Quel est l’âge d’or instrumental à Vienne dans les années 1790-1800, soit dans la dernières phase de l’époque mozartienne ? Le présent cd répond à cette question, avec finesse et arguments. Le programme qui rassemble plusieurs pièces virtuoses pour octuor permet aux solistes de l’ensemble Stradivaria d’exposer leur agilité superlative, et une expressivité tout autant profonde voire allusivement poétique (l’Armonia per un tempio della notte de Salieri où charme et captive la souplesse caressante de la clarinette, magnifiquement associée au cor…). Eclectique et volubile, la performance touche autant qu’elle impressionne (capable d’une motricité rythmique continue jusque dans la pièce contemporaine, disco, pop,… signée Guillaume Connesson). Les 8 instrumentistes, excellents solistes savent s’écouter et respirer ensemble, exprimant de l’HarmonieMusik, cette élégance viennoise qui sous des doigts français aussi orfèvres, se colore d’une vivacité et un relief individualisés proprement français. L’intérêt revient aussi à la typologie des instruments joués, au choix des partitions très habilement combinées, selon le pilotage fédérateur de l’hauboïste Guillaume Cuiller, directeur artistique de Stradivaria depuis 2020.
Le Krommer d’ouverture (Partita opus 57) met en condition et annonce la couleur de tout l’album : virtuosité, légèreté, facétie tendre, parfois profonde, d’une grâce viennoise, idéalement dans l’esprit et l’hyperélégance d’un Mozart (souffle et éloquence de l’Adagio). La maîtrise des instrumentistes de Stradivaria fait danser chaque partie en un brillant caquetage (très engageant « Minuetto presto », puis le finale « alla polaca »)… Le velours délicat des clarinettes, le chant plus nuancé et sombre des bassons (et contrebasson), la partie exposée chantante du hautbois dont le Grundman du leader Guillaume Cuiller… redouble de relief voluptueux, aux nuances rossiniennes, entre finesse et œillades assumées.
Le Rondino en mi bémol majeur du jeune Beethoven (1793) s’impose dans sa maîtrise des phrasés et l’art des équilibres avec une multitude de teintes dans la tendresse que les instrumentistes savent éclairer avec un brio ciselé (et pour les cors, particulièrement exposés dans un jeu d’échos et de réponses, avec des sourdines spécifiques !)
Amoureux et même languissant, comme suspendu, le climat nocturne, apaisé, d’un calme enchanté, du « Tempio della notte » de Salieri (1795), éclaire un aspect lui aussi très mozartien du compositeur officiel de la Cour Viennoise ; les musiciens de Stradivaria soulignent la pudeur de l’écriture, son caractère mystérieux et velouté (grâce à la clarinette sollicitée tout du long) ; ils éclairent en particulier la noblesse grave et onirique du genre de l’Harmoniemusik, qui ici n’a rien d’un divertissement creux, mais semble au contraire en connexion directe avec des sentiments profonds, d’une ineffable puissance.
Très intéressant le style d’Antonio Casimir Cartellieri (1772-1807) se dévoile dans son Divertimento n°2. Le compositeur fait une subtile synthèse de l’art Viennois. Actif à Berlin, l’Italien qui travaille comme Beethoven sous le patronage du Prince Lobkowitz (dont il est maître de chapelle dès 1796) allie nervosité virtuose, volubilité expressive et humour… dans un équilibre souriant, très théâtral, toujours équilibré et facétieux, d’une élégance déjà toute Rossinienne. La vélocité collective, millimétrée, requise entre cors et bassons s’épanouit entre autres et fait merveille, dans l’ultime 4è mouvement « alla cosaca » ; d’autant plus que le manuscrit choisi (autrichien), permet de goûter la saveur fine, expressive, mordante, admirablement calibrée des instruments historiques ; l’octuor gagne une intensité et une diversité de nuances, délectables. Tandis que dans le « Menuetto – Trio », le hautbois tient la place la plus chantante, en alternance avec l’équation tendre cors / clarinettes. C’est assurément dans les 4 mouvements de cette pièce que les instrumentistes de Stradivaria s’accordent miraculeusement ; le timbre de chaque instrument étant parfaitement réglé ; travail d’orfèvre à 8 où chaque partie tient sa place pour briller sans couvrir les autres (caractère dansant et mordant, nerveux et facétieux du finale « alla cosaca », avec phrase grasse et bouffonne du contrebasson que compense la volubilité aérienne du hautbois).
Frais, hyperactif, l’épisode signé Guillaume Connesson (« Le Tombeau des Seventies », commande de Stradivaria) swingue et danse lui aussi avec un lyrisme libéré, alla Bernstein ; la « Ballade funk » permet à chaque instrument de participer et briller dans une joie contagieuse. La « Chaconne pop » berce par son allure ternaire de plus en plus riche sur le plan harmonique, avant que l’éclat rythmique du dernier « Rondo disco », dans une belle vivacité qui s’assume de plus en plus vers sa conclusion délirante et délurée, n’explose dans un ultime tutti, exclamatif.
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CRITIQUE CD, événement. SWINGIN’PARTITA. Harmoniemusik, octuor de Krommer, Beethoven, Cartellieri, Salieri, Connesson… Stradivaria – 1 cd Mirare – enregistré à Fontevraud en oct 2024 – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026
LIRE aussi notre présentation annonce du cd événement « Swingin’partita » par Stradivaria : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-swingin-partita-vienne-1800-krommer-beethoven-cartellieri-salieri-connesson-1-cd-mirare/
Harmoniemusik, partitas et octuors de vent… Le nouveau cd intitulé « Swingin’partita » dévoile l’essor exceptionnel de la musique pour instruments à vent à Vienne depuis la fin du XVIIIème et en particulier autour de 1800, sous l’impulsion directe de l’empereur Joseph II… Un âge d’or que rompera la guerre contre Napoléon.
Dans » Swingin’ partita « , les instrumentistes de Stradivaria que dirige depuis 2023 Guillaume Cuiller, s’intéressent en particulier au format de l’octuor à vent, et donc aux partitas, ici abordés par Franz Krommer, Ludwig van Beethoven, Antonio Casimir Cartellieri… sans omettre Antonio Salieri : une musique virtuose et sensible, qui cache sa richesse souvent saisissante, derrière une apparente légèreté : un sommet d’élégance et de raffinement qui illustre avec justesse le thème mythique de la conversation en musique…
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