CRITIQUE, concert. ANCY-LE-FRANC, Festival MUSICANCY, dim 26 juin 2022. MoliÚre et MA Charpentier. Correspondances, Sébastien Daucé.

CRITIQUE, concert. ANCY-LE-FRANC, Festival MUSICANCY, dim 26 juin 2022. MoliÚre et MA Charpentier. Correspondances, Sébastien Daucé.

moliere-mariage-force-malalde-imaginaire-charpentier-opera-critique-classiquenews-correspondances-sebastien-dauce-moliere-400-ans-anniversaire-2022AprĂšs l’avoir proposĂ© en formats courts, comme des mises en bouches, la veille (sam 25 juin Ă  MĂ©lisey puis Ă  Tonnerre), SĂ©bastien DaucĂ© et les musiciens de son ensemble Correspondances jouaient dans son intĂ©gralitĂ© le gĂ©nĂ©reux programme  « MoliĂšre et Charpentier » cĂ©lĂ©brant ainsi les 400 ans de la naissance de Poquelin. Sa verve gouleyante voire gargantuesque se (re)dĂ©couvre ici Ă  travers 2 volets : “ IntermĂšdes du Mariage forcĂ© “(1672) et surtout le « premier intermĂšde, Ă©glogue du Malade Imaginaire », ultime comĂ©die de MoliĂšre de 1673. RemarquĂ© par Poquelin, le jeune Marc-Antoine Charpentier collabore alors avec le dramaturge ; et apprend de son aĂźnĂ©, le piquant, le mordant, l’irrĂ©vĂ©rencieux dans le style parfois grivois de la Commedia dell’arte italienne ; de fait, le volet central du programme, « Les Plaisirs de Versailles » (1682), bien que postĂ©rieurs Ă  la mort de MoliĂšre, rĂ©vĂšlent combien Charpentier dont on connait si bien les histoires sacrĂ©es, a su faire son miel de son apprentissage auprĂšs du gĂ©nie du rire et de la satire ; Ă  travers le filtre de sa musique impertinente, c’est la vie des courtisans Ă  Versailles qui est ici Ă©pinglĂ©e, dans la querelle qui passionne et oppose violemment la Musique et la Conversation auxquelles se joignent Comus (dieu des festins), le jeu et l’un des plaisirs

Toute la valeur du programme prĂ©sentĂ© par Correspondances tient Ă  cette rĂ©vĂ©lation : souligner Ă  travers l’anniversaire MoliĂšre 2022, la grĂące et la facilitĂ© de Charpentier dans la veine comique.

L’importance du texte et le jeu thĂ©Ăątral sont dĂ©fendus par les chanteurs, mais aussi la prĂ©sence et la personnalitĂ© piquante du comĂ©dien Soufiane Guerraoui qui a le verbe truculent (son incarnation du napolitain Polichinelle dans le Malade Imaginaire est pleine de vie et d’astuces, d’une « drĂŽlerie » idĂ©alement impertinente).

Correspondances met en lumiĂšre toute l’invention du Charpentier, juste revenu d’Italie (au dĂ©but des annĂ©es 1670 quand Poquelin le choisit pour ses comĂ©dies, en remplacement de Lully). Avec peu d’instruments (2 violons, 2 flĂ»tes, hormis le continuo), toutes les couleurs et la vivacitĂ© du meilleur comique se dĂ©ploient alors ; la sĂ©lection montre Ă  quel point le compositeur a compris les spĂ©cificitĂ©s de la langue moliĂ©resque : son dĂ©bit, ses accents, tous les effets d’un humour mordeur qui n’écarte ni l’ineffable tendresse, ni la parodie la plus acide. Une telle maĂźtrise Ă  servir les situations les plus profondes et les plus contrastĂ©es allait aboutir en 1690 avec sa tragĂ©die en musique, MĂ©dĂ©e (livret de Thomas Corneille).

 

 

 

Correspondances et Sébastien Daucé à Musicancy
Verve et satire, poésie et parodie
du duo MoliĂšre / Charpentier

 

 

 

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Dans l’église d’Ancy-le-Franc, Ă  dĂ©faut du cadre de la Cour d’honneur du ChĂąteau (oĂč Ă©tait initialement proposĂ© le spectacle), les interprĂštes comme les spectateurs Ă  l’abri de la pluie, s’engagent dans cette arĂšne oĂč compte autant le geste que le chant ; d’abord la gouaille du « Trio des Grotesques » (IntermĂšde pour Le Mariage forcĂ©) soit 3 chanteurs (haute-contre, taille, basse) qui dĂ©gainent et « fagotent » car « tout bruit forme mĂ©lodie » ; un vrai trio hĂąbleur, facĂ©tieux ; de joyeux bonimenteurs qui parodient aussi avec dĂ©rision, l’harmonie d’une « belle symphonie » ; Les Plaisirs de Versailles composent ensuite la sĂ©quence la plus dramatique et aussi la plus riche sur le plus littĂ©raire comme poĂ©tique (le livret est demeurĂ© anonyme, mais il rĂ©vĂšle nĂ©anmoins un vrai talent pour les situations comiques, formant une satire dĂ©lirante de la vie de Cour Ă  Versailles). Le texte montre combien Charpentier a aimĂ© portraiturer la Musique en amoureuse nostalgique, sensible et galante (Élodie Fonnard), l’opposant en forts contrastes Ă  la Conversation, directe, impertinente et « caqueteuse » (Blandine Sanson de Sansal) ; mĂȘme le chocolat qu’offre Comus ne suffit pas Ă  les adoucir l’une et l’autre. Ces plaisirs sont aigres et riches en surprises


Le Malade Imaginaire offre en ouverture, une scĂšne (Premier intermĂšde) dĂ©jantĂ©e oĂč la « Vieille  Ă  sa fenĂȘtre » (chantĂ©e par le haute-contre ClĂ©ment Debieuvre) cite avec gĂ©nie, toutes les figures des Nourrices de l’opĂ©ra vĂ©nitien ; exigeant du soliste, une intensitĂ© versatile dans tous les registres de la parodie amoureuse et cynique ; le chanteur dĂ©fend sa partie avec une ardeur Ă  la hauteur de la situation thĂ©Ăątrale, tout en trouvant les accents justes qui permettent Ă  Charpentier (en italien vernaculaire) de dĂ©montrer sa parfaite connaissance de l’opĂ©ra italien contemporain. Cette piĂšce, monologue saisissant en rĂ©alitĂ©, est un sommet dans l’art de la surenchĂšre linguistique (et mĂ©lodique), produit emblĂ©matique de la coopĂ©ration entre MoliĂšre et Charpentier.
girod-marie-frederique-soprano-baroque-flore-charpentier-critique-concertLe morceau particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© est le dernier (« Églogue en musique et en danse »), sa saveur pastorale comme enivrĂ©e grĂące Ă  l’incarnation que la soprano Marie-FrĂ©dĂ©rique Girod cisĂšle en Flore (portrait ci contre) ; le style, le timbre se rĂ©vĂšlent irrĂ©sistibles, et malgrĂ© la claire apologie au Roy dont le prĂ©nom est rĂ©pĂ©tĂ© moult fois, ce monde des bergers et des bergĂšres (ClimĂšne, DaphnĂ©, Dorillas et Tircis) Ă©voque le plus charmant bocage instrumental et vocal. SĂ©bastien DaucĂ© a le geste rond et prĂ©cis, rĂ©alisant une caractĂ©risation enjĂŽleuse pour chaque sĂ©quence hautement dramatique.

MUSICANCY-facade-noireSous la direction nouvelle de Fannie Vernaz, le festival Musicancy commence avec ampleur et justesse sa nouvelle Ă©dition estivale 2022 (19Ăš Ă©dition) : la ligne artistique sait y rĂ©unir de superbes interprĂštes rompus au labyrinthe vertigineux et expressif des passions baroques… voilĂ  qui promet le meilleur pour les 20 ans Ă  l’étĂ© 2023. Prochains concerts / rvs de Musicancy 2022 : les 12 puis 26 juillet (dans la Cour du ChĂąteau d’Ancy-le-Franc), respectivement : « LumiĂšres italiennes : Le Stagioni, Paolo Zanzu » ; puis « La Bella Donna », ApotropaĂŻK. LIRE notre prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du Festival Musicancy 2022 : https://www.classiquenews.com/ancy-le-franc-19e-festival-musicancy-25-juin-11-sept-2022/

 

LIRE aussi notre entretien avec Fannie VERNAZ Ă  propos du Festival Musicancy 2022 : http://www.classiquenews.com/entretien-avec-fannie-vernaz-le-festival-musicancy-2022/

 

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CRITIQUE, concert. ANCY-LE-FRANC, Festival MUSICANCY, dim 26 juin 2022. MoliÚre et MA Charpentier. Correspondances, Sébastien Daucé.

Photo : concert / © CLASSIQUENEWS – Marie-FrĂ©dĂ©rique Girod © D Salamanca