Entretien avec DIANA BARONI Ă  propos de son album PAN ATLANTICO (printemps 2022)

Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantENTRETIEN avec DIANA BARONI à propos de son nouvel album « PAN ATLANTICO ». C’est le chant d’un journal intime exprimé en duo ; l’expression d’une identité retrouvée aussi à travers des périples multiples et une expérience intime de la mort. Dans « Pan Atlantico », Diana Baroni, voix et traverso, s’associe à l’arpeggione de Simon Drappier dans un programme inédit qui est une collection de textes forts, irrésistibles. Entretien exclusif pour classiquenews.

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CLASSIQUENEWS : Que signifie le titre de votre nouvelle album ?

DIANA BARONI : Ce titre nous est apparu par magie; c’est surtout grâce à une vision de Simon, qui a séjourné plusieurs années en Argentine. Alors, lui il voyait la route « panamericana » qui traverse l’Argentine du nord au sud; moi, je voyais les bateaux des immigrés d’après guerre, qui traversaient l’océan Atlantique. La rencontre conceptuelle de deux images fonctionne à merveille: elles représentent pleinement nos sources d’inspiration, notre matière d’attention disons, et le voyage, le parcours, les aller-retours également, aussi de l’un et de l’autre (Simon français, ayant vécu là bas et moi italo-argentine, installée en France).

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CLASSIQUENEWS : Prolonge-t-il des éléments de vos programmes ou albums passés ? Ou est ce un programme en « rupture » ?

DIANA BARONI : J’aime bien l’idée de rupture. Il y a quelque chose d’essentiel qui est présent dans cet album, plus que dans mes albums précédents. C’est évident que les expériences apportées par la vie courante ces derniers années, tant au titre personnel comme mondial, m’ont mis quelque part à nue, d’abord par la mort, ensuite par la pandémie. Quelque part je me dis aujourd’hui que mon album précédent THE EMIDY PROJECT sorti en 2018, a été un geste de survie… à l’instar de l’esclave musicien de notre saga ; Emidy m’a permis de vivre, de traverser la douleur.
Ce signe de maladie de notre civilisation, de notre terre, est aussi un signe de rupture dans un sens plus large, et universel je dirais. Nous aurons espéré peut être une sensibilisation de notre société par l’expérience du confinement, qui nous a forcé à faire une rupture temporelle également. Et non… Les temps qui courent ne sont pas les plus joyeux, et nous sommes tous responsables malheureusement de l’état actuel de notre civilisation, de ce visage de la nature humaine si égoïste, si individualiste. Les luttes sociales qui ont été portées par les générations précédentes sont en train de s’évaporer, même leur fruits sont en train de disparaitre. C’est terrifiant et désolant.
En ces temps obscurs, la musique et l’art sont d’autant plus des moyens d’éveil, de cure, de clairvoyance. Je crois profondĂ©ment Ă  la possibilitĂ© de vĂ©hiculer un message qui nous aiderait Ă  ĂŞtre en quĂŞte, en questionnement de notre nature humaine pour Ă©viter de « subir les Ă©vĂ©nements comme des somnambules », selon les paroles d’Edgar Morin.
Alors oui, ce disque, que nous avons enregistre LIVE, entre deux confinements pandĂ©miques, au cours de l’étĂ© 2020, est le reflet d’une inĂ©vitable rupture universelle. C’est peut ĂŞtre pour tout cela que les choix artistiques que nous avons assumĂ©s avec Simon Drappier, ont Ă©tĂ© plus radicaux, les gestes plus poussĂ©s, le rĂ©pertoire plus prĂ©cis.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les thèmes des textes que vous chantez ? Quelles grandes chanteuses avez vous en tête quand vous les interprétez ?

DIANA BARONI : Avec Simon pour PAN ATLANTICO, nous avons choisi notre répertoire guidés par des amours respectifs par certains artistes, comme Simon Diaz, Violeta Parra, Victor Jara. C’est vrai que d’une façon souterraine, nous avons touché par les compositions des uns et des autres, des thématiques proches : le désarroi, l’absence, le désespoir, l’amour. Les sujets évoqués s’entrelacent entre eux, se parlent, se répondent; il y a une unité enfin qui s’est tissé naturellement.
Les femmes qui m’inspirent viennent de loin, d’une sorte de mĂ©moire collective, je veux dire… chacune par des qualitĂ©s spĂ©cifiques très diffĂ©rentes : Chavela Vargas, par sa force rhĂ©torique; Violeta Parra, par sa nuditĂ©; Elis Regina, par sa vulnĂ©rabilitĂ© expressive et son Ă©lĂ©gance vocale; aussi brĂ©silienne, Luciana Souza, par sa justesse et son timbre transparent. Dans un autre registre, encore deux voix fĂ©minines qui me touchent et m’inspirent par toutes les raisons confondues Ă©voquĂ©es : Lorraine Hunt et Anne Sophie Von Otter – cette dernière pour l’immense libertĂ© d’esprit qu’elle reprĂ©sente Ă  mes yeux dans le milieu musicale actuel.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : La prĂ©sence de l’arpeggione renouvelle beaucoup votre univers poĂ©tique et musical. Qu’apporte l’instrument concrètement pour la cohĂ©rence musicale et poĂ©tique de ce programme ?

DIANA BARONI : C’est certain que l’univers mis a disposition par l’arpeggione et le jeu extraordinaire – dans le vĂ©ritable sens du terme – proposĂ© par Simon, m’ont immĂ©diatement propulsĂ© vers des zones de travail absolument nouvelles.
Et il a sans doute la personnalitĂ© idĂ©ale pour se lancer vers l’exploration, vers l’inattendu. Tout comme moi, Simon n’hĂ©site pas Ă  brouiller les pistes, franchir des frontières; nous nous sommes retrouvĂ©s exactement lĂ  ou il fallait, je pense, dans nos parcours artistiques… lui aussi il cherchait au moment de notre rencontre, un instrument qui devienne sa propre voix / voie. L’arpeggione est devenu le partenaire idĂ©al. Il avait entre ces mains un instrument noble d’une versatilitĂ© Ă©norme, avec toutes les possibilitĂ©s du jeu Ă  l’archet, accordĂ© en plus comme une guitare (Simon a Ă©tĂ© Ă  la base guitariste et contrebassiste) Du coup, c’était le complice parfait, et avec le traverso, c’était juste magique du point de vue des timbres et des nuances. Aussi, nous avions tous les deux un passĂ© musical très riche, dans des milieux extrĂŞmement variĂ©s: le jazz, la musique contemporaine, le baroque, l’improvisation autour de la tradition orale; tout cela a nourri notre confiance et notre terroir, pour partir Ă  la recherche d’autres horizons ; pour crĂ©er ensemble une matière qui nous reprĂ©sente pleinement.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Y-a-t-il 1 ou 2 chansons qui vous tien(nen)t à cœur dans cet album ? Pour quelles raisons ?

DIANA BARONI : « Poema 15 » de Victor Jara / Pablo Neruda,  et « Que he sacado con quererte » de Violeta Parra, sans hésiter… le Chili à l’honneur, hélas!
Sur la première composition, le poème de Pablo Neruda est mis en beautĂ© par Victor Jara avec une modestie et une intelligence musicale assez uniques. Cette chanson est une mĂ©taphore du dĂ©part de l’être aimĂ©e, de son absence, de son esprit perdu dans les tĂ©nèbres d’un sommeil profond … et encore vivant. J’ai Ă©prouvĂ© moi-mĂŞme tout ce que cela peut signifier ; la vie m’a obligĂ© il y a 5 ans maintenant Ă  faire face Ă  la mort, Ă  lui parler aussi. Mon compagnon a Ă©tĂ© dans le coma 12 jours suite Ă  un accident ; la dĂ©couverte de ce poème et cette chanson m’ont permis de sacraliser peut ĂŞtre autrement cette expĂ©rience qui a changĂ© le cours de mon existence pour toujours. Je ne peux pas m’empĂŞcher de penser aux derniers moments Ă  ses cotĂ©s quand je chante « Poema 15 ». En travaillant avec Simon, nous avons trouvĂ© quelque chose de pure, de nu, puissant, avec son ostinato minimaliste, in crescendo, et pourtant mĂ©canique et presque froid. C’est grâce Ă  ce contraste que nous avons trouvĂ© un Ă©quilibre je crois, l’Ă©quilibre qui nous permet de traverser les Ă©motions de cette chanson qui reprĂ©sente autant pour moi.
«Que he sacado con quererte» est un hymne au dĂ©sespoir le plus absolu: Violeta s’interpelle Ă  propos de l’amour et du fait d’aimer inutilement quelqu’un. C’est sans doute en questionnant sa relation tumultueuse et difficile avec le suisse Gilbert Favre (anthropologue, queniste – joueur de quena) l’amour de sa vie. Peu de temps après son dĂ©part vers la Bolivie, tout en la quittant dĂ©finitivement, Violeta lui dĂ©diera plusieurs compositions et textes; dĂ©chirĂ©e toujours par cette rupture, elle mettra aussi fin Ă  ses jours peu de temps après. Ce dĂ©sespoir que la chanson de Violeta nous transmet, vient quelque part crĂ©er une sorte de balancement avec « Poema 15 ».
Ces deux opus de l’album sont pour moi les piliers émotionnels sur lesquels notre programme s’est construit.

 

 

 

 

Propos recueillis en avril 2022 / Photos : © Erol GUM

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Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantCD
 DIANA BARONI et SIMON DRAPPIER : nouvel album (printemps 2022), CLIC DE CLASSIQUENEWS « Pan Atlantico » : https://bfan.link/pan-atlantico-2  -  LIRE aussi notre critique du cd PAN ATLANTICO / CLIC de CLASSIQUENEWS (printemps 2022)

 

 

 

EN CONCERT : le 3 juin 2022 : 360 PARIS MUSIC FACTORY ;
Les 14, 15 et 16 juillet 2022 Ă  LYON / Festival du Perystile – OpĂ©ra de Lyon
programme du cd Pan Atlantico, avec Simon Drappier (arpeggione) – lire ci après, dans notre sĂ©lection agenda :

 

 

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AGENDA – Prochains concerts de Diana Baroni 2022

 

 

Dimanche 8 mai 2022 / 20h30
Concert privĂ© – Sadirac, Gironde
“Boleros & Love Songs” avec Valerie Chane-Tef (piano)

Jeudi 19 mai / 12h30
Universite Scientifique de la Doua, Villeurbanne – RhĂ´ne
“Hommage a Nestor Perlongher » avec Joel Defrance (chant, performer)

Vendredi 20 mai / 19h
Centre Charles Chaplin – Vaux en Velin, RhĂ´ne
“Autour de Emidy Project : confĂ©rence musicale” avec Tunde Jegede (kora)

Dimanche 22 mai / 17h30
Les concerts de La Chiesaz- Eglise Notre Dame, Blonay -Saint Legier SUISSE
“The Emidy Project” avec Tunde Jegede (kora), Simon Drappier (arpeggione) Rafael Guel (vihuela, percussions), Gora Diakhate (narrateur), Ishimwa Muhimanyi (danseur)

 

 

Vendredi 3 juin / 19h30 TBCPan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chant
Le 360 Paris Music Factory – Ile de France
Pan Atlantico” avec Simon Drappier (arpeggione)

 

 

Jeudi 23 juin / 19h30
Apero musical au Naturel DissipĂ© – Ferme de Paletou, Naucelle, Aveyron
“Ex Solum” avec Gregorio Orozco (guitare)

Mercredi 29 juin / 20h
Les Musicales en Confluence – Tours, Indre-et-Loire
“Chants de Travail” avec Jasser Youssef (viole d’amour)

Dimanche 3 juillet / 20h
Cafe Plum – Lautrec, Pays de Cocagne
“Ex Solum” avec Gregorio Orozco (guitare)

 

 

Jeudi 14, vendredi 15 et samedi 16 juillet / 19hPan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chant
Festival du Perystile – OpĂ©ra de Lyon, RhĂ´ne
« Pan Atlantico » avec Simon Drappier (arpeggione)

 

 

 

 

actualité de Diana Baroni à suivre sur
dianabaroni.com

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CRITIQUE, CD événement. PAN ATLANTICO : Diana Baroni / Simon Drappier (1 cd Accords croisés)

Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. PAN ATLANTICO : Diana Baroni / Simon Drappier (1 cd Accords croisĂ©s) – FlĂ»tiste ès mĂ©rite (au sein du CafĂ© Zimmermann), chanteuse Ă  tempĂ©rament, entre gouaille et grain, mais latino et inspirĂ©e par les chamans du Nouveau Monde, Diana Baroni signe ici l’un de ses meilleurs enregistrements : miraculeux, poĂ©tique, d’une transe hallucinĂ©e, invoquant, exhortant toutes les misères et les grandeurs (vaines) de ce monde. Empruntant dĂ©sormais les chemins de la chanson Ă  message, dramatique, tout en servant une sensibilitĂ© millimĂ©trĂ©e et orfĂ©vrĂ©e qui recueille des dĂ©cennies de compagnonnage en terre baroqueuse… Distinguons deux hymnes au monde, Ă  la terre, Ă  l’humanitĂ© : Tonada de luna llena et Que he saccado con quererte. Diptyque oĂą le texte incarnĂ© en fusion avec l’arpeggione atteint de rares et bouleversante fulgurances.
C’est le chant de la mère, de l’humble servante , pleureuse et invocatrice tragique, l’instrumentiste pour laquelle toutes les nuances de la muCLIC D'OR macaron 200sique baroque, historiquement informées, n’ayant aucun secret, sème sa part de tendresse et d’humanité, d’ultime imploration avant la fin du monde. La musicienne argentine a fait évolué son art en s’accordant et de quelle manière à la corde incandescente de l’arpeggione de Simon Drapier, violoncelle lui aussi venu du XIXè Schubertien, qu’un sens virtuose de l’improvisation, associe désormais en complicité et compréhension à la diseuse funambule.

Le verbe extraverti, espagnol ou portugais, dit cette mĂ©lancolie indicible, marquĂ©e par le dĂ©part, le deuil, le renoncement. Les deux cordes se rĂ©pondent, – avec le vol enchantĂ© du traverso dont se saisit la chanteuse instrumentiste- dialoguent, s’électrisent au delĂ  de tout ce que l’on a Ă©coutĂ©, entendu jusque lĂ  : plainte et prière Ă  la fois, pour un monde qui peut n’être jamais et ne sera jamais dĂ©finitivement ; toujours espĂ©rĂ©, vainement. ViscĂ©ralement Ă©voquĂ©, invoquĂ©, souhaitĂ©. Magistral duo. CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2022.

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de Diana Baroni : https://www.dianabaroni.com/actualites/blog-post-title-three-cs6dl-QhfHC-tmkmg-a9z3e

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TEASER VIDEO :

 

 

 

 

La Schubertiade de Sceaux : Schubert, Brahms, Schumann

sceaux la schubertiade de sceaux hotel de ville saison sur classiquenewsSCEAUX, Sam 19 janv 2019. 17h30 : alto / piano, L Hennino / PK Atanassov. Duo de charme, alto / piano, le nouveau concert présenté dans le cadre de la Schubertiade de Sceaux, et dans la salle principale de l’Hôtel de ville, met l’accent sur une facette passionnante de la musique de chambre : le dialogue entre deux instruments aux moirures complices… le pianiste Pierre-Kaloyann Atanassov quitte son trio (Trio Atanassov) le temps de ce programme et joue avec l’une des altistes les plus prometteuses de sa génération, Léa Hennino, dans un programme d’œuvres romantiques, associant Schubert, Schumann, Brahms. L’opus D 821 était originellement pour piano et arpeggione. L’arpeggione est un ancien instrument entre la guitare et le violoncelle, expérimentation qui résulte d’une commande de son ami Vincenz Schuster, guitariste affirmé ; l’arpeggione n’avait que 6 cordes, rendant extrêmement difficile sa maîtrise : l’instrument nouveau ne s’imposa pas et l’œuvre est aujourd’hui surtout joué par l’alto ou le violoncelle. La Sonate Arpeggione de Schubert (1824) comprend trois mouvements (allegro moderato, adagio, allegretto). Lumineuse et profonde, l’œuvre porte qualités et caractères de Schubert : nostalgie, finesse, renoncement poétique, tendresse rêveuse et mélancolie éthérée… avec dans variations et reprises, une réflexion personnelle sur le sens et la direction de l’écriture mélodique.

 

 

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Léa Hennino, alto  -  Pierre-Kaloyann Atanassov, piano

   

 

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsL’opus 120 de Brahms comprend deux sonates (composĂ©es Ă  l’étĂ© 1894, initialement pour piano et clarinette, et transcrites plus tard par le compositeur pour alto et piano). Pierre-Kaloyann Atanassov et LĂ©a Hennino jouent la n° 2 en mi bĂ©mol majeur. La transcription n’entame en rien l’élĂ©gance d’une Ĺ“uvre de la pleine maturitĂ© (les deux Sonates sont ses ultimes pièces dans le genre) : multiplicitĂ© mouvante de l’écriture en variations (dont Brahms a le gĂ©nie), surtout riche exploitation du timbre sombre, parfois âpre et amer de l’alto que le compositeur aime passionnĂ©ment comme Berlioz avant lui. A noter l’Allegro appassionato, fiĂ©vreux et serein Ă  la fois, exprime au plus près, les deux faces de la passion brahmsienne, Eros et Tanatos, – l’équivalent du doublĂ© ambivalent : Florestan / Eusebius de Schumann. Jamais l’élan poĂ©tique et l’architecture faussement simple des deux dernières Sonates n’ont Ă  ce point fusionnĂ©. La Sonate est l’un des sommets de l’inspiration chambriste de Brahms.

Enfin, de Schumann, les deux instrumentistes interprètent Märchenbilder, soit 4 pièces très contrastées inspirées de vieilles légendes populaires : il s’agit des (trop) rares partitions du répertoire écrites initialement pour alto et piano.

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SCEAUX (92), La Schubertiadeboutonreservation
HĂ´tel de Ville
Samedi 19 janvier 2019, 17h30

 

 
Schubert: Sonate Arpeggioneschubert-franz-schubertiade-concert-annonce-par-classiquenews
Schumann: FantasiestĂĽcke op. 73
Brahms: Scherzo de la sonate FAE
Brahms: Sonate op. 120 n° 2 en mi bémol majeur

LĂ©a Hennino, alto
Pierre-Kaloyann Atanassov, piano

 

 

RESERVATION
http://www.schubertiadesceaux.fr/pierre-kaloyann-atanassov-et-lea-hennino-19-janvier-2019/

Renseignements
06 72 83 41 86 – schubertiadesceaux@orange.fr

 

   

 

MASTERCLASS PRÉALABLE :

A 11h45 « A vous la scène » :

Master-classe publique de Pierre-Kaloyann Atanassov à destination d’un ensemble amateur sélectionné, suivie de la prestation publique de l’ensemble / En coproduction avec Proquartet Centre Européen de Musique de Chambre.

 

   

   

 

CD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia

schubert-luigi-piovano-eloquentia-schubert-cdCD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia. Le prĂ©sent opus met en miroir deux Ĺ“uvres emblĂ©matiques de Franz Schubert composĂ©es dans la mĂŞme pĂ©riode : une pĂ©riode sombre qui aiguise sa formidable sensibilitĂ© musicale. ÉbranlĂ© voire dĂ©pressif, le Schubert de 1824, celui des deux oeuvres ici abordĂ©es – la Sonate Arpeggione et le Quatuor La jeune fille et la mort-, saisit par ce regard sans concession sur la fragilitĂ© humaine et la dĂ©sespĂ©rante solitude qui est la sienne. Ayant contractĂ© la syphilis, le jeune homme de 28 ans reste alitĂ© condamnĂ© malgrĂ© lui mais sa clairvoyance musicalement gĂ©niale transparaĂ®t sans fard, pointant une vivacitĂ© exceptionnellement mĂ»re pour son âge. La mort est prĂ©sente, et la plume d’une rare acuitĂ©. Une irrĂ©pressible aspiration au chant de l’amour y croise des gouffres amers  ; l’emprise de la mort (prĂ©monition troublante) guerroie avec les dernières forces vitales : c’est ce que nous offre Ă  entendre le violoncelliste Luigi Piovano qui rĂ©unit autour de lui les cordes seules de l’orchestre de l’Accademia di Santa Cecilia. Chaque oeuvre est abordĂ©e dans une version non familière dont les bĂ©nĂ©fices se dĂ©voilent en cours de lecture.

La Sonata en la mineur D. 821 dit l’Arpeggione et le Quatuor en re mineur D. 810 “La Jeune Fille et la Mort”, les deux versions proposĂ©es dans cet album sont des transcriptions ; pour la première, Luigi Piovano, par ailleurs violoncelle solo de l’Orchestre Symphonique de l’Accademia di Santa Cecilia, rĂ©unit les cordes seules de la phalange romaine. Il nous propose une version pour violoncelle piccolo Ă  cinq cordes et orchestre Ă  cordes ; pour le Quatuor D. 810, Luigi Piovano a retenu la version pour orchestre Ă  cordes Ă©crite par Gustav Mahler en 1896.

piovano luigi schubertPour l’Arpeggione D821, Luigi Piovano a pris soin de choisir son instrument dans la connaissance des possibilités de l’instrument originel utilisé par Schubert (hybride à 6 cordes entre la viole de gambe, le violoncelle et la guitare, conçu par le facteur viennois JG Stauffer en 1823). Le piccolo utilisé par le violoncelliste italien réalise les octaves originales : il cisèle surtout la fluidité chantante de l’instrument, dévoilant tout ce qui dans l’écriture de Schubert relève du chant pur car le lied est bel et bien primordial ici.

Les solos soulignent l’âprete mĂ©lancolique de l’air principal qui dialogue avec le second dansant presque populaire et rustique, d’un caractère nettement brillant. De toute Ă©vidence, la transposition fait valoir l’exceptionnelle sensibilitĂ© expressive du violoncelle solo comme l’instinct musical du soliste. Le bĂ©nĂ©fice des cordes comme un tapis sonore apporte de nouvelles couleurs une extension orchestrale Ă©vidente, mĂŞme uniquement aux cordes : la partition gagne de nouvelles respiration, un souffle qui amplifie l’effet de contraste entre nostalgie maladive (dĂ©pressive) du premier motif et Ă©lan chorĂ©graphique (plus insouciant) du second. L’approche de Piovano dans l’Adagio accentue les qualitĂ©s que nous remarquions dans le premier mouvement : langueur et mystère du premier motif oĂą s’affirment la simplicitĂ© et la pudeur très profonde du violoncelle requis (William Forster III de 1795).

Schubert transcrit : geste allant, clair et fluide

 

Le 3ème Ă©pisode (Allegretto) est sautillant d’une prĂ©cision et d’un grand raffinement agogique (comme son Saint-SaĂ«ns -intĂ©grale pour violoncelle et piano-, Ă©galement Ă©ditĂ©e par Eloquentia, remarquablement expressif et lĂ  aussi d’une belle caractĂ©risation introspective). Le violoncelle affirme une flexibilitĂ© aĂ©rienne, une versatilitĂ© Ă©tonnante assurant l’allègement progressif de la matière sans perdre l’Ă©locution très prĂ©cise et volubile du violoncelle, d’une musicalitĂ© virtuose. Si le soliste avait souhaitĂ© faire briller, chanter l’instrument, mais aussi Ă©mouvoir par une sensibilitĂ© pure, il n’aurait pas agi autrement. L’Allegretto atteint un naturel et une complicitĂ© expressive avec les cordes qui l’entourent : toute la fin est Ă©crite en lĂ©gèretĂ© et nuances, rĂ©alisant le haut intĂ©rĂŞt de la transposition.

L’idĂ©e de transcrire pour orchestre Ă  cordes l’admirable Quatuor La jeune fille et la mort D.810, peut surprendre… Que peut apporter un effectif plus nombreux, immanquablement plus dense pour ne pas dire davantage, en place d’un quatuor aux Ă©quilibres affinĂ©s,  d’une lisibilitĂ© inatteignable ? Si la question mĂ©rite d’ĂŞtre posĂ©e,  la dĂ©fense  de la transcription choisie  se rĂ©alise d’elle mĂŞme… conçue Ă  l’extrĂŞme fin du XIXème par Gustav Mahler.

Les interprètes parviennent à maintenir le niveau d’élocution préalable (D. 821) en soignant la ligne expressive ; ils évitent surtout lourdeur et épaisseur,  gageure difficile à relever sur le terme. Ils retrouvent en cela la cohérence de leur album des transcriptions des lieder de Mahler précédemment édité aussi chez Eloquentia.

L’agilitĂ© se dĂ©tache en particulier dans le premier mouvement  Ă  l’activitĂ© nerveuse, finement Ă©noncĂ©e ; les fins de phrase Ă©tant millimĂ©trĂ©es par le violoncelle toujours fidèlement inspirĂ© du chef et leader de l’effectif (Piovano a Ă©tĂ© rĂ©cemment confirmĂ© comme chef soliste de l’ensemble Ă  cordes romain : une entente dont tĂ©moigne et confirme le prĂ©sent enregistrement).

piovano luigiLe souci de clartĂ© s’affirme, y compris dans l’âpretĂ© qui manque parfois de rudesse tranchante dans les tutti rageurs, mais les cordes savant exprimer ce climat d’instabilitĂ© et de profondeur inĂ©luctable (ajout de la contrebasse par Mahler), celles d’une eau inquiĂ©tante comme un secret qui plonge dans un lac… Très engagĂ©s, acteurs d’une force puissante, les interprètes abordent le 2ème mouvement (Andante con moto avec variations : l’épisode le plus saisissant de Schubert) dans des qualitĂ©s des pianissimi bĂ©nĂ©fiques, n’empĂŞchant pas qu’une certaine pesanteur (Mahler moins inspirĂ©) s’impose malheureusement lĂ  oĂą la forme quatuor glisse dans la pure magie suspendue. Pourtant malgrĂ© la largeur sonore liĂ©e Ă  l’effectif, l’allant trouve Ă  la fois cette urgence (galop de la mort sĂ©ductrice), la prière de la jeune fille comme l’inquiĂ©tant mystère qui flotte continument au dessus des instruments. Le Scherzo est âpre et intensĂ©ment dramatique. Le violoncelliste leader veille lĂ  encore aux Ă©quilibres associant engagement et lisibilitĂ© y compris dans le trio plus dĂ©tendu et insouciant,  sautillant et gracieux. Le presto final est une course Ă©chevelĂ©e aux secousses finement tressĂ©es. Le nerf et l’engagement des musiciens rĂ©alisent ce dernier mouvement comme l’Ă©lĂ©ment libĂ©rateur de toutes les tensions prĂ©alablement Ă©noncĂ©es.  Sans perdre le fil tragique et lugubre, l’orchestre mĂŞme Ă©pais Ă©vite la pesanteur et le pathos : sa ligne simple et dĂ©pouillĂ©e suit son cours coĂ»te que coĂ»te, offrant une couleur orchestrale au drame qui se joue. Le flux nerveux ne manque pas d’expressivitĂ© comme de caractĂ©risation ; les musiciens misent sur une prĂ©cision lĂ  encore jamais prise en dĂ©faut. La «  chevauchĂ©e / tarentelle » reste l’une des plus passionnantes de Schubert. Le dĂ©nouement spectaculaire et théâtral oĂą la mort reprend ce Ă  quoi elle avait fait mine de renoncer,  est vif, frappant, d’une inĂ©luctable Ă©vidence. Voici un jalon dans la complicitĂ© du violoncelliste et de l’orchestre qu’il dirige. Sans attĂ©nuer ni diluer l’intensitĂ© schubertienne, les interprètes savent en Ă©clairer les arĂŞtes vives, souligner les points de force de la dĂ©licate structure. Une gageure scrupuleusement relevĂ©e.

Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (transpositions pour soliste et orchestre à cordes). Orchestre à cordes de l’Accademia di Santa Cecilia. Luigi Piovano, violoncelle et direction. 1 cd Eloquentia EL 1446, enregistrement réalisé en mai 2013.