CD, critique. « Sheherazade », Alireza Mashayekhi, Layla Ramezan, piano, Djamchid Chemirami, narration, Keyvan Chemirami, zarb et santur (1 cd Paraty, 2019)

LRamezan_Sheherazade_COUV_HM-300x300CD, critique. « Sheherazade », Alireza Mashayekhi, Layla Ramezan, piano, Djamchid Chemirami, narration, Keyvan Chemirami, zarb et santur (1 cd Paraty, 2019) – Voici avec ce disque paru fin 2019, une invitation au voyage, une Ă©vasion vers un ailleurs hors du temps, hors du monde. La pianiste iranienne Layla Ramezan signe ici avec Sheherazade, Ɠuvre maĂźtresse du compositeur Alireza Mashayekhi (1940), le deuxiĂšme volume de son anthologie de « 100 ans de musique classique iranienne » (4 CD). Elle nous transporte dans une Perse lointaine et Ă©ternelle, oĂč le piano, symbole culturel occidental par excellence, entrelace ses sonoritĂ©s avec celles du zarb et du santur, sous les improvisations dĂ©licates de Keyvan Chemirami, et avec la voix de son pĂšre, Djamchid Chemirami, dans une narration semblant venir de la nuit des temps, quoiqu’écrite par le compositeur.

Layla Ramezan : le piano aux 1001 couleurs


L’Ɠuvre composĂ©e en 1992 est un modĂšle d’heureux mariage entre modernitĂ© et tradition: on apprend dans le livret que le piano, loin de pouvoir traduire avec ses demis-tons Ă©gaux les intonations persanes dans leurs micro-inflexions, leurs micro-intervalles a cependant Ă©tĂ© en Iran un instrument important au XIXĂšme siĂšcle, et a jouĂ© un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant au XXĂšme siĂšcle dans la fusion de la musique savante traditionnelle et de la musique classique europĂ©enne. Partant de l’écriture monophonique de la musique persane, Mashayekhi bĂątit une riche polyphonie tout en l’intĂ©grant dans l’architecture, ou la trame de ses piĂšces. Cela est particuliĂšrement manifeste dans celle intitulĂ©e « The escape », la plus dĂ©veloppĂ©e de toutes. L’instrument-roi en perd son europĂ©enne teinture prenant une couleur orientale sous les doigts de Layla Ramezan. Cette artiste voyageuse, passĂ©e par la France et Ă©tablie en Suisse, mais restĂ©e iranienne dans l’ñme et dans sa chair, incarne Ă  merveille cette musique si particuliĂšre dans ses sonoritĂ©s, ses rythmes, et le temps musical qui lui est propre. Elle nous ouvre les portes de ses neuf piĂšces sur un monde de poĂ©sie et de raffinement. On y entre comme dans un rĂȘve qui nous prend dans les mailles de son mystĂšre, de ses rĂ©sonances, et de ses scĂšnes imaginaires. Il n’y a qu’à se laisser porter par la voix envoutante de D. Chemirami, et se laisser envelopper des sonoritĂ©s de brocart que la pianiste obtient formant une palette extraordinairement variĂ©e, qui Ă©voquent les personnages du rĂ©cit en leur for intĂ©rieur: rĂ©sonances de bronze dans « The battle », que des aigus graciles dans leur vif argent s’emploient Ă  dĂ©sarmer, discontinuitĂ© sonore et rythmique dans « The fury » figurant l’égarement, rĂȘveurs accords consonants dans « Beyond the clouds », dialogue subtile de la grĂące et du drame dans « The mirage ». Layla Ramezan en conteuse et peintre, magicienne et poĂ©tesse, nous conduit aux confins des portes du dĂ©sert, dans une autre respiration du monde, oĂč la musique dans ses abandons et ses tensions invite Ă  la mĂ©ditation, au lĂącher-prise, et Ă  la rencontre d’une part de soi-mĂȘme, Ă  l’instar de cet ancien roi perse. Hors des bruits du temps prĂ©sent, il nous suffit d’entrer dans les nuits de Sheherazade


 

 

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CD, critique. « Sheherazade » by Alireza Mashayekhi, Layla Ramezan plays 100 years of iranian piano music. volume 2. (1 cd Paraty, 2019).

 

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