette immersion profonde et concentrĂ©e dans la musique. Ici la dĂ©licatesse enfantine et infiniment nostalgique de ses Mozart, l’élĂ©gance amusĂ©e badine mais jamais anodine de ses Haydn, la virtuositĂ© Ă©lectrique de ses Scarlatti et Galuppi, la profondeur des Beethoven, Brahms et Grieg, le dĂ©liĂ© bondissant et versatile de Schumann, le rĂŞve ou le songe sincère des Debussy ou des Ravel font le gĂ©nie du Benedetti-Michelangeli pianiste. Un grand. Qui reste unique. A dĂ©faut de connaĂ®tre vĂ©ritablement celui qui Ă  travers les 14 pochettes ici rĂ©unies ne nous regarde jamais, offrant son profil proustien, l’Ă©coute approfondie que nous permet Warner classics attĂ©nue l’Ă©loignement du mystĂ©rieux rĂŞveur et nous le rend proche enfin. Coffret Ă©vĂ©nement.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975). 14 cd Warner classics Réf.: 0 825646 154883. Parution : juin 2015.