CD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Note temporis, 1 cd Alpha, 2019)

orphee aux enfers charpentier vox luminis nocte temporis meunier mechelen cd alpha critique opera baroque classiquenewsCD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Note temporis, 1 cd Alpha, 2019). La Descente d’OrphĂ©e aux enfers est le joyau de ce double regard orphique qui comprend aussi la courte cantate plus ancienne et sur le mĂŞme thème OrphĂ©e descendant aux enfers (1684). La partition plus ancienne est une première Ă©pure, directe, serrĂ©e, incisive comme une gravure Ă©conome de ses traits. La Descente plus dĂ©veloppĂ©e, en tableaux aboutis, au souffle pathĂ©tique et tragique – est composĂ©e pour la cour de Marie de Lorraine probablement en 1687 : Charpentier n’a rien laissĂ© du 3è acte oĂą OrphĂ©e Ă©tait dĂ©vorĂ© par les mĂ©nades. Comme chez Monteverdi, le dĂ©but met en scène des nymphes charmantes bientĂ´t apitoyĂ©es par le deuil qui Ă©treint et dĂ©vore OrphĂ©e ayant perdu Eurydice, Charpentier excelle dans l’évocation des bocages tendres. Pourtant une tension enfle très vite – nervositĂ© propre au baroque français, car tous invectivent l’inflexibilitĂ© des dieux. Le mordant du choeur s’enflamme et perce directement au choeur, tandis que l’OrphĂ©e de Reinoud van Mechelen se languit dans la perte d’une insondable douleur. Charpentier suit les Italiens et son maĂ®tre Ă  Rome Carrissimi et aussi Monteverdi, tout inspirĂ© par la figure du poète blessĂ©, atteint au coeur.

Charpentier aime s’alanguir et respirer dans une volupté élastique dont la courbe expressive et la flexibilité se dévoilent idéalement dans la couleur et la cohérence indiscutable du chœur des Nymphes & des Bergers, incarnés par les chantres magistraux de Vox Luminis, collectif de luxe et de passion maîtrisée (qualité de leur effusion lacrymale dans le chœur final du premier acte).
La seconde partie qui est celle de la Descente aux enfers proprement dite vaut surtout pour le choeur là encore, aux accents et nuances picturales, et pour la Proserpine à la fois intense et franche de la soprano Stéphanie True. Dans l’articulation qui mène de la terre pastorale des bergers au gouffre infernal, Charpentier articule et s’électrise même à la Lully, évoquant le drame mais aussi la volonté d’Orphée d’en découdre (intermède entre les deux actes, très investi et au relief expressif).
Lénifiant, suave voire un peu lisse, Orphée sait adoucir les tourments des trois torturés rencontrés ici bas (Ixion, Tantale, Titye) vraie préfiguration dans le lugubre infernal, des trois Parques à venir chez Rameau (Hippolyte et Aricie). On y détecte la même tension pour le rictus (de douleur), l’imprécation exacerbée, sans les audaces harmoniques raméliennes.
Dans l’empire de la mort, Orphée sait infléchir et toucher le coeur de Proserpine, meilleure entrée pour vaincre et adoucir la rigueur de Pluton : de fait, s’il réclame la résurrection de son aimée Eurydice, Orphée souligne combien sa requête est fugace ; il reviendra mortel avec sa belle, se soumettre à Pluton… Ainsi vivent et meurt les hommes, mais sur terre, l’amour leur est capital.

En dépit des beautés chorales de cette lecture très esthétique, on reste moins convaincu par l’accentuation du vieux françois, où « souviens-toi » devient « souviens touè », intégrant une saveur rustique dans l’air charmant et séducteur d’Orphée : « Ah, Ah, laisse touè toucher… » ; rien à reprocher au chant ondulant et flexible du soliste Reinoud van Mechelen. Mais c’est décidément les couleurs profondes, intérieures du continuo (A Nocte temporis, collectif fondé par le ténor flamand) et de l’admirable chœur qui atteint souvent l’homogénéité expressive des Arts Flo, qui nous charment ici, avant toute chose (dernier choeur des Ombres heureuses, avec lequel Charpentier achève sa partition). En descendant aux enfers, Orphée les a pacifiés. Divin pouvoir du chant. Voici certainement, malgré quelques réserves, les piliers de la nouvelle génération baroque.

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CD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Nocte temporis, 1 cd Alpha, 2019)

 

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TEASER VIDEO :

 

 

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Reportage vidéo. Les Funérailles de la Reine Marie-Thérèse, De Profundis de Marc-Antoine Charpentier (1683)

marie-therese-d-autriche-portrait-reine-versaillesReportage vidĂ©o. Les FunĂ©railles de la Reine Marie-ThĂ©rèse, De Profundis de Marc-Antoine Charpentier (1683). A Versailles, alors que le concours pour renouveler les compositeurs de la Chapelle royale vient de se clĂ´re, la Reine meurt Ă  la fin de juillet 1783. Très vite il faut composer dans l’urgence une musique cĂ©rĂ©monielle, Ă  la fois solennelle et profonde : Mar-Antoine Charpentier Ă©crit alors l’un des plus beaux et des plus bouleversants De Profundis de toute la musique française, annonçant par ses climats graves et dĂ©sespĂ©rĂ©s, fervents et mystĂ©rieux, les grandes messes du XVIIIè et les Requiem spectaculaires de Berlioz ou de Verdi… Programme original dĂ©fendu par les solistes, Chantres, Pages de la MaĂ®trise du CMBV, La RĂŞveuse… (continuo par Benjamin Perrot et Florence Bolton), sous la direction d’Olivier Schneebeli © studio CLASSIQUENEWS.COM. RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham.

Funérailles de Marie-Thérèse à Versailles (1683)

Versailles, Chapelle Royale. Samedi 10 octobre 2015, 20h. Requiem pour Marie-ThĂ©rèse. L’annĂ©e du tricentenaire de la mort de Louis XIV, le Centre de musique baroque de Versailles cĂ©lèbre aussi la disparition de son Ă©pouse, mariĂ©e en 1660, alors de fastueuses reprĂ©sentations du Xerse du compositeur vĂ©nitien Cavalli, invitĂ© Ă  grands frais et grand train par le Cardinal Mazarin.

marie-therese-autriche-reine-epouse-de-louis-XIV-messeLa Reine Marie-Thérèse décéda le 30 juillet 1683 après une maladie de quatre jours. Le 10 août suivant, le corps embaumé est inhumé à la Basilique Saint-Denis : « La Musique de la Reyne chantait le De Profundis » rapporte la Gazette. Mais dès le 2 août, on avait chanté un service solennel à la Cathédrale Notre-Dame de Paris avec une Pompe funèbre conçu par le décorateur renommé (à juste titre) Bérain. Louis XIV qui n’aimait guère son épouse, mais qu’il « honorait » chaque nuit (entre deux maîtresses ?), épousa peu après la mort de la Reine, et en secret Madame de Maintenon. A propos de la mort de marie-Thérèse, Lous XIV déclara non sans ironie et cynisme : « Voilà le seul chagrin qu’elle m’ait causé ». Propre au décorum lié aux personnalités royales, les Funérailles sont un théâtre et un rituel spectaculaire. Grâce à l’abondante documentation conservée, il est possible de se faire une idée très précise des Funérailles à Saint-Denis. Le dispositif musical comprenait trois entités distinctes avec leur répertoire propre qui alternaient en permanence : plain-chant pour les chantres placés près du catafalque, messe polyphonique pour les chanteurs de la Musique de la Chapelle (Missa pro defunctis de Charles d’Helfer) et motets à grands chœur pour les chanteurs et instrumentistes de la Musique de la Chambre (les fameux Dies iræ et De profundis de Jean-Baptiste Lully créés pour la circonstance).

Musiques de Charpentier pour les funérailles royales

marie_therese_bdHĂ©las pour les cĂ©rĂ©monies organisĂ©es Ă  Versailles, on ne sait rien. Ă€ la vĂ©ritĂ©, on ne sait trop quels compositeurs et MaĂ®tres de Chapelle participèrent aux nombreuses cĂ©rĂ©monies organisĂ©es Ă  cette occasion, tant Ă  Versailles, Ă  Paris et partout en province. C’est pourquoi la figure de Marc-Antoine Charpentier prend ici un sens et une portĂ©e lĂ©gitime. Le corpus des trois Ĺ“uvres composĂ©es par Charpentier, est unique en son genre, autant par l’importance historique qu’il revĂŞt que par sa profonde qualitĂ© artistique. En effet, dans les trois Ĺ“uvres, dans le Luctus Ă©crit pour 3 voix solistes, dans l’impressionnant In obitum qui revĂŞt toutes les caractĂ©ristiques des motets dramatiques et Histoires sacrĂ©es du compositeur, – c’est Ă  dire dans une Ă©criture italienne, sensuelle et raffinĂ©e apprise Ă  Rome auprès de son maĂ®tre Carissimi-, dans le De profundis enfin, on retrouve au plus haut degrĂ© d’inspiration, le gĂ©nie de Charpentier, son originalitĂ© inĂ©galĂ©e en matière de musique sacrĂ©e en cette seconde moitiĂ© du XVIIème siècle. Une telle musique de funĂ©railles, plus somptueuse encore que ne le seront les Funeral Sentences Ă©crites par Purcell pour la Reine Anne bouleverse toujours l’auditeur du XXIème siècle, comme les contemporains de la Reine Marie-ThĂ©rèse purent ĂŞtre touchĂ©s voire bouleversĂ©s par le spectacle funèbre des FunĂ©railles de la Reine en 1683. Outre sa grande qualitĂ© et son Ă©loquence funĂ©raire d’une gravitĂ© prenante directe, avant celle d’un Rameau par exemple (et qu’Olivier Schneebeli a prĂ©cĂ©demment abordĂ© Ă  l’occasion en 2014, charpentier marc antoinedes 250 ans de la mort de Rameau), la musique de Charpentier jouĂ©e ainsi dans l’Ă©crin le plus sacrĂ© et le plus solennelle du Château de Versailles pose clairement la question de la place et de l’estime de sa musique Ă  la Cour de Louis XIV : s’il n’a jamais occupĂ© de fonctions officielles comme Lully, Charpentier fut un tempĂ©rament très apprĂ©ciĂ© du Roi qui n’a cessĂ© de lui tĂ©moigner un soutien constant pendant le règne. Jouer Charpentier est donc lĂ©gitime d’autant que sans rĂ©elles sources prĂ©cises ni tĂ©moignages fiables, aucun document n’indique les compositeurs sollicitĂ©s pour la Messe des funĂ©railles de Marie-ThĂ©rèse. Au regard de la qualitĂ© et de la justesse de l’Ă©criture de chaque partition, on peut facilement imaginer qu’elles aient pu ĂŞtre Ă©crites Ă  cette occasion.

 

 

 

boutonreservationVersailles, Chapelle Royale
Samedi 10 octobre 2015, 20h.
Musiques pour les funérailles de la Reine Marie-Thérèse, 1683.

 

Marc-Antoine Charpentier : Luctus de Morte Augustissimae, In obitum augustissimae, De Profundis…

Les Pages et Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles
La RĂŞveuse
Benjamin Perrot et Florence Bolton, direction
Olivier Schneebeli, direction