TOULOUSE, Capitole : nouvelle production de WOZZECK

Berg-Alban-06TOULOUSE, Capitole. 19 – 21 nov 2021. BERG : WOZZECK. Le Capitole affiche une nouvelle production de l’opĂ©ra d’Alban Berg, Wozzeck, tragĂ©die passionnelle inspirĂ© d’un fait divers des plus sordides. Le soldat Wozzeck, son maĂ®tresse Marie incarnent la misère sociale dans l’Allemagne des annĂ©es 1820. Epure sonore d’un glaçant dramatisme, Wozzeck fait le portrait du dĂ©sir d’un homme incompris, surtout humiliĂ©. Les prises de rĂ´le de StĂ©phane Degout et Sophie Koch sont attendues dans ce chef-d’œuvre absolu du premier XXème siècle. La mise en scène de Michel Fau devrait Ă©clairer avec une aciditĂ© cynique la tension de la pièce de BĂĽchner. De quoi imaginer sur les planches toulousaines un univers d’hallucinations cauchemardesques, aux confins de la psychĂ© humaine, dont la musique de Berg a su explorer les abĂ®mes, en inventant une nouvelle langue musicale : âpre, expressionnistes, d’un rĂ©alisme dramatique inĂ©dit.

Berg : Wozzeckboutonreservation
Opéra en trois actes  /  
Livret du compositeur d’après Georg Büchner
  /  Créé le 14 décembre 1925 au Staatsoper à Berlin

Durée 1h40 sans entracte
19, 23 et 25 novembre 2021, 20h
21 novembre 2021, 15h

PLUS D’INFOS, réservez vos places ici :
https://www.theatreducapitole.fr/web/guest/affichage-evenement/-/event/event/6021261

 

 

 

 

Michel Fau, mise en scène
Leo Hussain, direction

wozzeck-berg-capitole-toulouse-degout-koch-opera-critique-classiquenewsStéphane Degout, Wozzeck
Sophie Koch, Marie
Nikolai Schukoff, Le Tambour-Major
Thomas Bettinger, Andres
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Le Capitaine
Falk Struckmann, Le MĂ©decin
…

Télécharger le programme ici :
https://www.theatreducapitole.fr/documents/5561745/6020999/Programme_Wozzeck.PDF/eadc65f9-fca2-49a3-85fb-419f85287460

 

 

 

 

 

 

WOZZECK d’après Büchner
Tragédie d’un homme dépossédé
________________________________________________________________________________________________

Pendant que Busoni s’interroge sur le sens de la vie, prêtant la forme de son interrogation métaphysique à un philosophe dégoûté, en quête de lui-même, tout en traitant à sa façon le mythe de Faust (Faust, 1925, ouvrage achevé par son élève Jarnach), Alban Berg “réouvre” à sa façon la scène théâtrale en sombrant dans l’expressionnisme le plus désespéré mais dans un langage d’un nouveau classicisme. D’après Woyzeck de Büchner, Wozzeck de Berg est créé à Berlin, au Staatsoper unter der linden, le 14 décembre 1925.

CRIME PASSIONNEL… L’opéra de Berg, la pièce de Büchner. Wozzeck de Berg s’inspire d’un drame véridique survenu en 1821 à Leipzig : à l’origine le soldat Woyzeck est décapité pour avoir poignardé sa maîtresse, en août 1824. Avant de mourir en 1837, Georges Büchner rédige sa pièce que Berg découvre en mai 1914 à Vienne. Après trois années de travail, le compositeur parachève son oeuvre, de 1917 à 1922. Grand sensuel, grand pudique, Alban Berg excelle en raffinement et en trouble ambivalent pour exprimer ici le désir d’un homme incompris. L’opéra serait-il pour partie autobiographique ? Car on sait que Berg jeune homme, ayant eu relation avec la bonne de la maison familiale, étant prêt à reconnaître l’enfant et assumer sa paternité, en fut « dépossédé » par le clan paternel. Traumatisme d’un jeune amoureux écarté, démuni.
En 1924, Hermann Scherchen dirige trois fragments de Wozzeck à Francfort. L’opéra intégral sera finalement créé à Berlin, l’année suivante, au Staatsoper sous la baguette d’Erich Kleiber (le père génial de Carlos, fils non moins génial).
Comme le fera Chostakovitch de sa Lady Macbeth de Mzensk, Katerina, Berg voit dans le meurtrier Wozzeck, d’abord une victime, pour lequel le crime, comme acte dérisoire, tente d’interrompre les souffrances d’une vie misérable. L’homme supporte difficilement la légèreté de Marie avec laquelle il a eu un enfant. Mais le soldat est aussi l’objet de sarcasmes de la part de son capitaine, du docteur qui l’utilise comme un cobaye, du tambour-major qui se targue d’être le nouvel amant de Marie.
Menaces, disputes : Marie préfère recevoir une lame dans le corps plutôt que de sentir la main de Wozzeck sur elle : dès lors, l’idée du crime hante l’esprit du héros. Finalement, le soldat humilié égorge la femme qu’il aime et qu’il déteste, puis se noie dans un lac. La dernière scène met en scène le fils de Marie et de Wozzeck, jouant sur un cheval de bois. L’innocence insensible au tragique de la vie, comme ultime virgule d’espoir.

STRUCTURE FORMELLE COHÉRENTE… L’opéra subjugue par une construction très élaborée comme par exemple, le choix de formes classiques (passacaille, sonate, …) utilisées aux moments clé de l’action et en fonction de leur connotation historique. Ainsi lorsque le Capitaine reproche à Wozzeck sa vie familiale amorale, -il est père sans être marié-, Berg utilise prélude, gigue, pavane afin d’évoquer le discours moralisateur du supérieur militaire. De même lorsque paraît l’enfant de Marie et Wozzeck, Berg imagine un mouvement perpétuel qui indique que tout peut renaître ainsi… De même dans un cadre atonal, Berg a recours à la tonalité selon le sens des épisodes et leur importance dans le déroulement de la dramaturgie.
La cohérence de sa conception, l’efficacité fulgurante de son propos, son esthétisme expressionniste, sans fioritures ni complaisance d’aucune sorte accréditent aujourd’hui la place de Wozzeck dans l’histoire de l’opéra moderne. Celle d’un chef d’œuvre qui fixe désormais la puissance d’un nouveau langage.

Par Alban Deags

 

 

 

 

wozzeck-capitole-toulouse-degout-fau-opera-critique-classiquenewsCRITIQUE opéra. TOULOUSE. Théâtre du Capitole, le 19 Novembre 2021. A. BERG. WOZZECK. S. DEGOUT. S. KOCH. L. HUSSAIN / M.FAU – Cette nouvelle production capitoline met en valeur toutes les qualités maison. La qualité du travail en amont permet un approfondissement de la production qui accède à une cohérence et à une perfection qui laissent le public sans voix entre les actes, pour exploser au final. Les maîtres d’œuvre, Michel Fau et Leo Hussain, main dans la main guident les artistes de la production vers la lumière d’une interprétation particulièrement aboutie. Le parti pris de Michel Fau est génial. Il ose saisir le chef d’œuvre de modernité de Berg pour l’ouvrir vers l’onirique. Toute l’histoire tragique du soldat Wozzeck est vécue par l’enfant qu’il a eu avec Marie. En insistant ainsi sur ses douleurs, le tragique un peu abstrait de cet opéra de la noirceur de l’âme humaine, devient plus proche de nous et la plus grande compassion nous saisit souvent. Le décor magnifique en sa fausse naïveté est d’une intelligence remarquable. La misère de la chambre de l’enfant est terrible, ses peurs d’enfants premières ne sont que bien menues à coté de toutes les atrocités auxquelles il va devoir assister de force. Par Hubert Stoecklin.

 

 

 

 

 

 

Comments are closed.