DVD événement, critique. RIHM : Jakob Lenz. Georg Nigl (1 dvd Alpha, Bruxelles 2015)

RIHM jakob lenz opéra bruxelles critique opéra comte rendu opéra classiquenews Bruxelles dvd critique opéra classiquenewsDVD événement, critique. RIHM : Jakob Lenz. Georg Nigl (1 dvd Alpha, Bruxelles 2015). Ce pourrait être l’événement du 1er festival d’Aix conçu par Pierre Audi en ce mois de juillet 2019: ce Jakob LENZ de Wolfgang Rihm est un pur chef d’oeuvre contemporain, ici filmé dès 2015 à Bruxelles. Produit à Stuttgart en 2014, l’opéra a été repris à Berlin en 2017 et fait escale donc cet été à Aix. La création à Hambourg en 1979 dévoilait la maîtrise du jeune Wolfgang Rihm, pas encore trentenaire alors, qui a le sens de la passion, de l’efficacité, de l’intimisme aussi : l’opéra dure juste un peu plus d’1 heure. 3 hommes et un petit chœur (6 chanteurs) expriment la lente mais progressive déchéance du héros, sa plongée irréversible dans la folie.
CLIC D'OR macaron 200Le librettiste Michael Fröhling adapte le texte originel de Büchner : en 13 tableaux, chacun en pleine nature et dans des lieux différents, jalonne la descente aux enfers d’un homme condamné. La production referme l’horizon cependant, en un huis clos, étouffant, d’où jaillit des néons incisifs, avec sur le sol un filet d’eau qui attire toujours plus près Jakob. Comme dans les toiles du Caravage, on ne sait au juste si l’on est à l’intérieur ou à l’extérieur, probablement sur le site d’une cellule de soins psychiatriques : s’affairent autour du corps supplicié en souffrance de Jakob Lenz, Oberlin, le pasteur devenu responsable du centre, et aussi Kaufmann, converti en médecin plutôt cynique voire sadique. Le chef murmure, cisèle les vagues orchestrales en ondes complices et mordantes, dévoilant peu à peu la folie humaine, le dérèglement de la raison. Chaque protagoniste tient son rôle, défend sa partie dans un jeu entre ombre et lumière, mais c’est le gouffre saisissant de la fatalité qui s’abat sur Jakob dont le baryton Georg Nigl fait un héros inoubliable tant chant et jeu dramatique sont sublimés à égalité. Théâtre total. L’intensité du sujet est servi par des maîtres interprètes. Il était juste de fixer la trace de cette très convaincante réussite scénique et musicale.

Mise en scène : Andrea Breth
DĂ©cors : Martin Zehetgruber
Costumes : Eva Dessecker
Lumières : Alexander Koppelmann
Dramaturgie : Sergio Morabito

Jakob Lenz : Georg Nigl
Oberlin : Henry Waddington
Kaufmann : John Graham-Hall

Les 6 voix du Chœur :
Irma Mihelič, Olga Heikkilä, Maria Fiselier, Stine Marie Fischer, Dominic Große, Eric Ander

Orchestre symphonique de La Monnaie
Franck Ollu, direction
Enregistré à Bruxelles en mars 2015

1 DVD Alpha 717 – 1h13’28

Compte rendu. Vienne. Konzerthaus, le 1er janvier 2014. Concert du Nouvel An. Oeuvres de Johann Strauss I et II, Edouard, Josef et Richard Strauss. Avec les danseurs de l’OpĂ©ra de Vienne. Wiener Philharmoniker. Daniel Barenboim, direction

Compte rendu, concert du Nouvel An Ă  Vienne 2014. Voici comme d’habitude et depuis 1958, le concert le plus diffusĂ© dans le monde, comptant selon la formule du direct, plus de 200 millions de spectateurs, au rendez vous de l’Ă©lĂ©gance et du raffinement orchestral. Un modèle dans le genre. C’est un rituel bien rĂ´dĂ© depuis 1939, quand le chef proche de Richard Strauss Clemens Krauss dirigeait  pour le premier concert du Nouvel An Ă  Vienne, un programme festif dĂ©diĂ© Ă  l’ivresse entĂŞtante des valses de la dynastie Strauss , Johann, père et fils mais aussi depuis une rĂ©cente tradition d’exploration familiale, les frères de Johann II : Josef (ce dernier très mis Ă  l’honneur en 2014 par Daniel Barenboim) et Edouard.

Concert du Nouvel An Ă  Vienne 2014Dans la salle mythique du Konzerthaus de Vienne, ce 1er janvier 2014, le chef engagĂ© pour la fraternisation des peuples (surtout entre IsrĂ©aliens, comme lui, et palestiniens entre autres) Daniel Barenboim dirige les instrumentistes du Philharmonique de Vienne : une phalange lĂ©gendaire qui n’usurpe pas sa gloire planĂ©taire, car du dĂ©but Ă  la fin, chacun aura pu se dĂ©lecter de l’unisson enivrant des cordes (notez le dispositif spĂ©cifique Ă  Vienne oĂą les contrebasses forment un mur parfaitement alignĂ© en fond d’orchestre, les violoncelles se situant Ă  gauche du chef…), de la claire transparence d’un orchestre oĂą les cors (somptueux), la ligne mĂ©lodique des flĂ»tes, comme la sensualitĂ© des bois triomphent toujours en pareille occasion.

” Le plus ” de chaque concert du Nouvel Ă  Vienne
c’est le programme que concocte chaque maestro invitĂ©. Notons que celui de Barenboim marque les esprits. La première partie enchaĂ®ne des morceaux peu connus (Quadrille d’Edouard Strauss inspirĂ© de la Belle HĂ©lène d’Offenbach) ou les lauriers de la paix (le titre est un intention manifeste pour un programme soucieux d’humanisme et de pacifisme) de Josef Strauss.
Le chef pianiste poursuit avec la marche Ă©gyptienne de Johann II : Ă©vocation parfois hollywoodienne et pompeuse d’un orient fantasmĂ© auquel les musiciens prĂŞtent aussi leur voix. D’emblĂ©e la fin plutĂ´t murmurĂ©e, Ă©vite le pire pathĂ©tique et solennel ; ouf, le kitsch a Ă©tĂ© Ă©vitĂ©. Car ce qui suit est autrement plus passionnant Ă  notre avis, quand surgit la finesse pĂ©tillante de la Polka endiablĂ©e du mĂŞme Johann fils, laquelle clĂ´t la première partie. Enfin de la lĂ©gèretĂ©, de l’insolente finesse, de l’insouciance chorĂ©graphique : tout ce qui attire depuis des lustres les (tĂ©lĂ©)spectateurs et qui assure Ă  la performance de ce direct ultra mĂ©diatisĂ©, sa rĂ©ussite artistique et musicale. Il Ă©tait temps.

Carte postale viennoise

En seconde partie, le concert tĂ©lĂ©visuel dĂ©livre aussi ce pourquoi il est conçu : promouvoir l’excellence artistique et culturelle voire touristique de Vienne et du paysage autrichien. Pour se faire, Daniel Barenboim dirige l’ouverture de l’opĂ©rette de Johann Strauss II, le maĂ®tre de la forĂŞt (avec cĂ´tĂ© rĂ©alisation visuelle des gros plans sur les fleurs de la dĂ©coration de la salle !) : lĂ  encore les pupitres des Philharmoniker offrent cette finesse instrumentale qui nous sĂ©duit tant, scintillement Ă©vocatoire de la forĂŞt viennoise…
Ensuite, les choix du chef invitĂ© s’imposent par leur justesse : superbe mĂ©ditation sur le clair de lune extrait de l’opĂ©ra Capriccio de Richard Strauss… mĂŞme raffinement instrumental, puissante inspiration d’après la nature et un instant atmosphĂ©rique : la prĂ©sence du bavarois dans le programme Ă©voque le 150ème anniversaire de sa naissance en 2014 ; mĂŞme s’il n’appartient pas Ă  la famille des Strauss, Richard porte dignement le patronyme symbole de gĂ©nie musical. Sa filiation est musicalement idĂ©ale car il a abondamment puisĂ© dans le genre de la valse pour son opĂ©ra Der Rosenkavalier (Le Chevalier Ă  la rose) tout en partageant avec ses confrères homonymes une intelligence de l’orchestration, elle aussi totalement rĂ©jouissante. VoilĂ  une entrĂ©e en matière parfaitement dosĂ©e et qui rĂ©tablit pour ce concert Ă©vĂ©nementiel, le gĂ©nie de Richard Strauss en prĂ©ambule Ă  son annĂ©e 2014.

La participation des danseurs de l’OpĂ©ra

Tout concert du Nouvel An ne serait pas digne de sa rĂ©putation sans le concours du ballet de l’OpĂ©ra de Vienne, lequel paraĂ®t ici pour la grande valse de Josef Lanner intitulĂ©e Les Romantiques (chorĂ©graphie d’Ashley Page avec les costumes de Viviane Westwood): dans les salons en blanc et or de Schonnbrun, les couples de danseurs expriment toute l’Ă©lĂ©gance viennoise que sublime l’ivresse musicale de la partition de Lanner. Avouons la totale rĂ©ussite de cette combinaison : musique symphonique et valses dansĂ©es ; un sommet du kitsch diront les dĂ©tracteurs, une crĂ©ation poĂ©tique savamment millimĂ©trĂ©e diront les admirateurs, qui sait heureusement Ă©viter le sucrĂ© poudrĂ© parfois indigeste (comme le montre a contrario de Vienne, les propositions simultanĂ©es du concert du Nouvel An Ă  Venise oĂą le ballet de l’OpĂ©ra de Rome en 2014 tente de raconter une histoire sur les airs italiens jouĂ©s par l’Orchestre de La Fenice : Ă  notre avis ratage total).
A Vienne, le dispositif sait encore nous surprendre sur la musique du ballet Sylvia de Delibes, sommet de l’Ă©lĂ©gance… Ă  la française (confrontĂ© Ă  tant d’intelligence, il nous paraĂ®t inimaginable en 2014 que l’OpĂ©ra de Paris n’ait pas encore lancĂ© la tradition d’un concert du Nouvel An car nous avons et les interprètes maison et surtout un rĂ©pertoire chorĂ©graphique et de valses qui Ă©gale sinon supplante l’Ă©vĂ©nement viennois…) : en 2014, Viviane Westwood imagine des costumes d’inspiration manifestement Ă©cossaise ; les danseurs s’adonnent Ă  une sĂ©rie de seynettes, certaines drĂ´latiques dont l’Ă©pisode dĂ©jantĂ© oĂą l’un des hommes, ivre apparemment, se cogne contre les miroirs des murs…
Enfin, le programme s’achève avec deux chefs d’oeuvres traditionnellement donnĂ©s pour l’occasion, signĂ©s par les deux gĂ©nies de la dynastie Strauss : Johann père et fils. Du second, l’orchestre entonne le cĂ©lĂ©brissime Beau Danuble Bleu (avant de souhaiter la bonne annĂ©e au monde et Ă  l’auditoire), puis du premier la non moins fameuse Marche de Radetsky… Daniel Barenboim inaugure un nouveau rituel pour l’occasion, alors que les musiciens ont commencĂ© de jouer la Marche, le chef quitte son podium et scrupuleusement, salue chaque instrumentiste, mettant en avant chaque tempĂ©rament individuel qui fait la rĂ©ussite et la cohĂ©rence d’un son collectif admirĂ© dans le monde entier. MĂŞme aussi prĂ©parĂ© et plannifiĂ©, chaque Concert du Nouvel An Ă  Vienne peut encore nous surprendre …  Le dĂ©but d’une nouvelle tradition ?


Vienne. Konzerthaus, le 1er janvier 2014. Concert du Nouvel An. Oeuvres de Johann Strauss I et II, Edouard, Josef et Richard Strauss. Avec les danseurs de l’OpĂ©ra de Vienne. Wiener Philharmoniker. Daniel Barenboim, direction

Cd, blu ray et dvd de ce nouveau concert du Nouvel An dirigé en 2014 par Daniel Barenboim sont annoncés chez Sony classical pour la fin du mois de janvier.