CD, critique. BACH en miroir. Marie Andrée JOERGER, accordéon (1 cd Klarthe, 2020)

KLA115couv_low BACH en miroir. Marie Andrée JOERGER, accordéon clic de classiquenews cd critiqueCD, critique. BACH en miroir. Marie Andrée JOERGER, accordéon (1 cd Klarthe, 2020) – MA Joerger sélectionne 5 Préludes et Fugues de Johann Sebastian auxquels l’accordéoniste fait dialoguer 5 autres écritures dont le sens dramatique, l’acuité expressive, un délié spécifique dans l’articulation font merveille, révélant une grande interprète au carrefour des styles. Le défi est de taille, exigeant pour l’instrumentiste et la musicienne ; de l’impro (Prélude) au cadre strict et complexe qui suit (fugue), la musicienne convainc de bout en bout grâce à une rare intelligence discursive : le geste est naturel, proche du souffle et de la respiration ; comme il sait habilement détailler la texture complexe contrapuntique. Entre rigueur et imagination, la balance est idéale.
Au cœur du programme des plus inspirés, il y a le « mystère » Bach, ici magnifiquement suggéré, incarné. Pour chaque Prélude et Fugue choisi du Cantor, derrière l’agilité des architectures prodigieuses, leur immensité impressionnante, l’interprète touche le dénuement et la solitude infinie qui s’en détache (sublime profondeur, simplicité envoûtante du sommet en la matière du BWV 853 en mib mineur). Le programme ouvre sur le dépouillement profond d’un Bach architecte qui tutoie les étoiles, mais qui sait aussi stimuler et comme révéler les manières mises en dialogue avec la sienne.
Le parcours est passionnant car la palette expressive est d’une rare richesse imaginative : inquiétude sourde, tendresse intranquille chez Mozart (Prélude Kv404a) qui trouve un écho d’une douceur infinie chez Clara Schumann (Prélude et fugue n°1 opus 6) ; construction polyphonique vertigineuse dont l’écoulement qui semble intarissable, édifie des cathédrales aussi lumineuses, détaillées, qu’équilibrées et rayonnantes, d’une tension irrépressible (BWV 875) et sous les doigts agiles et souple de l’accordéoniste, suspendues, célestes…
CLIC D'OR macaron 200La vibration papillonnante subtilement irisée de Reger (n°2 opus 99) dont la fugue qui renouvelle encore le genre, apporte la preuve que l’on peut être créatif et étonnamment inspiré dans un cadre contraint jusqu’aux cimes expressionnistes et très contrastées de Thierry Escaich – autre maître du clavier (orgue) comme esquissées avec une acuité flamboyante (ici création mondiale enregistrée en 2019) et conçue comme une course à l’abîme, convulsive et inquiète. Il n’y a guère que la tranquillité impénétrable du BWV 893 pour réparer, rasséréner, bercer. Le geste est infiniment poétique et d’une palette de nuances qui enivre littéralement.

CD, critique. BACH en miroir. Marie Andrée JOERGER, accordéon (1 cd Klarthe, enregistré en mars 2019 et déc 2020)CLIC de CLASSIQUENEWS été 2021.