COMPTE-RENDU, streaming concert. ON LILLE, le 13 mars 2021. Orch National de Lille / Jan Willem De Vriend, direction. Beethoven : Symphonie n°3 « héroïque »

ORCHESTRE-NATIONAL-DE-LILLE-maestro-alexandre-Bloch-concert-classiquenews-critique-annonceCOMPTE-RENDU, streaming concert. ON LILLE, le 13 mars 2021. Orch National de Lille / Jan Willem De Vriend, direction. Beethoven : Symphonie n°3 « héroïque ». A la fois exaltée, ivre de sa propre énergie, la direction précise, claire du néerlandais Jan Willem De Vriend sait être équilibrée en ce qu’elle favorise le détail et porte la tension. Dans l’Eroica de Beethoven pourtant surjouée ici et là, en particulier depuis les célébrations Beethoven 2020 (certes avortées covid oblige),le premier mouvement, regorge de vitalité et de puissance sans jamais sacrifier la précision des ornements ni la balance entre soliste et orchestre, pour chaque intervention caractérisée. Le souffle du destin rayonne ; s’appuyant sur une vision ciselée de l’écriture instrumentale : en clair, le geste du chef flamand, habitué des répertoires préromantiques et romantiques, de surcroît selon ce relief et cette intensité sculpturale propre aux instruments d’époque, nourrit ici une vision qui est fluide, caractérisée, parfaitement architecturée. Comme partition du destin et conduite par une irrépressible énergie, la volonté de Ludwig s’accomplit avec une délicatesse continument exaltante.

Le second mouvement plus grave et sombre ne perd pas la souplesse ni ce mordant parfois glaçant dans la caractérisation instrumentale.

Ample et lugubre, le geste du chef recherchant des sonorités profondes et claires avait ouvert le programme avec caractère et gravitas pour Cherubini dont la Marche funèbre saisissante par ses semonces déchirants (gong souterrain, crépusculaire ; bassons insidieux…), entre désespoir tragique et esprit de grandeur, éclaire la connaissance de Gluck, celui ardent, gémissant voire mystérieux d’Orphée.

Chez Beethoven, c’est encore un très beau travail opéré sur les sonorités et l’intériorité poétique des nuances de timbres. De Vriend sait exprimer la langueur élégiaque du morceau que berce des cordes toujours suaves et rondes. L’héroïsme qu’ouvrage le chef est d’une souveraine tragédie qui ici se déploie sans réserve, exprimant tous les sacrifices et la peine ressentis, vécus dans sa chair par un Beethoven qui d’exalté fut trahi (par Bonaparte devenu Napoléon) et qui aussi ressent les premiers effets de sa surdité. La lisibilité des violoncelles et des contrebasses produit une profondeur au chant inexorable, celui d’une blessure profonde mais toujours noble et digne. Une séquence qui tisse un écho pertinent à la Marche funèbre de Cherubini qui a ouvert le programme, dans un même souci d’intériorité recueillie. La violence dont est capable Beethoven n’écarte jamais une sourde déchirure qui en a permis l’éclosion.

 

 

JW De Vriend et le National de Lille

Un Beethoven éruptif, élégant, subtil…

 

 

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Le Scherzo est pur jaillissement d’une énergie recouvrée qui s’électrise et trépigne, mais en une mise en place parfaitement détaillée, à la métrique précise et claire (rayonne en particulier le chant mordoré, rauque et pourtant rond des cors parfaitement dialogués avec les cordes).

Dans ce sens le dernier Allegro (molto) a la vivacité et même l’élégance (équilibre et clarté des pupitres) d’un souffle printanier, d’une danse de joie autour du feu de l’esprit et de l’espoir. Le héros de cette odyssée orchestrale reste Beethoven lui-même, nouveau héros musicien, alchimiste de nouveaux sons, architecte d’un monde nouveau dont il a seul la conscience ; aux auditeurs d’en saisir les prémonitions salvatrices, la possibilité de le réaliser à partir de prières fraternelles et humanistes dont Ludwig s’est fait le prophète et le chantre.

De Vriend recueille ce formidable élan fraternel et solidaire en un bain orchestral (récapitulatif) dont chaque séquence magnifiquement timbrée et phrasée (cors, flûte, clarinette…) est subtilement caractérisée. C’est un travail d’orfèvre d’un rare fini et qui assoit aux côtés du Beethoven violent, éruptif voire furieux, la noblesse et le raffinement de son écriture, le jaillissement primitif de son inspiration. Ivresse et subtilité. Le cocktail est irrésistible. Les instrumentistes du National de Lille répondent au doigt et à l’œil du chef des plus expressifs. Ce travail de la nuance est passionnant.

 

 

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LIRE aussi notre présentation du concert ORCHESTRE NATIONLA DE LILLE / Cherubini, Beethoven / Jan Willem De Vriend, direction

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