CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records 2021)

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records 2021) - L’approche a Ă©tĂ© pensĂ©, conçue pour l’enregistrement studio : le rĂ©sultat est plutĂŽt convaincant. Les instrumentistes du Quatuor Alma / Alma Quartet, rĂ©habilitent l’auteur parmi les trĂšs grands faiseurs chambristes post romantiques du XXĂš.

korngold alma quartet korngold critique cd review clic de classiquenews 1627975576Korngold porte bien ici son 2Ăš prĂ©nom « Wolfgang », hommage et filiation toute artistique Ă  l’auteur de Don Giovanni : la subtilitĂ© versatile qui se dĂ©gage de ses Quatuors, leur expressivitĂ© toute en finesse (
 viennoise) indiquent clairement l’éloquente maturitĂ© d’EWK / Erich Wolfgang Korngold, compositeur prĂ©coce, surdouĂ©, capable de jouer avec les rĂ©fĂ©rences d’une culture et d’une mĂ©moire musicale hors normes. Le Quatuor N°2 (1933) Ă©crit au cƓur des annĂ©es folles, juste avant l’exil Ă  Hollywwod (oĂč il sera un auteur renommĂ©, recherchĂ©, inspirĂ© pour le cinĂ©ma), diffuse ce parfum Ă©clectique qui tend Ă  l’évanescence, entre hyperactivitĂ©, langueur, finale extatique. A l’époque oĂč Schoenberg façonne et perfectionne son sĂ©rialisme Ă  12 tons, le classique nĂ©o mozartien Korngold dĂ©montre a conrario la permanence et l’acuitĂ© des vertus tonales. Le 2Ăš mouvement »Intermezzo / Allegretto » rĂ©active et l’humour de Haydn et la nonchalance Ă©clairĂ©e de R Strauss, puis l’ample Larghetto / Lento creuse dans une gravitĂ© nocturne d’une infinie mĂ©lancolie, ce retour aux anciens ; quand la Valse du IV, rend hommage aux clans Strauss, les frĂšres Johann, Josef, Eduard.

ComposĂ© au sortir de la guerre (1945), le N°3 dĂ©ploie une tension inĂ©dite, une inquiĂ©tude viscĂ©rale qui recueillent l’expĂ©rience tragique, le dĂ©chirement de l’émigration, la dĂ©pression qui atteint Korngold au milieu des annĂ©es 1940. NĂ© en 1897, il est presque quinquagĂ©naire et incarne une toute autre vĂ©ritĂ©. Les instrumentistes du Quatuor Alma en exprime la lassitude Ă©cƓurĂ©e, les spasmes d’une noirceur active, approche d’autant plus juste que Korngold avoue l’avoir Ă©crit « pour lui-mĂȘme », partition miroir comme un autoportrait intime et direct. C’est le surgissement d’une maturitĂ© obligĂ©e, prĂ©cipitĂ©e comme contrainte, intensifiĂ©e encore par la maladie puis la mort de son pĂšre (qui comme chez Mozart est une figure essentielle Ă  sa vie).
CLIC_macaron_2014La fusion des Alma, leur Ă©coute intĂ©rieure, la quĂȘte d’une sonoritĂ© qui semble surgir de l’au-delĂ  et d’un passĂ© perdu, inapprĂ©ciable (« Sostenuto » aux phrases magnifiquement Ă©tirĂ©es chantantes), enrichissent la lecture d’une Ă©tonnante clairvoyance sur la sensibilitĂ© trĂšs juste de Korngold. Les 2 Quatuors fonctionnent ainsi comme un diptyque complĂ©mentaire, les deux faces d’une vie, celle d’une gĂ©nie musical marquĂ© par la guerre et la barbarie, enthousiaste et dĂ©primĂ©. Profondeur et tendresse, ombre et lumiĂšre. Et aussi vitalitĂ© mordante plus ambivalente (superbe cadence syncopĂ©e du dernier mouvement : Finale / Allegro aux saillies abruptes, Ă©nigmatiques). La prise de son remarquablement rĂ©alisĂ©e pour le studio en mars 2021 est magistrale. Comme l’interprĂ©tation. CLIC de CLASSIQUENEWS.

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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records – enregistrĂ© en mars 2021, Haarlem, Pays-Bas). PLUS d’INFOS sur le site du label Challenge records :
https://www.challengerecords.com/products/16288479592327

CD critique, HAHN : Ô mon bel inconnu (Samuel Jean, 1 cd Palazzetto Bru Zane, 2019)

HAHN-o-mon-bel-inconnu-cd-livre-Bru-zane-samuel-Jean-pancrazi-dolie-critique-cd-opera-opera-review-CLASSIQUENEWS-critique-cdCD critique, HAHN : Ô mon bel inconnu (Samuel Jean, 1 cd Palazzetto Bru Zane, 2019) – ComĂ©die sincĂšre des annĂ©es 30
 Hahn affectionne la lĂ©gĂšretĂ© suggestive ; l’art d’une finesse savoureuse qui se lit Ă  plusieurs degrĂ©s ; ainsi la partition d’Ô mon bel inconnu cultive cette couleur opĂ©ra comique, comĂ©die lĂ©gĂšre voire opĂ©rette. AprĂšs « Mozart », le duo Hahn / Guitry se retrouve sur le thĂšme d’une tribu pas si convenable que cela. La famille Aubertin, pĂšre, mĂšre et fille, clan anecdotique de la petite bourgeoisie commerçante (Prosper est chapelier) s’émoustille de fantasmes nĂ©s de correspondances Ă©pistolaires, propres Ă  effacer la routine domestique et familiale. L’ennui guette cette communautĂ© apparemment respectable, qui en proie au dĂ©sordre Ă©motionnel, est victime des frivolitĂ©s parisiennes. Le dĂ©sir et le fantasmes menacent sĂ©vĂšrement cet Ă©quilibre clanique ; l’excitation, les propos Ă©grillards font imploser les biensĂ©ances sociales (« pinson » Ă©pineux, salace, bien dans l’esprit de Guitry qui signe ici sa nouvelle coopĂ©ration avec Hahn : « Mais vous m’avez pincĂ© le derriĂšre », s’écrie Antoinette Ă  Jean-Paul : on pourrait s’étonner aujourd’hui d’une telle naĂŻvetĂ© emblĂ©matique de l’Entre-Deux guerres, un rien ridicule dans son Ă©noncé ).
Ce qui sauve ici Hahn, c’est la profondeur et la finesse sous le masque d’une apparente indiffĂ©rence (en cela le personnage de Claude, faux soupirant et vrai coeur irradiĂ© : excellent Yoann Dubruque, intelligible, naturel, nuancĂ©, Ă©claire cette seconde nature de l’écriture). Hahn rivalise ainsi entre sincĂ©ritĂ© et drame avec son grand modĂšle, le Mozart des Noces. On notera ainsi de mĂȘme, l’indiscutable gouaille mesurĂ©e d’ÉlĂ©onore Pancrazi dans le rĂŽle de la bonne FĂ©licie. Voici deux tempĂ©raments dramatiques, au français impeccable, Ă  l’expressivitĂ© subtile et changeante
 qui se dĂ©marquent nettement du reste de la distribution.

Le chef soigne cette ambiance suave et drĂŽlatique, badine mais sincĂšre, en particulier pour l’ouverture, chaque intermĂšde et entracte oĂč seuls les instruments de l’orchestre chantent cette frivolitĂ© dĂ©licieuse (Ă  noter clin d’oeil au romantisme hexagonal, le saxo, clair emprunt Ă  l’orchestre de Thomas). La lecture est soignĂ©e, vive, s’appuyant sur des caractĂšres bien restituĂ©s ; de quoi nous Ă©clairer sur le duo Guitry / Hahn Ă  la scĂšne, qui illumine en oct 1933, le paysage musical parisien (Bouffes-Parisiens).

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CD, critique. HAHN : O mon bel inconnu, 1933 (Gens, Pancrazi, Dubruque, Dolié  Orch nat. Avignon-Provence, Samuel Jean). 1 cd Palazzetto Bru Zane, enregistrĂ© en sept 2019.

 

 

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Autres opéras de Reynaldo HAHN critiqués sur classiquenews.com :

 

 
 

 

ile-du-reve-hahn-cd-niquet-dubois-cd-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-octobre-2020-BZ-1042-PHYSICAL-front-OK-654x1024-cd-classiquenews-opera-critiqueCD Ă©vĂ©nement. REYNALDO HAHN : L’üle du rĂȘve (Dubois, Sargsyan
 Niquet, 2020) 1 cd OpĂ©ra français Pal Bru Zane. L’üle du rĂȘve (« idylle polynĂ©sienne crĂ©Ă© en 1898), c’est assurĂ©ment l’extase amoureuse qui lie dĂšs le premier acte, MahĂ©nu et Loti, la jeune polynĂ©sienne de 
 16 ans, et l’officier français plus mĂ»r, excitĂ© Ă©videmment de s’offrir ainsi les charmes d’une adolescente indigĂšne. Il y a du Massenet dans cette Ă©criture tendre et envoĂ»tĂ©e ; le second acte commence comme une ouverture nĂ©obaroque, oĂč rĂšgnent surtout la voluptĂ© capiteuse des cordes : la direction trĂšs kitsch du chef soigne de fait le lyrisme sucrĂ© et la sĂ©duction chantante des mĂ©lodies, moins le raffinement millimĂ©trĂ© du style du jeune Hahn, trĂšs français dans son sens des couleurs Ă  la fois suaves, et tendres et d’un lyrisme Ă©perdu.

http://www.classiquenews.com/cd-evenement-reynaldo-hahn-lile-du-reve-dubois-sargsyan-niquet-2020-1-cd-opera-francais-pal-bru-zane/

 

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Ciboulette-Fra-Musica-DVD_1_155x225CLIC D'OR macaron 200DVD. Reynaldo Hahn : Ciboulette, 1925. (Fuchs, OpĂ©ra Comique fĂ©vrier 2013. 2 dvd FRA Musica). En 1925, au cƓur des annĂ©es folles, celles de l’entre deux guerre, Reynaldo Hahn (1874-1947) revivifie l’esprit enivrĂ© des opĂ©rettes de Johann Strauss et d’Offenbach : c’est une succession de tableaux populaires et collectifs d’oĂč jaillissent de subtiles personnalitĂ©s (Ciboulette, Antonin), qui Ă©voque aussi en une fresque sociale et politique, le Paris des Halles et de l’OpĂ©ra : mixitĂ© des classes comme si elles Ă©taient Ă  bord du Titanic : emportĂ©es malgrĂ© leurs diffĂ©rences qui s’entrechoquent mais acculĂ©es Ă  l’inĂ©luctable, non pas fractionnĂ©es ni opposes mais fusionnĂ©es des officiers de hussards aux maraĂźchers des Halles, des courtisanes aux aristos
 : un traumatisme vĂ©cu par tous sans distinction en 1914 et 1918, bientĂŽt Ă  venir en 1939
 La nostalgie d’une Ăšre bĂ©nie perdue, celle des premiers amours – ivresse de l’innocence bercĂ©e d’illusion amoureuse (le baryton soudainement grave et sombre et trĂšs tendre du contrĂŽleur Duparquet), surtout cet Ă©tat choquĂ©, celui des lendemain de griseries et d’orgies conduisant Ă  un rĂ©veil difficile : on pense constamment aux climats de La Chauve souris (mĂȘme confusion des classes grĂące au truchement des masques et du carnaval, mĂȘme difficultĂ© face au rĂ©el
 avec cet Ă©panchement Ă©perdu, sincĂšre vers l’amour). Tout l’opĂ©ra est construit sur la lente et progressive rĂ©vĂ©lation du pur amour, le vrai, le plus authentique, celui qu’éprouve le jeune richard Antonin et la belle maraichĂšre aux Halles, Ciboulette, si piquante et astucieuse du haut de ses 21 ans. La dĂ©licatesse et le raffinement du style de Hahn Ă©clate au grand jour : une intelligence des contrastes, une sensibilitĂ© surtout qui en font un gĂ©nie de la lĂ©gĂšretĂ© grave. Evidemment, les airs de Ciboulette qui exige un soprano agile, ne comportent malheureusement aucune coloratoure ni vocalises car le style verse toujours dans la chanson, la revue, et la comĂ©die musicale, Ă©poque oblige. EN LIRE PLUS

 

 

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux. M Lenormand
 Bleuse /Desbordes

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux. M Lenormand
 Bleuse /Desbordes. Petite rĂ©serve tout d’abord dans la conception mĂȘme de la soirĂ©e. MalgrĂ© sa forme chaotique entre rĂ©cital de chansons, revue, volets habituels du cabaret berlinois, la premiĂšre partie de soirĂ©e (Berliner Kabarett) prĂ©sente quelques superbes mĂ©lodies aux textes tout autant savoureux ; curieusement en dĂ©pit de la prĂ©sence de l’orchestre en fond de scĂšne, c’est au piano seul que trois chanteurs Ă©grĂšnent leur juste complainte entre poĂ©sie et dĂ©sespoir, tous ont cette dĂ©sillusion enchantĂ©e qui est la marque du thĂ©Ăątre aussi politique que dĂ©lirant du duo Weill / Brecht.

Ainsi trois sĂ©quences sont mĂ©morables en particulier ; citons « l’heure bleue » ou l’extase au bain, que chante et qu’incarne en un nirvana cosmĂ©tique, avec une suavitĂ© Ă©vanescente la pulpeuse Marie Lenormand ; plus ambiguĂ« encore entre dĂ©sespĂ©rance et visions glaçantes (de larmes et de mort), « au fond de la Seine », est un splendide lamento, maĂźtrisĂ© dans des tenues de notes impeccables et trĂšs investies par le tĂ©nor RaphaĂ«l Jardin ; plus sombre encore, aprĂšs une critique acerbe contre l’hypocrisie dĂ©mocratique, en clown grimaçant hystĂ©rique, l’excellente basse française FrĂ©dĂ©ric Caton, 
lequel tombe le masque et exprime le deuil de la mĂšre qui a perdu son fils dans les tranchĂ©es. Le ton est juste, le texte dĂ©chirant; ce tragique noir, acide, lugubre, surgissant comme une douche froide, est du plus puissant effet; comme si Weill et Brecht nous avaient sĂ©duits et trompĂ©s par ce qui prĂ©cĂšde sur le ton d’un divertissement sans gravitĂ©, pour nous infliger cette appel Ă  conscience. Inoubliable. La voix naturelle de la basse, veloutĂ©e et toujours parfaitement intelligible (dans la grande tradition, et la seule exemplaire Ă  ce jour, celle du diseur Francois Le Roux), fait vibrer le texte en une sincĂ©ritĂ© qui touche au cƓur. Bravo l’artiste. Sous le masque d’un spectacle de pacotille, dans le mouvement d’une vacuitĂ© faite religion, s’impose Ă  nous, le cri dĂ©chirant de ce chant dont texte et musique ressuscitent le dĂ©nuement et la profondeur de Schubert.

Ces perles sont les piliers d’un spectacle qui Ă  partir de son prĂ©texte sur l’ivresse consumĂ©riste des grands magasins se fait brĂ»lot politique. Mais la forme Ă©clatĂ©e qui s’apparente Ă  une succession de numĂ©ros, sans liens apparents, et non intĂ©grĂ©s dans une action continue, unitaire, se rĂ©vĂšle Ă  la peine, dĂ©routante, dĂ©cousue, un rien confuse. Serait-ce pour mieux nous prĂ©parer Ă  la forme idĂ©ale, resserrĂ©e, continue de l’oeuvre qui suit et qui constitue le clou de la soirĂ©e : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux ? De fait la grande cohĂ©rence de la partition qui file Ă  toute allure saisit immĂ©diatement le spectateur.

 

 

 

SƓurs martyrs
d’un spectacle parodique et politique

 

 

 

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Rien avoir en effet dans ce cycle de 40 mn, menĂ© tambour battant tel un « road movie », et qui grĂące au dispositif des instrumentistes placĂ©s derriĂšre les chanteurs (qui ne sont plus sonorisĂ©s), rĂ©vĂšle sa nature hautement symphonique. On se glisse dans le sprachgesang de la mĂȘme Marie Lenormand, tout en confort et en naturel. Son intonation est juste et la couleur du chant mĂȘle les espĂ©rances de la conteuse Anna I, spectatrice et narratrice des avatars des deux Sisters, et la plainte lancinante de celle qui compte les mille humiliations et sĂ©vices (surtout sexuels) dont elles sont victimes (surtout Anna II) qui est un personnage non chantĂ© mais dansĂ© : dans ce dernier rĂŽle on distingue la performance de la danseuse Fanny Aguado dont postures et poses convoquent une lolita allumĂ©e, dĂ©vergondĂ©e et ingĂ©nue, une Lulu bis, diverses facettes d’une jeunette prĂȘte Ă  tout pour vendre ses charmes.
Les vrais responsables de ce jeu de dupes sont les parents et les (deux) frĂšres des deux Anna, sƓurs martyrs, prostituĂ©es dominĂ©es, consentantes, dont les revenus rĂ©guliers financent la petite maison familiale en Louisiane au bord du Mississipi. Le rĂȘve et l’idĂ©al tant dĂ©fendus relĂšvent peu a peu du cauchemar mais aussi dans le spectacle, dĂ©voile l’hypocrisie bien pensante qu’incarne Ă  la façon d’un chƓur rĂ©pĂ©titif, scandant chaque tableau des pĂ©chĂ©s (« Seigneur illumine tes fidĂšles, mĂšne-les vers la prospĂ©rité »), les 4 membres de la famille.
Impeccable en ce sens la mĂšre du mĂȘme FrĂ©dĂ©ric Caton : il/elle brandit le crucifix pour mieux envelopper ses turpitudes de mĂšre proxĂ©nĂšte.

 

 

 

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On ne saurait trop souligner la rĂ©ussite d’une telle partition, musicalement splendide, dramatiquement prenante ; les auteurs y dĂ©veloppent les thĂšmes dĂ©sormais structurels de leur travail sur la scĂšne : dĂ©nonciation de l’exploitation de l’homme par l’homme, hypocrisie bourgeoise, fausse morale, fausse religion ; et toujours cette tension et ce lugubre voire cette inquiĂ©tude souterraine qui doublent chaque situation. On a le sentiment qu’à chaque avancĂ©e dans cette chevauchĂ©e fantastique, c’est l’humanitĂ© et la beautĂ© du monde qu’on assassine. La musique est subtile et ambiguĂ«, troublante souvent dĂ©chirante. Le livret Ă  rebours d’une dĂ©nonciation en rĂšgle de la barbarie et des turpitudes humaines, nous parle bien de l’humain.
En rĂ©alitĂ©, Brecht, toujours mordant, tout en dĂ©nonçant les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, dĂ©montre qu’en les appliquant strictement, – tentation lĂ©gitime, les deux sƓurs montent les Ă©chelons et amassent toujours un peu plus. Le monde est ainsi corrompu qu’il faille simplement appliquer les 7 tares pour rĂ©ussir et s’enrichir.

 

 

 

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La premiĂšre partie qui dure presque 1h30, souligne le climat et le contexte des spectacles de Weill et Brecht alors en transit Ă  Paris aprĂšs l’échec des idĂ©aux de la RĂ©publique de Weimar.
On ne cesse de penser tout au long de la soirĂ©e Ă  l’apocalypse collectif et sociĂ©tal des annĂ©es 1930 en Allemagne
 les arts du spectacle pourtant clairvoyants alors, se sont confrontĂ©s Ă  une sorte d’aveuglement et de fatalisme gĂ©nĂ©ral. Un Ă©tat de soumission inscrit dans l’air du temps
 Un parallĂšle avec nos dĂ©mocraties mourantes en Europe ?
Voila qui fait mĂȘme du choix de Weill / Brecht, Ă  Tours en avril 2019, Ă  quelques semaines des Ă©lections europĂ©ennes, un acte politique. DĂ©jĂ  Brecht et Weill avaient Ă©pingler le danger des faux dĂ©mocrates et des vrais dĂ©magogues populistes. Approche visionnaire, et spectacle passionnant.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 27 avril 2019. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux. Marie Lenormand
 Bleuse /Desbordes

KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux
CrĂ©Ă© le 7 juin 1933 au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es
Textes de Bertolt Brecht
Précédés de Berliner Kabarett

Nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours

Avec
Anna Marie Lenormand
La MÚre Frédéric Caton
Le PĂšre Carl Ghazarossian
Les FrÚres Jean-Gabriel Saint Martin, Raphaël Jardin
Danseuse et chorégraphe Fanny Aguado

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours
Direction musicale:Pierre Bleuse
Mise en scĂšne:Olivier Desbordes

Costumes: Patrice Gouron
LumiÚre: Joël Fabing
Décors: Opéra de Tours

Illustrations : © Sandra Daveau / 7 pĂ©chĂ©s capitaux Kurt WEILL Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

TOURS, Opéra. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux, 26,27, 28 avril 2019

WEILL kurt opera concert festival concerts annonces critique classiquenews musique classique newsTOURS, OpĂ©ra. KURT WEILL : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, 26,27, 28 avril 2019. Nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Les Ɠuvres de Weill sont marquĂ©es par le sceau du gĂ©nie et de l’invention thĂ©Ăątrale. Kurt Weill (1900 – 1950) est un crĂ©ateur atypique, audacieux, rĂ©volutionnaire et visionnaire. Il a dĂ» quittĂ© l’Allemagne hitlĂ©rienne, rejoint Paris (oĂč sont crĂ©Ă©s les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, 
 dans un incomprĂ©hension totale hĂ©las, et suscitant les foudres des antisĂ©mites particuliĂšrement virulents alors). Weill fut un auteur prĂ©coce Ă©crivant ses Quatuor, premier opĂ©ra, lieder) dĂšs l’adolescence. Il s’est formĂ© Ă  Berlin (Musikhoschule), auprĂšs de Ferrucio Busoni (AcadĂ©mie prussienne des arts). Avant son exil, Weill incarne le court Ăąge d’or des arts du spectacle des annĂ©es Weimar (avec Eisler, Krenek, Wolpe ; travaillant avec les plus grands chefs Erich Kleiber, Fritz Busch, Otto Klemperer, Hermann Scherchen
 ), soit pendant une dĂ©cennie, celle des annĂ©es 1920 et le dĂ©but des annĂ©es 1930 (jusqu’en 1933, en mars prĂ©cisĂ©meent oĂč il rejoint la France). A Paris, Les 7 PĂ©chĂ©s prolongent l’intelligence et l’imagination des ouvrages reconnus, cĂ©lĂ©brĂ©s : Der Protagonist, Royal Palace, L’Opera de quat’sous, Celui qui dit oui (Der Jasager)


 

 

 

Nouveau théùtre musical
créé à Paris sur la scÚne du TCE en 1933

Le dessein de Weill est de crĂ©er Ă  la suite de Mozart, un genre populaire, surtout pas Ă©litiste ; pour se faire il croise l’opĂ©ra classique, le ballet, le jazz
 d’oĂč une invention mĂ©lodique sans pareil. Ses lieder sont des tubes, chantĂ©s par tous. Il reste Ă  Paris, deux ans, jusqu’en 1935 (en septembre il quitte Paris pour New York avec le metteur en scĂšne Max Reinhardt, cofondateur avec R Strauss et Hofmannsthal du Festival de Salzbourg en 1922). Pour la scĂšne parisienne, Weill (qui parlait un français magnifique) compose Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, la Symphonie n°2 et Marie Galante. avant d’accoster en terre amĂ©ricaine, Weil Ă©voque le vertige des villes des Etats-Unis, avec Ă  dĂ©faut d’y avoir encore vĂ©cu, le fantasme de l’imaginaire.

 

 

 

weill-kurt-7-peches-capitaux-opera-de-tours-annonce-critique-opera-classiquenews-avril-2019-opera-musique-classique-concerts-festival-actualites-musique-classique-newsLes 7 pĂ©chĂ©s incarnent cette pause, entre deux mondes, avant que Weill ne se dĂ©die Ă  la comĂ©die amĂ©ricaine Ă  Broadway (il devient citoyen amĂ©ricain en 1943), grĂące aux ouvrages applaudies tels Lady in the Dark (1941), One touch of Venus (1943), Street scene (1947), ou Lost in the Stars (tragĂ©die de 1949). Au final, la culture, le sens critique, et l’imagination fertile de Weill le portent Ă  rĂ©inventer le genre musical et thĂ©Ăątral dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš.
Face au sĂ©rialisme bon teint d’une Ă©lite pseudo conceptuelle, en mal d’ambition intellectuelle, l’écriture classique, tonale et populaire de Weill reprĂ©sente aujourd’hui cette veine poĂ©tique indiscutable qui tout en recyclant le savant et le mordant, Ă  su conserver un lien profitable avec le grand public. De fait, on ne cesse de reconnaĂźtre aujourd’hui la modernitĂ© et la singularitĂ© de son thĂ©Ăątre : poĂ©tique, dĂ©lirant, satirique, d’une justesse bouleversante. Weill n’est pas l’inventeur de chansons et mĂ©lodies inoubliables (Mack the Knife tirĂ© de l’OpĂ©ra de quat’sous, 1928 ; Surabaya Johnny, Alabama song, Youkali ou My Ship
) : il illustre un genre indĂ©trĂŽnable et inusable dont la saveur et la noirceur, le rĂ©alisme cynique et la grĂące poĂ©tique continuent de toucher le public. Ce n’est pas l’opĂ©ra ballet Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux qui dĂ©mentiront cette qualitĂ©.

 

 

 

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TOURS, Opéra. KURT WEILL : Les 7 péchés capitauxboutonreservation
3 représentations
Vendredi 26 avril 2019 – 20h
Samedi 27 avril – 20h
Dimanche 28 avril – 15h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/les-sept-peches-capitaux

 

 

 

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Les 7 péchés capitaux
CrĂ©Ă© le 7 juin 1933 au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es
Textes de Bertolt Brecht – NOUVELLE PRODUCTION de l’OpĂ©ra de Tours

Précédés de Berliner Kabarett

Direction musicale : Pierre Bleuse
Mise en scĂšne : Olivier Desbordes

Costumes : Patrice Gouron
LumiÚre : Joël Fabing
Décors : Opéra de Tours

Avec

Anna : Marie Lenormand
La MÚre : Frédéric Caton
Le PĂšre : Carl Ghazarossian
Les FrÚres : Jean-Gabriel Saint Martin, Raphaël Jardin
Danseuse et chorégraphe : Fanny Aguado

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

Conférence
Samedi 13 avril 2019 – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

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ACTION : le prix pour la rĂ©alisation d’un rĂȘve immobilier

Pour se payer leur propre maison, les parents deux sƓurs, Anna I et Anna II, les envoient faire un tour des villes amĂ©ricaines : soit pendant 7 ans, une nouvelle citĂ© chaque annĂ©e. Anna II tentĂ©e, sollicitĂ©e manquent de succomber aux 7 pĂ©chĂ©s (la paresse, l’orgueil, la colĂšre, la gourmandise, la luxure, l’avarice et l’envie). Mais plus raisonnĂ©e et mesurĂ©e, Anna I sait la sauver d’une nouvelle passe. Ainsi les parents suivent par articles de journaux interposĂ©s, les frasques de leur progĂ©nitures en mal de sensations : Ă  chaque ville explorĂ©e, sa tentation capitale
 la premiĂšre ville inconnue (la paresse) ; Memphis (l’orgueil) ; Los angeles (la colĂšre) ; Philadelphie (la gourmandise) ; Boston (la luxure) ; Baltimore (l’avarice) ; enfin, San Francisco (l’envie / la jalousie).
Au terme du cycle d’épreuves, aprĂšs sept ans, les deux Annas ont engrangĂ© un beau pactole ; rentrĂ©es en Louisiane, elles permettent que la famille Ă©difie enfin la maison familiale tant espĂ©rĂ©e.