Compte-rendu, critique, CONCERT. Festival International de Musique de Besançon, Kursaal, les 15 & 16 sept 2020. Le Concert Spirituel, H Niquet (le 15). Art Orchestra, J Bénéteau (le 16).

besancon-festival-2020-73-eme-annonce-festival-critique-classiquenewsCompte-rendu, critique, CONCERT. Festival International de Musique de Besançon, Kursaal, les 15 & 16 sept 2020. Le Concert Spirituel, H Niquet (le 15). Art Orchestra, J BĂ©nĂ©teau (le 16). C’est certes avec un programme modifiĂ© et dans des conditions sanitaires spĂ©ciales que s’est dĂ©roulĂ©e la 73Ăšme Ă©dition du Festival International de Musique de Besançon, mais dans le naufrage gĂ©nĂ©ralisĂ© des festivals d’étĂ© ; c’est donc un petit miracle qu’il ait pu avoir lieu, en grande partie grĂące au courage et Ă  la tĂ©nacitĂ© de son directeur Jean-Michel MathĂ©.

 

Si les concerts requĂ©rant de grandes formations orchestrales ou des orchestres de pays lointains – comme le 5Ăšme Concerto pour piano de Beethoven (Hong Kong Sinfonietta) ou la 7Ăšme de Beethoven (Orchestra di Padova e del Veneto) – ont Ă©tĂ© purement et simplement annulĂ©s, il n’en a pas Ă©tĂ© de mĂȘme avec les formations baroques, par exemple, comme celle d’HervĂ© Niquet, Le Concert Spirituel, qui a proposĂ© un superbe programme dĂ©diĂ© Ă  Haendel. La soirĂ©e a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© de la CathĂ©drale de Besançon au Kursaal voisin, pour des raisons de sĂ©curitĂ© sanitaire, mais le mĂ©lomane ne s’en sera pas plaint, car ce qu’il a perdu en majestĂ© des lieux, il l’a gagnĂ© en qualitĂ© acoustique. PĂ©dagogue plein d’humour, HervĂ© Niquet n’a pas pu s’empĂȘcher de prĂ©senter son programme – le Dettingen Te Deum couplĂ© aux cĂ©lĂšbres Coronation Anthems – avec l’esprit et la malice qui le caractĂ©risent. Dans le premier, Ă  travers une alternance constante entre les diffĂ©rents pupitres de voix, et une partition orchestrale extrĂȘmement colorĂ©e, la direction de Niquet traduit une prĂ©cision et une authenticitĂ© par le moyen d’un rythme vif qui ne dĂ©nature pas les moments musicaux plus modĂ©rĂ©s. C’est pour la cĂ©rĂ©monie du couronnement de Georges II d’Angleterre en 1727 que Haendel composa les quatre fameux Coronation Anthems. Le Concert Spirituel y dĂ©fend une interprĂ©tation vivante, portĂ©e par la qualitĂ© de ces instrumentistes solistes. Le chƓur calibre parfaitement les puissants passages en tutti et les sections plus apaisĂ©es grĂące Ă  une clartĂ© du discours permanente. Le concert s’achĂšve par le tube « God save the King », repris une seconde fois en guise de bis.

 

Le lendemain, toujours dans la grande salle du Kursaal bisontin, le Winds Art Orchestra (dirigĂ© par le clarinettiste Julien BĂ©nĂ©teau) joue un programme de musique de chambre rĂ©unissant Antonin Dvorak, Jonathan Dove et le divin Mozart. La soirĂ©e dĂ©bute par la SĂ©rĂ©nade pour vents, violoncelle et contrebasse op. 44 du compositeur tchĂšque, dans laquelle le chef parvient Ă  merveille Ă  laisser s’écouler la musique avec tact et sans prĂ©cipitation. Sa direction s’appuie sur un orchestre trĂšs lĂ©ger, avec des teintes fruitĂ©es idĂ©ales et de merveilleuses couleurs printaniĂšres. Certes, on a entendu des interprĂ©tations de l’ouvrage plus engagĂ©es et piquantes, mais devant cette absence de faute de goĂ»t, on ne peut que s’incliner. AprĂšs l’exĂ©cution d’une piĂšce contemporaine composĂ©e en 1991 par Jonathan Dove, dans laquelle il rend hommage aux Noces de Figaro de Mozart, le dĂ©dicataire est mis Ă  l’honneur par sa SĂ©rĂ©nade N°10, dite « Gran Partita ». MĂȘlant de la musique de divertissement Ă  des analyses des plus intimes, combinant les timbres Ă  l’infini, usant des modes d’écritures les plus compliquĂ©s et des formes d’expression les plus populaires, la dixiĂšme SĂ©rĂ©nade constitue une sorte d’Univers, d’objet musical non identifiĂ© – comme nĂ© d’un coup d’un seul du seul gĂ©nie de Mozart. Le Wind Art Orchestra dĂ©taille cette musique merveilleuse avec beaucoup de tact et de souplesse, sous l’impulsion dĂ©terminante du hautbois de Philippe Giorgi, mais avec d’autres moments stratĂ©giques relayĂ©s par la clarinette d’Olivier Derbesse ou le basson de Lionel Bord. Le chef propose lĂ  aussi une exĂ©cution fluide du chef d’Ɠuvre mozartien, qui Ă©vite sagement toute tentation de se frotter Ă  des brutalitĂ©s de phrasĂ© hors de propos.

Deux belles soirĂ©es, mais vivement la 74Ăšme Ă©dition qui ne fera pas l’impasse sur les grandes formations orchestrales cette fois !