DVD, danse; critique. Ingmar Bergman vu par les chorégraphes Ekman, Lidberg, Isberg, Stephenson – 1 dvd Bel Air classiques

DVD BERGMAN through choregraphers eyes dvd review critique dvd par classiquenewsbac149-cover-ingmar-bergman-rectoDVD, danse. critique. Ingmar Bergman vu par les chorégraphes Ekman, Lidberg, Isberg, Stephenson – 1 dvd Bel Air classiques — juillet 2016).  Pour le centenaire de la naissance du réalisateur Ingmar Bergman – l’un des plus grands cinéastes suédois (Fanny et Alexandre, Sarabande, titre de son dernier film…), l’éditeur Bel Air publie le souvenir d’une création chorégraphique en 4 volets / démarches, lors d’une soirée live de juillet 2016 (pendant la “Semaine Bergman” à Gotland). Chacun des 4 chorégraphes abordent la notion de mouvement et d’ineffable, tels qu’ils ont été traités selon eux dans les films de Bergman. Pour se faire, la nouvelle génération de maîtres à danser, quatre chorégraphes les plus innovants de Suède (Alexander Ekman, Pontus Lidberg, Pär Isberg et Joakim Stephenson) ont rejoint Farö, non loin de Hammars, lieu de résidence d’Ingmar Bergman. Ainsi se déroulent quatre séquences dansées traitées à la façon de tableaux cinématographiques, dont les acteurs danseurs renvoient immédiatement à l’imaginaire visuel de Bergman.
Tout l’univers des pensées implicites, des gestes pudiques, toute la chorégraphie cinématographique de Bergman est capturée et comme saisie, transcrite dans le langage des corps en mouvement, à travers les quatre séquences filmées.
La courbe d’un bras, la direction d’un regard… jusqu’à une scène qui convoquent une situation très documentée, et visuellement référencée (comme le couple qui descend d’un avion et semble se séparer puis se retrouver…), tout suggère la vie intérieure ; chaque sentiment, fruit d’une expérience vécue, cachée, et jamais dite ni exprimée. Encore moins partagée. Les 4 chorégraphes réunis ici, accompagnés par les danseurs Jenny Nilson, Nathalie Nordquist, Oscar Salomonsson et Nadja Serllrup, rendent ainsi un hommage à l’esthétisme chorégraphique du réalisateur Ingmar Bergman : les quatre pièces chorégraphiques sont émaillées d’images de Bergmann au travail lui-même sur le corps et la pensée de ses acteurs, de vues des paysages de Farödans leur beauté naturelle et sauvage, énigmatique, éternelle…

 

 

En quoi captivent les 4 chorégraphies ainsi filmées ? Nos commentaires critiques :

 

 

 

PENSÉES SUR BERGMAN ET LA DANSE
Chorégraphie et danse : Alexander Ekman

Script : Alexander Ekman / Ingmar Bergman jr.
Musique : Frédéric Chopin, Nocturne n°2 en mi bémol majeur
Le danseur seul paraît dans l’embrasure de la porte du vaste hangar, tapis enroulé sur les épaules ; il tente de rentrer, puis se faufile dans le bon sens. Il se dégourdit les jambes, lance son tapis, le déroule : le solo peut commencer, exaltation du corps en mouvement, souple, extensible, serpentin. Il s’enroule dans le tapis, joue de ses mains percussives en tapant sur le sol. C’est l’échauffement pour que vers 5mn46, quand débute le Nocturne de Chopin, la danse se construit enfin, déployant par le seul langage du corps, un minidrame enivré, exalté, contrasté (cf le visuel de couverture du dvd) ; il s’assit parmi le public, semble entamer une conversation, et prendre à témoin quelque spectatrice amusée, surprise… Alexander Ekman danse sa propre chorégraphie, hymne, exultation d’un corps solitaire qui s’ébat enfin en une course effrénée dans les champs, en plaine nature : libératrice, salvatrice. C’est l’une des plus courtes chorés, de moins de 10 mn.

 

 

SAMBAND – BANDE – SARABANDE
Chorégraphie : Pär Isberg

Danseurs : Nadja Sellrup & Oscar Salomonsson
Musique : Johann Sebastian Bach, Suites pour Violoncelle
Soliste : Torleif Thedéen
La caméra de Bergman laisse beaucoup d’espace aux non dits, aux corps en silence, aux regards connotés, intentionnels, aux gestes souples qui disent autre chose que la parole… C’est pourquoi les chorégraphes se sentent si proches de ses cadrages et de ses sujets cinématographiques. Pär Isberg imagine ici deux danseurs, une couple qui arrivent en avion sur l’île de Gotland à Faro, justement : la séquence s’inscrit idéalement dans le hangar à avions où se déroule ce tableau à deux. C’est la plus longue chorégraphie, presque 20 mn. C’est une histoire de couple, séparation puis fusion, et dans la référence aux valises des deux voyageurs, l’idée du départ, de la séparation / de l’arrivée, des retrouvailles, éternel balancement des cœurs appareillés ; indifférence, décalage, « je t’aime moi non plus, tu m’agaces, mais au fond je t’aime bien »… la partition est troublée, troublante, à l’issue incertaine, d’autant que la suite pour violoncelle de JS Bach, offre une diversité de rythmes qui souligne la fragilité mobile de leur étreinte toujours reportée. L’écriture d’un duo plus classique reprend cependant ses droits, réécrivant tout ce que peut dire et suggérer un couple de danseurs : soit 2 corps enlacés, séparés, affrontés, désaccordés, retrouvés, selon l’idée de l’éternel retour amoureux. Puis, le volet final, sur une nouvelle séquence musicale toujours au violoncelle / JS Bach (distinguons l’excellent instrumentiste Torleif Thedéen), la danse bascule dans le tragique quand survient la voiture d’un petit garçon, vide : soudain, le deuil, le déchirement d’une mort prématurée colore tout le duo, en une succession de gestes souples, suggestifs, d’une pudeur terrassée. A la gravitas de Bach répond la transe endeuillée du couple foudroyé.

 

 

UNE PRÉ-ÉTUDE
Chorégraphie et danse : Pontus Lidberg

Musique : Stefan Levin
Voix : Stina Ekblad
Servante : Isabelle Lundberg
Dramaturge : Adrian Silver
Cheval Svie
En moins de 6 mn, le chorégraphe Pontus Lidberg danse sa propre chorégraphie : arrivant puis repartant à dos de cheval. C’est le second solo, après celui d’Alexander Ekman. La figure du danseur dessine une série de magnifiques arabesques suspendues, défis à la pesanteur, échos maîtrisés en miroir avec le corps harmonique du cheval statique au second plan. La musique, planante, définit et souligne la caractère énigmatique de la séquence, traitée comme une apparition / révélation, d’essence onirique.

 

 

ONAPERS
Chorégraphie : Joakim Stephenson

Danseurs : Nathalie Nordquist & Jenny Nilson
Musique : Stefan Levin
Stephenson signe ici le tableau le plus cinématographique dont la réalisation filmée cite manifestement le cinéma de Bergman : travail sur la lumière, plans affleurants, dessinant les corps, visages, la ligne et l’épiderme des mains… C’est une évocation de l’absence / présence, tout ce qui rappelle à chaque individu, la preuve qu’il existe bien au monde et à lui-même. L’autre étant celui ou celle (ici, la 2è danseuse plus jeune), qui renvoie à la première danseuse, la preuve de son essence. Jeu de miroir, le pas de deux qui s’en suit, en chapeau blanc ou en robe noire, évoque cette quête de l’identité et de la présence : “j’existe comment ?” pose comme équation et sujet, la première danseuse assise sur son lit, au début du tableau. La lumière du songe, le soin apporté à l’image et à la fluidité des plans renforce encore l’écriture de Stephenson dans l’évanescence, l’intimité suggérée, la question de l’image et de l’illusion. Qui sont ces deux danseuses ? Quel est leur rapport ? Passé et présent, deux visages d’une même entité… en quête de sa propre unité / identité. En 15 mn, le spectateur oublie tout repère et plonge dans la labyrinthe bergmanien de la psyché humaine. Superbe scène et belle réalisation.

 

 

CLIC_macaron_2014En réunissant aujourd’hui, les meilleurs chorégraphes suédois de la nouvelle génération, parmi les plus inventifs et les plus inspirés, – entre onirisme, exultation, épure et esthétisme, le dvd « Ingmar Bergman through the choregraphers’s eye » mérite amplement le CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2018. Exaltant essor de la danse en Suède.  Ce dvd essentiel, incontournable, enrichit considérablement notre connaissance de la scène chorégraphique suédoise actuelle, tout en montrant combien les auteurs contemporains gagnent à relire leur riche patrimoine et aussi à dépasser leur media traditionnel en interrogeant les autres disciplines : ici, les jeunes danseurs chorégraphes revisitent la filmographie de Bergman, tout en renouvelant leur propre écriture, en passant de la danse au cinéma. Beau message, belles échappées.

 

 

 

 

 

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DVD, danse; critique. Ingmar Bergman vu par les chorégraphes Ekman, Lidberg, Isberg, Stephenson – 1 dvd Bel Air classiques — juillet 2016) — En DVD et Blu-ray, le 09 mars 2018 – BONUS : Interviews / making-of (40 min.)

INGMAR BERGMAN VU PAR LES CHORÉGRAPHES [DVD & BLU-RAY]
Un film de Hammars Drama Productions, Stockholm (2016)
Produit par Frederik Stattin, Nordisk Drama & Dokumentär
Producteurs exécutifs : Ingmar Bergman Jr, Marie-Louise Sid-Sylwander

PENSÉES SUR BERGMAN ET LA DANSE
Chorégraphie et danse : Alexander Ekman
Script : Alexander Ekman / Ingmar Bergman jr.
Musique : Frédéric Chopin, Nocturne No. 2 en Mi bémol majeur

UNE PRÉ-ÉTUDE
Chorégraphie et danse : Pontus Lidberg
Musique : Stefan Levin
Voix : Stina Ekblad
Servante : Isabelle Lundberg
Dramaturge : Adrian Silver
Cheval Svie

SAMBAND – BANDE – SARABANDE
Chorégraphie : Pär Isberg
Danseurs : Nadja Sellrup & Oscar Salomonsson
Musique : Johann Sebastian Bach, Suites pour Violoncelle
Soliste : Torleif Thedéen
ONAPERS
Chorégraphie : Joakim Stephenson
Danseurs : Nathalie Nordquist & Jenny Nilson
Musique : Stefan Levin

FICHE TECHNIQUE
Enregistrement HD : Hangar de Bunge, Farösund, Gotland | 07/2016
Date de parution : 09 mars 2018
Distribution : Outhere Distribution France

1 DVD
Référence : BAC149
Code-barre : 3760115301498
Livret : FR / ANG
Durée : 92 min.
Film : 52 min.
Bonus : 40 min.
Sous-titres : FR / ANG / JAP / KOR
Image : Couleur, 16/9, NTSC
Son : PCM 2.0
Code région : 0

1 BLU-RAY
Référence : BAC449
Code-barre : 3760115304499
Livret : FR / ANG
Durée : 92 min.
Film : 52 min.
Bonus : 40 min.
Sous-titres : FR / ANG / JAP / KOR
Image : Couleur, 16/9, Full HD
Son : PCM 2.0
Code région : A, B, C

 

 

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