PUCCINI : Gianni Schicchi (Welser-Möst, Salzbourg 2022)

puccini-giacomo-portrait-operas-classiquenews-dossier-special-HOMEPAGE-classiquenewsARTE, Dim 14 aoĂ»t 2022, 18h35. PUCCINI : Gianni Schicchi (Salzbourg, 2022). Franz Welser-Möst qui l’a dirigĂ© Ă  l’occasion du fameux concert du Nouvel An, retrouve ici l’orch Philharmonique de Vienne et les chƓurs de l’OpĂ©ra de Vienne, dans le dernier volet du triptyque puccinien (Il Trittico), aprĂšs Il Tabarro et Suor Angelica. CrĂ©Ă© en 1918, le cycle des 3 opĂ©ras en un acte, redĂ©finit l’intensitĂ© dramatique, le rapport de la musique au temps psychologique ; ainsi si Suore Angelica offre un portrait particuliĂšrement bouleversant d’une jeune novice frappĂ©e par la tragĂ©die du deuil et du sacrifice, Gianni Schicchi Ă©pingle la duplicitĂ© et la vĂ©nalitĂ© crasse qui dĂ©chirent et foudroient les membres d’une famille apparemment unie et solidaire 
 Sous le drama buffa, Puccini dĂ©voile les travers les plus sordides du genre humain. L’attrait du gain, la convoitise d’un hĂ©ritage « facile » finissent par tuer toute entente car chacun veut ici sa part, autour de la dĂ©pouille supposĂ©e morte du riche Buoso Donati. C’est compter sans l’esprit de ruse et de manipulation du trĂšs modeste Gianni Schicchi. A la façon d’un Flaubert, dĂ©cortiquant la psychĂ© de son hĂ©roĂŻne Bovary, Puccini dĂ©peint sans illusion les esprits animĂ©s exclusivement par l’argent promis, sacrifiant sans hĂ©sitation, toute mesure humaine. Gianni incarne une clairvoyance aiguĂ« : il a la regard de Puccini lui-mĂȘme, une vision dĂ©senchantĂ©e mais rĂ©aliste de la communautĂ© humaine.

Avec Asmik Grigorian (Lauretta), Misha Kiria (Gianni Schicchi) – Mise en scĂšne : Christof LOY – 1h.

 

 

 

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VOIR Gianni Schicchi par les Wiener Philharmoniker / F Welser-Möst (Salzbourg été 2022) :
https://www.arte.tv/fr/videos/110169-001-A/giacomo-puccini-gianni-schicchi/
EN REPLAY sur ARTEconcert, jusqu’au 13 nov 2022

 

 

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logo_francemusiqueFrance Musique diffuse l’intĂ©gralitĂ© du Trittico de Puccini (Il Tabard, Sur Angelica, Gianni Schicchi), samedi 13 aoĂ»t 2022, 20h, soit la veille – Festival de Salzbourg – direction : Franz Welser-Möst – LIRE notre prĂ©sentation ici : http://www.classiquenews.com/france-musique-sam-13-aout-2022-puccini-il-trittico-franz-welser-most/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IL TRITTICO de PUCCINI
Chaque nouvelle production du Trittico de Puccini doit mettre en lumiĂšre le gĂ©nie dramatique du compositeur qui est alors au terme d’une carriĂšre particuliĂšrement impressionnante : il a alors Ă©crit la plupart de ses chefs d’oeuvre : Tosca, Madama Butterfly
 Le cycle des 3 opĂ©ras exige la perfection dans la rĂ©alisation scĂ©nographique et visuelle, d’une justesse dĂ©jĂ  cinĂ©matographique, soulignant le gĂ©nie du dernier Puccini : les 3 actes courts et tous diffĂ©rents du Trittico (Triptyque, crĂ©Ă© Ă  New York en 1920), tous singuliers et si diffĂ©rents, composent cependant une unitĂ© thĂ©Ăątrale qui rĂ©sume les affres tragiques et comiques de la comĂ©die humaine.
Le dernier Puccini Ă©gale le dernier Verdi, en sensibilitĂ©, justesse, tendresse (bien sĂ»r Schicchi fait penser Ă  Falstaff
 voire en plus cynique et glaçant). Quant aux actes qui prĂ©cĂšdent : si Il Tabbaro est un concentrĂ© stupĂ©fiant de vĂ©risme nuancĂ© (la fin dans cette production est
 glaçante), Suor Angelica (le volet central), suscite la compassion cathartique, celle portĂ©e, incarnĂ©e par la jeune religieuse recluse et culpabilisĂ©e, dont les Ă©lans du cƓur et le cri lyrique si mesurĂ© et contenu, rappellent et synthĂ©tisent les larmes dĂ©chirantes de Madama Butterfly (Cio Cio San)

 

 

 

VĂ©risme tragique et cynique
Nouvelle Tosca Ă  l'OpĂ©ra de TOURSGiorgetta dans il Tabarro, comme Angelica dans Suor Angelica Ă©prouvent chacune la brĂ»lure tragique : toute deux sont abonnĂ©es Ă  l’accablement le plus cynique. La premiĂšre doit voir le visage de son aimĂ© mort (sortant de la houppelande oĂč l’avait enseveli le mari de Giorgetta, Michele) ; de mĂȘme, Ă  Angelica, il n’est rien Ă©pargnĂ© : recluse dans le couvent oĂč elle se consume, elle apprend que son propre enfant est mort
 de surcroĂźt sa famille lui fait payer encore le fruit de cet adultĂšre en exigeant d’elle qu’elle renonce Ă  tout hĂ©ritage
 seule l’apparition de la Vierge en fin de drame lui apporte un soulagement bien prĂ©caire dans le suicide qu’elle rĂ©alise alors.
Il est plus difficile de relier le dernier drame, Gianni Schicchi, aux deux derniers : car ici le rusĂ© filou trompe une famille entiĂšre qui se rend coupable de rĂ©Ă©crire le testament de leur riche patriarche. L’espĂ©rance déçue pourrait ĂȘtre un lien apparemment : condamnĂ©e de fait, et Giorgetta et Angelica ; déçue et dindon de la farce qui se retourne contre elle, grĂące au stratagĂšme de Schicchi, la famille du riche Buoso Donati. Victimes absolues, Giorgetta et Angelica ont notre compassion. Par contre Gianni Schicchi est bien inspirĂ© de donner une leçon aux hĂ©ritiers Donati

Puccini, Ă  travers la diversitĂ© des Ă©poques et des situations : une pĂ©niche amarrĂ©e Ă  Paris pour Il Tabarro ; un couvent itlaien au XVIIĂš pour Suor Angelica, enfin la demeure d’un riche marchant Ă  Florence en 1299
  pour Gianni Schicci, s’intĂ©resse principalement Ă  raffiner l’orchestration de chaque Ă©pisode. Peintre et mĂȘme alchimiste des harmonies subtiles (ambiance parisienne sur la Seine d’Il Tabarro ou la Florence mĂ©diĂ©vale et sentimentale de Gioanni Schicchi), il ose tout, sachant toujours ĂȘtre au service de la sensualitĂ© et de la tendresse : les rĂȘves perdues de Giorgetta (aprĂšs la mort de son fils) ; le lyrisme tragique et humble de Suor Angelica, surtout, l’amour tendre des protĂ©gĂ©s de Schicchi, Rinuccio et Lauretta qui peuvent en effet en fin d’action se marier. Ici, le compositeur Ă©pingle l’hypocrisie familiale, l’étau affectif dĂ©cidĂ© par des clans stupides. En exploitant toutes les ressources expressives de chaque tableau, Puccini crĂ©e pour la scĂšne new yorkaise (les 3 drames ont Ă©tĂ© conçus pour le metropolitan Opera en dĂ©cembre 1918) une nouvelle langue : aussi raffinĂ©e que Tosca, La BohĂšme, Madama Butterfly mais sur un ton lĂ©ger, resserrĂ©, d’une dĂ©licatesse intimiste rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Le ton comique de Gianni Schicchi n’oublie jamais la gravitĂ© des sentiments, l’ivresse sincĂšre des dĂ©sirs
 Dossier par Camille de Joyeuse