CRITIQUE, opéra. GSTAAD, le 28 août 2021 (19h30). BELLINI: I Puritani. Orchestre de la Suisse Romande. D. HINDOYAN.

CRITIQUE, opĂ©ra. GSTAAD, le 28 aoĂ»t 2021 (19h30). BELLINI: I Puritani. Orchestre de la Suisse Romande. D. HINDOYAN. En version de concert (avec quelques mouvements de scène), les puritains poursuivent la flamme lyrique Ă  Gstaad, scène dĂ©sormais incontournable pour s’y dĂ©lecter de situations opĂ©ratiques très ardemment dĂ©fendues (oĂą l’on constate ainsi ce soir combien Bellini prĂ©figure le meilleur Verdi). Les festivaliers sous la tente de Gstaad bĂ©nĂ©ficient d’une acoustique gĂ©nĂ©reuse surtout pour l’orchestre, l’Orchestre de la Suisse romande qui dĂ©taillĂ©, frĂ©missant au sein de ses vents (bois finement articulĂ©s), de ses cuivres, sollicitĂ©s dès l’ouverture (cors profonds, onctueux, mystĂ©rieux…) ses cordes, flexibles et nuancĂ©es, nous fait rĂ©viser notre connaissance de l’orchestre du dernier Bellini : I Puritani composĂ©s Ă  Puteaux crĂ©Ă©s sur la scène parisienne du Théâtre italien en janvier 1835 (l’annĂ©e de sa mort), regorge de drame, de contrastes, surtout de cette ivresse Ă©chevelĂ©e suspendue oĂą brĂ»le l’amour hyper romantique des fiancĂ©s Edgardo et Elvira. D’autant que les deux protagonistes sont emportĂ©s malgrĂ© eux dans un tourbillon aux inextricables pĂ©ripĂ©ties… Edgardo abandonne sa fiancĂ©e le soir mĂŞme de leurs noces sans lui expliquer l’intrigue politique ni l’exfiltration royale dont il est l’acteur improvisĂ© ; Elvira ne s’en remet pas et devient folle, hallucinĂ©e, impuissante aux actes I et surtout II. Livret invraisemblable pas si sĂ»r, tant il est pĂ©pite pour l’expression des passions humaines les mieux exacerbĂ©es.

 
 
 

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Francesco Demuro et Zuzana Marková / Arturo et Elvira © Raphael Faux 2021 / Gstaad Menuhin Festival 2021

 
 
 

Dans cette version raccourcie qui fait l’Ă©conomie des rĂ©citatifs mais expose la majoritĂ© des airs, le spectacle se concentre sur les confrontations sans temps morts.
Se distinguent en particulier les profils masculins de Giorgio et de Riccardo. Du premier le baryton argentin Erwin Schrott assure une classe des grands soirs soulignant le caractère protecteur, compatissant du patriarche Valton pour sa nièce Elvira qu’il considère comme sa fille. Leur relation prĂ©figure dĂ©jĂ  un poncif du théâtre verdien: la relation père / fille, si justement brossĂ©e dans Rigoletto, Boccanegra, mĂŞme dans Traviata, et dĂ©jĂ  Stiffelio.

Le duo entre les deux Puritains au II entre Riccardo et Giorgio se fait serment d’alliance martiale, fraternelle, de surcroĂ®t appel au pardon car ici Riccardo, rival malheureux, renonce Ă  se venger d’Edgardo : voix moins naturellement puissante que celle de Schrott, George Petean est timbrĂ© et nuancĂ©, toujours juste, en somme vrai baryton… verdien. L’accord des deux solistes fait mouche. Certes on aimerait plus de texte et un legato plus raffinĂ© mais n’allons pas bouder notre plaisir : leur duo avec trompette obligĂ©e restera dans les mĂ©moires. Plus tard au III pour les retrouvailles Arturo / Elvira, le tĂ©nor dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans le mĂŞme rĂ´le sur la scène du Palais Garnier parisien (Francesco Demuro), ose toutes les notes et des aigus crânement projetĂ©s : son ardeur et sa vaillance se distinguent aussi nettement (mĂŞme parfois serrĂ©, le timbre est aussi Ă©clatant qu’une lame affĂ»tĂ©e).

 
 
 

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George Petrean et Erwin Shrott / Riccardo et Giorgio © Raphael Faux 2021 / Gstaad Menuhin Festival 2021
 
 
 
 

Remplaçant Lisette Oropesa, la soprano praguoise Zuzana Marková fait le job. Souvent juste dans ses intentions, la jeune cantatrice (qui chante aussi Traviata aux Arènes de VĂ©rone, et a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂ´le bellinien Ă  Liège et zurich) souligne chez Elvira cette fragilitĂ© maladive, son hypersensibilitĂ© romantique que redoute son tuteur Giorgio car elle pourrait bien “mourir d’amour” et ne se remettre jamais d’avoir Ă©tĂ© ainsi abandonnĂ©e par Arturo. La cantatrice chante toutes les notes, s’engage parfois au delĂ  de ses possibilitĂ©s rĂ©elles, dommage que dans les ensembles on doit tendre l’oreille pour la repĂ©rer dans des tutti qui avantagent surtout l’orchestre.
Ce dernier est d’ailleurs somptueux, intensĂ©ment dramatique mais aussi murmurant et subtilement attĂ©nuĂ© pour porter les airs solistes de pur bel canto. Domingo Hindoyan sculpte la matière orchestrale avec un sens dĂ©lectable des Ă©quilibres, offrant des couleurs et des dĂ©tails instrumentaux insoupçonnĂ©s.
Car la magie de Gstaad c’est aussi ces moments symphoniques qui font du festival MENUHIN, un Ă©vènement incontournable pour ressentir le grand frisson musical. Qui peut dĂ©fendre aujourd’hui l’idĂ©e d’un Bellini faible orchestrateur? Son Ă©criture orchestrale sait ĂŞtre Ă©videmment languissante, Ă©perdue, extatique mĂŞme dans le duo du III [avec harpe], martiale aussi dans l’exposition du dĂ©but qui met en scène le chĹ“ur des soldats puritains. Rien ne manque ici ni l’ardeur virile ni l’ivresse Ă©motionnelle [dans les airs d'Arturo comme d'Elvira] ou l’art de la coloratoura peut s’Ă©panouir avec naturel.
Sans les tĂŞtes d’affiche annoncĂ©es initialement (Javier Camarena et Lisette Oropesa donc dans les rĂ´les d’Arturo et d’Elvira) la production de ces Puritains 2021 a tenu ses promesses, rĂ©vĂ©lant ou confirmant l’excellente partition de Bellini, sa maĂ®trise du drame comme de l’extase vocale pure. Rv est dĂ©jĂ  pris pour l’Ă©tĂ© prochain (66è Ă©dition) oĂą Fidelio de Beethoven est dĂ©jĂ  annoncĂ©... au sein de la thĂ©matique Vienne initialement programmĂ© en 2020, reportĂ©e pour cause de covid, et donc rĂ©alisĂ© en 2022.