CRITIQUE, opéra. STRASBOURG, Opéra national du Rhin, le 24 juin 2021. Puccini : Madame Butterfly. Giuliano Carella / Mariano Pensotti.

Butterfly-puccini-opera-national-du-rhin-juin2021-critique-classiquenewsCRITIQUE, opĂ©ra. STRASBOURG, OpĂ©ra national du Rhin, le 24 juin 2021. Puccini : Madame Butterfly. Giuliano Carella / Mariano Pensotti. DĂ©couvert Ă  Strasbourg voilĂ  deux ans dans la crĂ©ation française de Beatrix Cenci de Ginastera (LIRE ici notre critique : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-strasbourg-opera-le-17-mars-2019-ginastera-beatrix-cenci-m-letonja-m-pensotti/ ), le metteur en scène Mariano Pensotti (nĂ© en 1973) frappe encore très fort en cette fin de saison avec sa vision très personnelle de Madame Butterfly. Venu du théâtre, l’Argentin dĂ©cide en effet d’enrichir le livret d’une histoire parallèle fictive, racontĂ©e au moyen des surtitres pendant tout le spectacle, le plus souvent lors des interludes orchestraux. Pensotti imagine le parcours de Maiko Nakamura, metteur en scène d’origine japonaise ayant quittĂ© depuis longtemps son pays pour l’Europe, en pleine crise existentielle depuis le dĂ©cès de sa mère. Son travail sur Butterfly fait remonter son rapport oubliĂ© aux origines, en soulevant des questions bouleversantes comme les raisons de sa fuite ou sa capacitĂ© Ă  Ă©chapper au complexe du survivant (ses grands-parents sont morts dans les bombardements de Nagasaki). Si on peut regretter la place dĂ©mesurĂ©e prise par cette idĂ©e au dĂ©triment du livret de Puccini, force est de constater qu’elle apporte un indĂ©niable suspens, tout en s’entrecroisant avec le destin de Butterfly dans son dĂ©sir de mort.

On est bien lĂ  dans la volontĂ© affichĂ©e d’Alain Perroux, nouveau directeur de l’OpĂ©ra national du Rhin, de raconter des histoires, comme le proclame fièrement la brochure de saison 2021-2022 : “Il Ă©tait une fois...”. Sur scène, Ă  rebours du mĂ©lodrame, la mise en scène de Pensotti joue la carte de la sobriĂ©tĂ© en noir et blanc, refusant toute concession au Japon fantasmĂ©, en un travail abstrait et Ă©purĂ© de toute beautĂ©. MalgrĂ© une direction d’acteur trop statique, on se laisse peu Ă  peu sĂ©duire par la poĂ©tique des symboles dĂ©voilĂ©s peu Ă  peu avec l’histoire parallèle de Maiko Nakamura : de l’arbre dĂ©racinĂ© Ă  la maison oubliĂ©e des grands-parents, les deux derniers actes fascinent par leur capacitĂ© Ă  renouveler finement l’expression visuelle des souvenirs oppressants – ce “passĂ© qui ne passe pas” (Pierre Bourdieu).

CĂ´tĂ© voix, la soprano roumaine Brigitta Kele se saisit du difficile rĂ´le-titre avec aplomb, faisant oublier quelques approximations dans le placement de voix suraigu pour mieux nous rĂ©galer de son timbre charnu, de ses superbes graves. A ses cĂ´tĂ©s, la Suzuki de Marie Karall fait Ă©talage d’une technique sĂ»re, qui gagnerait toutefois Ă  davantage de prises de risque dans l’expressivitĂ©, tandis que Tassis Christoyannis (Sharpless) impressionne par sa classe vocale et son chant gĂ©nĂ©reux. On est heureux de retrouver ce bel artiste dans un rĂ´le Ă  sa mesure, de mĂŞme que l’impeccable Goro de LoĂŻc FĂ©lix, admirable de souplesse et de musicalitĂ© sur toute la tessiture. Tous les seconds rĂ´les se montrent Ă  la hauteur, bien servis par la direction subtile de Giuliano Carella, qui ne couvre jamais le plateau (il est vrai aidĂ© par la version “de chambre” proposĂ©e ici pour rĂ©pondre aux impĂ©ratifs de distanciation de la crise sanitaire). Le chef italien fait valoir un geste Ă©quilibrĂ©, aĂ©rien, admirable dans sa capacitĂ© Ă  faire ressortir les dĂ©tails et Ă  diffĂ©rencier les pupitres, bien Ă©tagĂ©s dans la construction des crescendos.

CRITIQUE, opĂ©ra. STRASBOURG, OpĂ©ra national du Rhin, le 24 juin 2021. Puccini : Madame Butterfly. Brigitta Kele (Cio-Cio-San), Leonardo Capalbo (Pinkerton), Marie Karall (Suzuki), Tassis Christoyannis (Sharpless), Nika Guliashvili (Il bonzo), EugĂ©nie Joneau (Kate Pinkerton), HervĂ© Huyghues Despointes (Yakuside), LoĂŻc FĂ©lix (Goro), Damien Gastl (Yamadori, Il commissario imperiale). ChĹ“ur de l’OpĂ©ra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg, Giuliano Carella direction musicale / mise en scène Mariano Pensotti. A l’affiche de l’OpĂ©ra national du Rhin, Ă  Strasbourg jusqu’au 28 juin et Ă  Mulhouse les 4 et 6 juillet 2021.