CD, compte rendu critique. Cazzati : Messe et Psaumes opus 36 (Voces Suaves (1 cd Claves, avril 2015)

cazzati voces suaves 1 cd CLAVES records CLASSIQUENEWS 7619931160528_HR_RVB_1024x1024CD, compte rendu critique. Cazzati : Messe et Psaumes opus 36 (Voces Suaves (1 cd Claves, avril 2015). Quelle bonne idée de publier enfin de la musique du Lombard Maurizio Cazzati, maestro di cappella à San Petronio, mais si décrié de son vivant – dans les années 1660, par ses “confrères jaloux” (Lorenzo Petri, Giulio Cesare Arresti), en raison de ses audaces harmoniques, comme le fut aussi au début du siècle Monteverdi : l’église et l’écriture musicale sacrée concentrent un panier d’esprits étroits et particulièrement conservateurs. Le programme est d’autant plus réjouissant que l’on connaît davantage les Å“uvres purement instrumentales de Cazzati, et sa musique sacrée, écartée et donc mésestimée dès le XVIIè à Bologne (au point que l’auteur préfère publier à compte d’auteur ses propres recueils devenant le musicien autoéditeur le plus prolixe de son temps) souffre toujours d’un injuste préjugé.
Les chanteurs et instrumentistes de l’ensemble Voces Suaves enregistrent ici dans l’église du couvent suisse Saint Michael de Beromünster, un centre actif au XVIIè dont la collection d’imprimés musicaux comprenait d’après les inventaires, une copie d’époque de la Messe et des Psaumes concernés par cet enregistrement. Les partitions autorgraphes ont été certainement créées à Bologne pour la Saint Petronio, saint protecteur de la cité italienne (chaque 4 octobre). Pour éprouver les performances acoustiques et spéciales de leur nouvel orgue, édifié en 1692 à Beromünster, les moines musiciens ont acheté la musique de Cazzati, comportant de fait, un dispositif concertant idéal pour la configuration du nouvel instrument dans l’église, surplombant le chÅ“ur depuis le balcon gauche.
Allant, articulé, à l’écoute complice active, le collectif de chanteurs de Voces Suaves soigne l’intelligibilité de chaque partie, prenant appui sur un continuo souple et très expressif (augmenté d’un basson, non indiqué dans le recueil d’époque mais dont l’usage est attesté en Italie septentrionale à l’époque de Cazzati). Les interprètes respectent à la lettre l’éloquence moderniste et formellement très variée de l’écriture Cazzatienne. Importance structurante des ritournelles, fugues juxtaposées, tonalités variées et minutieusement agencées (Credo), mélange très intelligent des stile ancien et moderne (osservato et concertato, dans le Laudate Dominum) ; la cas du Magnificat, pièce ultime et récapitulatrice à la fois des caractères de Cazzati comme de l’approche interprétative, est emblématique : geste respectueux et vivant, souple et naturel. Formés dans une large part à la Schola Cantorum Basiliensis, les chanteurs et leur chef, Francesco Saverio Pedrini, témoignent de la qualité du niveau actuel en Suisse. Convaincant.

CD, compte rendu critique. Cazzati : Messe et Psaumes opus 36. oces Suaves. Francesco Saverio Pedrini, direction (1 cd Claves records, 2015).

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