Compte rendu, concert. Philharmonie de Paris, le 15 décembre 2016. « El Fuego Latino », Orchestre National d’Ile-de-France. Alondra de la Parra, direction musicale.

Compte rendu, concert. Philharmonie de Paris, le 15 décembre 2016. « El Fuego Latino » Orchestre National d’Ile-de-France. Alondra de la Parra, direction musicale. Ensemble RECOVECO. Alexis Cardenas, direction. Soirée enflammée à la Cité de la Musique / Philharmonie de Paris avec l’Orchestre National d’Ile-de-France et l’Ensemble folklorique sud-américain Recoveco, dans un programme mélangeant musique française et musiques savantes d’Amérique Latine sous la direction de la chef méxicaine Alondra de la Parra. Une soirée pittoresque et virtuose, riche en paillettes et bonne humeur.

 

 

 

El Fuego Latino ou la chaleur qui fait plaisir

 

parra alondra de la maestro cheff directrice London Philharmonic Orchestra Foto Fernando Aceves 14Le programme de la soirée commence avec la Sinfonia India du compositeur mexicain Carlos Chavez. Créée en 1935 et d’une durée de 12 minutes, elle a notamment trois célèbres mélodies issues des civilisations précolombiennes du Mexique, fournissant effectivement un fond musical unique qui s’exprime sous forme d’une symphonie traditionnelle, en un mouvement. L’utilisation d’instruments de percussions autochtones ajoute à l’originalité de l’opus. Nous remarquons les qualités rythmiques entraînantes et imposantes de la partition riche en contrastes, interprétée avec finesse et maestria par l’Orchestre national. Sous la direction de la chef mexicaine, les cuivres et les bois, à part les nombreuses percussions, se distinguent par leur précision et leur brio ! Un début de concert tout à fait exaltant.

Se succèdent ensuite l’Introduction et Rondo capriccioso de Saint-Saëns et la Tzigane de Ravel. La partie de violon solo est tenu par Alexis Cardenas, virtuose vénézuélien. S’il brille délicieusement par sa musicalité et sa dextérité lors du Rondo de Saint-Saëns, nous faisant presque oublier l’excellente prestation des instruments de vent, pas très utilisés, mais à la performance impeccable, la Tzigane suscite un avis différent. Ici, la direction d’Alondra de la Parra est protagoniste ; les différents blocs instrumentaux sont d’une précision millimétrique tout en ayant l’air d’une grande liberté et légèreté. Cardenas, quant à lui, a toujours un jeu sympathique et virtuose, mais le rendu n’est pas très propre. Il se rattrape et enchante l’auditoire avec un bis « improvisation dans le style vénézuélien », un avant-goût de la deuxième partie du programme, résolument sud-américaine. Le bis enflamme la salle comme attendu et se voit récompensé par maints applaudissements.

Au retour de l’entracte, voici la 7 ème Bachiana Brasileria d’Heitor Villa-Lobos, méconnue. Purement instrumentale, elle consiste en 4 mouvements, aux formes inspirés du langage académique baroque (Prélude, Gigue, Toccata et Fugue), mais avec un contenu musical issu des traditions populaires brésiliennes. Haute en couleurs et en puissance, la délicieuse musique brésilienne baigne la salle. Nous remarquons surtout les vents dans la Gigue et tout l’ensemble à la réactivité et complicité rayonnante dans la fabuleuse Toccata. Vint ensuite une œuvre du compositeur vénézuélien Aldemaro Romero (1928 – 2007), Fuga con Pajarillo, rendue célèbre par les performances internationales d’un Gustavo Dudamel. Incroyable occasion de voir un orchestre européen s’attaquer à une musique savante sud-américaine d’inspiration traditionnelle. Il s’agît ici du Pajarillo, danse traditionnelle vénézuélienne à trois temps, avec accent sur le deuxième, intégrée à une fugue occidentale de forme classique. Le résultat ne laisse jamais indifférent, même si les interprétations ont beaucoup à avoir avec la réussite ou pas de la prestation.
Nous félicitions l’orchestre francilien pour son bel et grand effort, et l’encourageons à continuer d’élargir ses horizons. La pièce est agrémentée d’une performance de l’Ensemble Recoveco, d’une grandissime liberté, et où le violoniste virtuose Cardenas se délecte à faire des clins d’œils à la musique populaire française également. L’événement est comme une étoile filante à nos yeux, le souvenir est fort surtout par la rareté de cette expérience en France. Rareté heureuse et toujours très fortement récompensée par le public parisien avide d’exotisme et de chaleur. Ils offrent en bis leur version transfigurée d’une Danza du compositeur portoricain du 19e siècle, Manuel Tavarez nommée « Margarita » (l’une des plus célèbres, sinon la plus célèbre composition du « Chopin d’Amérique »). Ici l’ensemble sud-américain est tout coquin tout espiègle, démontrant un swing et une musicalité, auxquels personne ne reste jamais insensible. L’Orchestre à son tour offre un bis d’inspiration caribéenne tout à fait à la hauteur de la soirée soit une conclusion cohérente pour ce programme habité par el fuego latino !

 

 

 

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Compte rendu, concert. Philharmonie de Paris, le 15 décembre 2016. « El Fuego Latino » Orchestre National d’Ile-de-France. Alondra de la Parra, direction musicale. Ensemble RECOVECO. Alexis Cardenas, direction

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