L’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE et Nemanja Radulovic : Chausson, Ravel…

Bloch_Radulovic_328px_21-22LILLE, les 16, 23 mars 2022. CHAUSSON, RAVEL, BARTOK
 Concerts Ă©vĂ©nements dĂ©fendus par deux tempĂ©raments tout en complicitĂ© : Alexandre Bloch, directeur musical du national de Lille et le violoniste Nemanja Radulović. L’Orchestre National de Lille invite ainsi au GRAND SUD, un virtuose du violon prĂȘt Ă  tous les dĂ©fis dans des Ɠuvres particuliĂšrement exigeantes : PoĂšme de Chausson et Tzigane de Ravel (1924). On ne prĂ©sente plus le violoniste franco-serbe Nemanja Radulović qui peut ainsi, enfin, rĂ©aliser son compagnonnage artistique avec les instrumentistes lillois. Le PoĂšme de Chausson, puis Tzigane de Ravel permettront de mesurer la trĂšs riche palette expressive du soliste entre lyrisme, ineffable poĂ©sie, vertigineuse virtuositĂ© 
 Le PoĂšme de Chausson (achevĂ© en 1896) rend hommage Ă  son ami Tourgueniev, rappel d’une fusion exceptionnellement rĂ©ussie entre musique et littĂ©rature dans l’Ɠuvre si originale d’Ernest Chausson. Quadra, le compositeur français, Ă©lĂšve de Massenet et surtout de CĂ©sar Franck, y rĂ©alise dans la suite de Wagner, une maniĂšre d’ivresse sonore totale, oĂč l’emprise de l’auditeur s’accomplit Ă  force de thĂšmes sombres, mystĂ©rieux, inquiets, progressivement vainqueurs afin que s’affirme la lumiĂšre rĂ©demptrice finale. La forme faussement libre, dans le style d’une improvisation est en rĂ©alitĂ© le produit d’un mĂ©tier architectonique sĂ»r et raffinĂ©. Ici l’agilitĂ© virtuose du soliste est entiĂšrement infĂ©odĂ©e Ă  la recherche d’un idĂ©al poĂ©tique. Ce mysticisme de la forme (si proche de l’esthĂ©tisme d’un Franck) ne laisse pas d’envoĂ»ter littĂ©ralement l’auditeur.

CrĂ©Ă© en 1924 Ă  Londres, Tzigane offre Ă  Ravel un prĂ©texte Ă  virtuositĂ© : les thĂšmes tziganes, plus ou moins authentiques, rendent possible le dĂ©veloppement vertigineux de la partie de violon qui s’exprime dĂšs le dĂ©but. Ravel signe ici l’une des derniĂšres Ɠuvres violonistiques parmi les plus audacieuses et exigeantes du rĂ©pertoire.

Conclusion orchestrale attendue, le Concerto pour orchestre composĂ© en 1943 par Bartok, est une Ɠuvre Ă©clectique aux climats tĂ©nus, chambristes, profonds – crĂ©Ă©e Ă  New York (Carnegie Hall, 1er dĂ©c 1944) par Serge Koussevitzky et le Boston Symphony. ArchitecturĂ©e comme une arche, l’Ɠuvre place pour chaque mouvement, un instrument soliste / un pupitre d’instruments au devant de la scĂšne, opposĂ© au grand effectif orchestral, Ă  travers 2 mouvements extrĂȘmes amples, (dĂ©but et fin), entre lesquels l’élĂ©gie centrale est encadrĂ©e par 2 scherzos courts ; soit 5 mouvements : Introduzione, giuoco delle copie / Jeu de couples, ici les vents associĂ©s Ă  2 en 5 couples / elegia (sorte de nocturne sombre voire lugubre), intermezzo interotto (oĂč l’alto exprime ce sarcasme froid, satirique propre Ă  Bartok; et la clarinette entonne un foxtrot empruntĂ© Ă  la 7Ăš symphonie « Leningrad » de Chostakovitch
), finale. La piĂšce aux rythmes et mĂ©lodies Ă©nergiques affirme une vitalitĂ© Ă©tonnante, plurielle, bigarrĂ©e qui cite le folklore hongrois et roumains, claire manifestation nostalgique vĂ©cue par un Bartok alors exilĂ© et qui devait s’éteindre deux annĂ©es aprĂšs.

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LILLE, GRAND SUDboutonreservation
CONCERT «  PoÚmes »
Mercredi 16 mars 2022 — 20h
Mercredi 23 mars 2022 — 20h
± 1h30 avec entracte /

RÉSERVEZ VOS PLACES
directement sur le site de l’Orchestre National de Lille – ON LILLE :
https://www.onlille.com/saison_21-22/concert/poemes/

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CHAUSSON : ‹Poùme pour violon et orchestre

RAVEL : ‹Tzigane, Rhapsodie de concert pour violon et orchestre

BARTÓK : ‹Concerto pour orchestre

Alexandre Bloch, direction  /  ‹Nemanja Radulović, violon

‹ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE

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programme en tournée

En région
Pas de billetterie O.N.L / billetterie extérieure
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‹Jeudi 17 mars 2022 — 20h / ‹Valenciennes, le phĂ©nix

‹Vendredi 18 — 20h / ‹Soissons, CitĂ© de la Musique et de la Danse

‹Samedi 19 — 20h / ‹Saint-Amand-les-Eaux, Église Saint-Martin

‹Mardi 22 — 20h‹ / Dunkerque, Bateau Feu

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ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Orchestre National de Lille
30 Place MendĂšs France BP 70119 / 59027 Lille cedex
+33 (0)3 20 12 82 40
Accueil-billetterie : 3 place MendĂšs France

La billetterie est ouverte au public :‹du lundi au vendredi, de 10h à 18h

par tĂ©lĂ©phone de 10h Ă  13h et de 14h Ă  17h30‹ au 03 20 12 82 40

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CD, critique. PAULINE VIARDOT, mĂ©lodies. StĂ©phanie d’Oustrac, mezzo-soprano / Françoise Tillard, piano (1 cd Le chant de Linos, 2021)

pauline-viardot-melodies-stephanie-doustrac-critique-cd-opera-classiquenews-dossier-noel-2021CD, critique. PAULINE VIARDOT, mĂ©lodies. StĂ©phanie d’Oustrac, mezzo-soprano / Françoise Tillard, piano (1 cd Le chant de Linos, 2021) – Fabuleuse contralto Pauline Garcia-Viardot (1821-1910) aujourd’hui fĂȘtĂ©e ; cette annĂ©e anniversaire (bicentenaire de sa naissance) met ainsi l’accent sur l’interprĂšte comme la compositrice.
A la fin des annĂ©es 1830, aprĂšs la mort tragique de sa sƓur ainĂ©e, diva lĂ©gendaire (Maria Malibran), Pauline s’affirme sur la scĂšne lyrique parisienne (ThĂ©Ăątre-Italien). La cantatrice inspire les compositeurs (Berlioz), mais aussi les Ă©crivains comme Sand qui Ă©crit de sportraits dĂ©guisĂ©s de son amie dans Consuelo (1843), La Comtesse de Rudolstadt (1844).
Superbe rĂ©vĂ©lation, ce programme qui souligne le gĂ©nie de la compositrice, mĂ©lodiste et diseuse de premier plan. A l’appui de la journĂ©e Pauline Viardot Ă  l’OpĂ©ra Comique (6 oct 2021), l’inspiration de Pauline Viardot est enfin rĂ©estimĂ©e Ă  travers ces 18 mĂ©lodies qui s’étendant de 1843 Ă  1904, imposent un tempĂ©rament mĂ©lodique et linguistique indiscutable en français, italien, espagnol, russe
 L’élĂšve de Reicha et de Liszt se montre digne de ses mentors. La diversitĂ© des Ă©critures poĂ©tiques (Racine, La Fontaine, Victor Hugo / Pouchkine / Moericke dĂ©termine Ă  chaque sĂ©quence un caractĂšre vocal spĂ©cifique
 que le mezzo chaud et articulĂ© de StĂ©phanie d’Oustrac aime colorer, nuancer, polir avec un goĂ»t trĂšs sĂ»r.
La babylone mĂ©lodique qui surgit dans cette pluralitĂ© des esthĂ©tiques et des cultures ressuscite Ă©videment la Viardot polyglotte, animant Ă  Paris, un salon fameux et raffinĂ© qui concentre les pointures artistiques de l’heure (Sand, Chopin, Liszt, Berlioz, Gounod, Lehman et Delacroix
)

CLIC D'OR macaron 200Racinienne et donc tragĂ©dienne, D’Oustrac / Viardot Ă©blouissent par leur verve dramatique (ScĂšne d’Hermione, 1887), leur puissance ciselĂ©e qui Ă©voquent l’intensitĂ© de l’opĂ©ra et le talent de l’actrice romantique ayant chantĂ© pour Berlioz, sa propre version de l’OrphĂ©e de Gluck ; Sapho de Gounod, DesdĂ©mone de l’Otello de Rossini, sans omettre FidĂšs dans Le ProphĂšte de Meyerbeer
 Son Andromaque a la dignitĂ© d’une souveraine antique (sans le glacial tendu du marbre) ; mĂȘme rĂ©ussite pour la scĂšne de PhĂšdre (1887), Ăąme tragique, fiĂšre et rongĂ©e par l’amour coupable (incestueux) qui la dĂ©vore de l’intĂ©rieur.
Berlioz la destinait au chƓur, Viardot la sculpte pour la voix seule et le piano : ainsi les langueurs (orientales, Ă  la maniĂšre de Delacroix et de ChassĂ©riau : « si j’étais sultane  ») de Sara la baigneuse (les Orientales de V. Hugo) ; plus caractĂ©risĂ©es encore les mĂ©lodies russes (1866) composent tout un pan inĂ©dit particuliĂšrement sĂ©duisant sur les textes de Koltsov, Tourgueniev, Pouchkine ; mĂȘme enthousiasme pour les mĂ©lodies ibĂ©riques qui se colorent d’un tempĂ©rament renouvelĂ©, direct, proche du texte. Joueuse, D’Oustrac se dĂ©lecte Ă  varier la couleur de son timbre selon le personnage de La Fontaine (Le Savetier et le financier) ; tandis que le lied « Nixe Binsenfuss » (Moerike) affirme l’intelligence de l’interprĂšte capable d’une vie intĂ©rieure marquĂ©e par l’urgence et l’humour insolent. La collection d’airs ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s appelle d’autres rĂ©vĂ©lations souhaitons-le, tels les piĂšces comiques sur des livrets de Tourgueniev dont la prĂ©sence a tant comptĂ© pour la diva-compositrice. N’omettons pas de souligner la sensibilitĂ© du piano de Viardot, contre champs / chant d’une fabuleuse activitĂ© (et qui rappelle que la cantatrice fut l’élĂšve au piano de Liszt et de Chopin). L’enregistrement exploite excellemment l’exceptionnel piano de Stephan Paulello : aux harmonies riches, Ă  la longueur de son
 orchestrale.

CD, critique. PAULINE VIARDOT, mĂ©lodies. StĂ©phanie d’Oustrac, mezzo-soprano / Françoise Tillard, piano (1 cd Le chant de Linos, 2021)