CRITIQUE, concert. LILLE, ON LILLE, le 22 juin 2022. Britten, Poulenc : Les Illuminations / Stabat Mater. Jodie Devos / Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch.

devos-jodie-concert-britten-illuminations-poulenc-stabat-mater-on-lille-alexandre-bloch-critique-concert-classiquenewsCRITIQUE, concert. LILLE, ON LILLE, le 22 juin 2022. Britten, Poulenc : Les Illuminations / Stabat Mater. Jodie Devos / Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch  -  Ecouter les Illuminations de Rimbaud, mis en musique par Britten est toujours une expĂ©rience passionnante. Le texte est l’un des plus originaux et forts de la poĂ©sie française, ses images et alliances croisĂ©es, inouĂŻes sont des joyaux symbolistes, surrĂ©alistes mĂŞme, portĂ©s par une imagination brĂ»lante qui Ă©difie des ponts vers des mondes sensoriels inconnus. La musique de Britten concise et contrastĂ©e sert admirablement le verbe de Rimbaud, dĂ©ployant un halo hallucinĂ©, extatique de cordes seules. Soliste percutante, Jodie Devos (photo ci contre, DR) a le timbre diamantin et ardent, visiblement inspirĂ© par les multiples tableaux convoquĂ©s par Rimbaud : ” j’ai seul la clĂ© de cette parade sauvage ” entonne la chanteuse Ă  3 reprises, comme l’emblème d’un rĂ©bus Ă  dĂ©chiffrer. C’est que la tension dans le mystère est magnifiquement tenue d’un bout Ă  l’autre par le chef Alexandre Bloch, dont la danse des bras sait Ă©lectriser chaque phrase musicale. Le cycle aurait pu s’achever avec “Parade”, mais l’ultime “DĂ©part” ajoute Ă  l’Ă©nigmatique pour que tout s’efface dans l’ombre et le murmure…
Le premier violon et le premier alto s’invitent aussi par leur chant soliste Ă  cette divagation hallucinĂ©e, qui associe l’Ă©trange et le fantasque, appelle Ă  des visions toujours plus saisissantes et incongrues.
Dans l’Ă©nergie et la vivacitĂ©, le chef souligne avec raison combien le poème exprime impĂ©rieux le dĂ©sir du bruit, de l’Ă©tonnant, du neuf. Britten a remarquablement compris le sens et la couleur des Illuminations de Rimbaud et le compositeur en Ă©cartant tout autre timbre que les cordes, met en avant l’intensitĂ© de la voix humaine, telle un gemme chatoyant, qui proclame et rĂ©invente l’ordre du monde.
Dans la concentration, la tension et les contrastes, on retrouve l’Ă©quilibre orchestral dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans le concerto pour orchestre de Bartok, partition fĂ©tiche du maestro ; quand aux choix du programme, on se dĂ©lecte Ă  mesurer ici combien le chant des instruments et la prosodie vocale se hissent Ă  la hauteur des textes rimbaldiens ; l’Ă©criture du jeune Britten [27 ans en 1940] rĂ©alise une constellation d’Ă©pisodes oniriques tout Ă  tour virulents voire satiriques ["RoyautĂ©"] et d’une sensualitĂ© Ă©perdue [« Gracieux fils de Pan » dans « Antique »…) ; surtout climat Ă©nigmatique, amoureux, caressant de "being beauteous » (dĂ©claration au compagnon de Britten, le tĂ©nor Peter Pears).

 

 

 

Parade rimbaldienne,
Paradis de Poulenc…
le National de Lille et Alexandre Bloch
réalisent leur concert de clôture de la saison 2021 / 2022
en contrastes flamboyants

 

 

 

Croyant sincère, Poulenc met en musique [1951] le texte compassionnel du Stabat Mater suite Ă  un pèlerinage au site de la Vierge Noire de Rocamadour et au deuil après la mort de son ami le peintre Christian BĂ©rard ; Alexandre Bloch aborde exactement le cycle sacrĂ© pour ce qu’il est : une sĂ©rie de visions expressives, radicales, qui exhortent, prennent Ă  tĂ©moin, s’Ă©meuvent, puis espèrent en invoquant le rĂ©confort du paradis…
Il y a de toute Ă©vidence un parallèle pertinent dans la programmation de la soirĂ©e entre la parade sauvage dĂ©lirante ["enragĂ©e"] Ă©voquĂ©e par Rimbaud en première partie et les tableaux de la ferveur elle aussi hallucinĂ©e composĂ©e par le “moine et voyou”. Parade rimbaldienne, paradis espĂ©rĂ© par Poulenc… Le dialogue entre ces deux mondes poĂ©tiques fortement caractĂ©risĂ©s fonde la valeur du programme.
Le directeur musical du National de Lille aime diriger les masses ; l’imposant chĹ“ur de Paris au balcon en fond de scène, la soliste au balcon Ă  jardin, selon un dispositif qui exploite l’Auditorium du Nouveau Siècle ; dans une dramaturgie Ă©lectrisĂ©e, le chef creuse la violence des contrastes d’une partition qui saisit par son absence de sĂ©duction gratuite mais surprend dans la succession de sĂ©quences souvent courtes, denses, passionnĂ©es qui expriment l’affliction voire la terreur que suscite la figure de la Vierge douloureuse, abandonnnĂ©e, dĂ©truite après la Crucifixion et la mort du Fils. Jodie Devos qui assure finalement la partie vocale des deux volets du programme (Sophie Karthauser, souffrante, n’a pas pu chanter les Illuminations) rayonne par son timbre Ă©clatant et sombre, concentrant le tragique de la scène et l’espĂ©rance Ă©perdue du croyant.
Instrumentistes, chĹ“ur et soprano expriment et le dĂ©sarroi du croyant affligĂ© et l’immense prière de consolation qui se prĂ©cise dans les derniers jalons, Marie douloureuse, endeuilĂ©e Ă©tant aussi la Dame misĂ©ricordieuse, protectrice au jour final. L’humanitĂ© transpire dans ce chant choral âpre et violent que porte une ferveur agitĂ©e, inquiète. L’engagement des interprètes rĂ©alise un second tableau percutant et versatile dans la succession des climats contrastĂ©s. Qu’il s’agisse de la marche des pĂ©nitents, des images extatiques Ă  la façon des grands mystiques baroques, le grand macabre, fantastique et terrifiant de Poulenc s’incarne ainsi sous nos yeux, sous la baguette active, incisive, nerveuse d’Alexandre Bloch. Superbe concert de clĂ´ture de la saison 2021 / 2022. Le rapport voix et orchestre prĂ©lude d’une certaine manière Ă  l’un des fils rouges de la nouvelle saison 2222 / 2223 de l’Orchestre National de Lille : celui de la voix. De quoi pour la prochaine saison, envisager de prochains concerts mĂ©morables.

 
 

 

 
 

 A venir Ă  LILLE…

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nuits ete orchestre national de lille concert critique annonce concert classiquenewsProchains concerts de l’Orchestre National de Lille : les 7 et 8 juillet 2022 - Les Nuits d’étĂ© – l’Ă©vĂ©nement lyrique du National de Lille chaque Ă©tĂ© : «  Une petite histoire de l’opĂ©ra », par Alex Vizorek, avec Jodie Devos, GaĂ«lle Arquez, Jean-François Borras, Alexandre Duhamel… De Don Giovanni de Mozart Ă  Candide de Bernstein, en passant par des extraits de Carmen de Bizet ou de Rigoletto de Verdi … Au Nouveau Siècle, jeudi 7 et ven 8 juillet, Ă  20h – durĂ©e : 2h30 avec entracte.
INFOS & RÉSERVATIONS : https://www.onlille.com/saison_22-23/concert/les-nuits-d-ete/

 

 

 

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE : concert BRITTEN et POULENC (clĂ´ture de la saison 21 / 22), les 22 et 23 juin 2022

britten_jeune_piano-570ORCHESTRE NATIONAL de LILLE, les 22 et 23 juin 2022 : Britten, Poulenc… Pour clôre sa saison 2021 / 2022, l’Orchestre National de Lille affiche 2 œuvres symphoniques avec voix de soprano, parmi les plus bouleversantes du premier XXè : les Illuminations de Britten (photo ci contre / DR) d’après Rimbaud dévoilent la capacité de l’orchestre à exprimer les mille scintillements poétiques des textes mis en musique, quand le Stabat Mater de Poulenc touche tout autant par la puissance tragique mais intime de son hommage funèbre.

En 1940, Britten met en musique le recueil des Illuminations de Rimbaud. « J’ai seule la clé de cette parade sauvage ! », déclare en préambule la partie de soprano, chantée ici par la soprano Jodie Devos. À seulement 27 ans, Britten réussit l’un des grands cycles de mélodies en français, alors qu’il n’a pas encore composé son premier opéra (Peter Grimes, juin 1945).

Alexandre_Bloch_orchestre national de lilleAux côtés de la soprano Sophie Karthäuser, Alexandre Bloch et le National de Lille interprètent également le Stabat Mater de Poulenc, composé en 1950 à la mémoire d’un ami disparu, Christian Bérard. Il s’agissait d’écrire un Requiem mais Poulenc préfère le noir et la concision lacrymal du Stabat mater, texte aussi violent, puissant (Cujus animam gementem) que direct. Affligé par le deuil, le compositeur « s’y livre tout entier à cœur ouvert ». Le pupitre des cuivres, étoffé et rutilant (4 cors, 3 trompettes en ut, 3 trombones, 1 tuba…) souligne l’ancrage sonore dans l’effroi médiéval, le sentiment de terreur et l’impuissance mortelle face à la mort, que la figure de Marie, « mère source de tendresse », pourtant elle aussi affligée, tempère et adoucit dans le cœur de ceux qui restent. Stabat Mater dolorosa luxta crucem lacrimosa… Debout, la Mère des douleurs, près de la croix était en larmes…

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CONCERT DE CLÔTURE DE LA SAISON 2021 / 2022

MĂ©lodies illuminĂ©es et puissante prière doloriste accordent voix de soprano et texture orchestrale pour clore la saison 21 / 22 de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille. 2 dates Ă©vĂ©nements, Ă  LILLE puis SAINT-DENIS.

LILLEboutonreservation
Mercredi 22 juin 2022 — 20h
Auditorium du Nouveau Siècle
± 1h sans entracte

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RÉSERVEZ VOS PLACES
directement sur le site de l’Orchestre National de Lille
https://www.onlille.com/saison_21-22/concert/concert-de-cloture-de-saison/

 

BRITTEN : Les Illuminations*
POULENC : Timor et tremor, extraits
POULENC : Stabat Mater**

**Jodie Devos, soprano
*Sophie Karthäuser, soprano

Chœur de l’Orchestre de Paris
Orchestre National de Lille
Alexandre Bloch, direction

En région
Pas de billetterie O.N.L / billetterie extérieure

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Jeudi 23 juin 2022 — 20h
Saint-Denis, Basilique,
dans le cadre du Festival de Saint-Denis

 

 

Orchestre National de Lille
30 Place Mendès France BP 70119 / 59027 Lille cedex
+33 (0)3 20 12 82 40
Accueil-billetterie : 3 place Mendès France

La billetterie est ouverte au public :
du lundi au vendredi, de 10h Ă  18h
par téléphone de 10h à 13h et de 14h à 17h30
au 03 20 12 82 40

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Diffusion digitale

Concert captĂ© et diffusĂ© le lundi 18 juillet 2022 Ă  20h sur la chaĂ®ne YouTube de l’ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, dans la playlist de l’Audito 2.0. Concert disponible pendant 3 mois.

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