CYCLE MOLIERE au ChĂąteau de VERSAILLES, dĂšs le 4 janvier 2022

VendĂ©e : William Christie joue l'Ă©ternelle comĂ©die de MoliĂšreVERSAILLES, OpĂ©ra royal. CYCLE MOLIERE – 400 ANS : 1622 – 2022. Le 15 janvier 2022 marque les 400 ans de la naissance de M le Magnifique : Jean-Baptiste Poquelin, nommĂ© MoliĂšre en hommage au musicien et danseur Louis de Mollier (mort en 1688) qu’il admirait. Le dramaturge redĂ©finit l’art thĂ©Ăątral et la comĂ©die pour Louis XIV Ă  Versailles, participant de prĂšs Ă  l’édification du mythe versaillais et donc de la propagande monarchique, Ă©levĂ© au rang d’art total. PrĂ©sentĂ© au Roi dĂšs 1658, MoliĂšre participe aux divertissements royaux, mĂȘlant enchantements spectaculaires et nature, oĂč le roi danse en 1664 pour le grand divertissement (Le mariage forcĂ©), oĂč il applaudit la crĂ©ation de Tartuffe dans les jardins. BientĂŽt MoliĂšre et Lully collaborent comme en tĂ©moignent les comĂ©dies-ballets dĂ©sormais emblĂ©matiques du raffinement versaillais : GEORGES DANDIN (1668), LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670), surtout PSYCHÉ, tragĂ©die-ballet de 1671 qui produit aussi leur rupture ; leur duo Ă©labore un genre nouveau expĂ©rimental entre thĂ©Ăątre, chant, danse
 prĂ©figurant le futur opĂ©ra Ă  la française, fixĂ© avec Cadmus en 1673. Mais du seul Lully, quand MoliĂšre avec Charpentier crĂ©e son Malade imaginaire, ultime piĂšce crĂ©Ă©e en 1673. Le ChĂąteau de Versailles propose Ă  partir du 4 janvier, un cycle MoliĂšre incontournable, Ă©voquant les jalons de sa carriĂšre gĂ©niale entre thĂ©Ăątre et musique. SĂ©lection par classiquenews.

 

 

 

VERSAILLES, Opéra royal

Du 4 au 8 janvier 2022, 20hcd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critique
MoliĂšre – Lully : Georges Dandin
Ensemble Marguerite Louise / Gaétan Jarry
Michel Fau, mise en scĂšne
INFOS & RÉSERVATIONS :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/moliere-lully-george-dandin_e2451

LIRE aussi la critique du CD Georges Dandin par l’Ensemble Marguerite Louise / GaĂ©tan Jarry (1 cd ChĂąteau de Versailles Spectacles – fev 2020 – CLIC de CLASSIQUENEWS)  –  Les musiques des intermĂšdes et de la Pastorale pour la comĂ©die Georges Dandin de MoliĂšre prĂ©cise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modĂšle pour l’opĂ©ra français. Ici rayonnent dĂ©jĂ  la puissance onirique des instruments, habiles Ă  suggĂ©rer cet accord rĂȘvĂ©, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergĂšres disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyĂ©s)

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Vendredi 14 janvier 2022, 20h
Le ballet des Jean-Baptiste
Lully et MoliĂšre
Le PoĂšme Harmonique / Vincent Dumestre
INFOS :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/moliere-lully-le-ballet-des-jean-baptiste_e2512

 

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Dim 30 janvier 2022, 15h
Psyché (en version de concert)
MoliĂšre (acte I) / Pierre Corneille et Quinault / Lully
Les Talens Lyriques
INFOS :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/lully-psyche_e2480

 

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PrĂ©sentation des Ɠuvres

 

 

 

 

GEORGES DANDIN
Comédie en musique en 3 actes créée à Versailles pour le Grand Divertissement royal tenu par Louis XIV en 1668.

C’est le 18 juillet 1668 que MoliĂšre et la Troupe du Roi donnent avec succĂšs George Dandin ou le mari confondu, comĂ©die mĂȘlĂ©e d’une pastorale chantĂ©e pour « le Grand Divertissement Royal de Versailles » offert par Louis XIV Ă  sa cour, pour cĂ©lĂ©brer la paix d’Aix-la-Chapelle conclue avec l’Espagne.
Un paysan riche et odieux « achĂšte » une jeune fille noble
, entre plusieurs intermĂšdes Ă©lĂ©gants oĂč des bergers Ă©changent des galanteries (musique de Lully). Satirique et tendre, mordant et fraternel, MoliĂšre raconte l’histoire cynique d’un mariage devenu marchĂ© dans lequel l’amour n’a pas de part : Dandin en Ă©pousant AngĂ©lique de Sotenville a Ă©changĂ© sa fortune contre un titre ; pourtant le mariĂ© s’acharne Ă  revendiquer l’amour et la fidĂ©litĂ© de sa femme.
Si la piĂšce reste immorale puisque le mal triomphe, elle dit avant tout que l’on peut tout acheter sauf l’amour
 c’est lĂ  qu’elle reste intemporelle. Pour cette fable douloureuse, burlesque et obsessionnelle, Michel Fau cultive une esthĂ©tique baroque et cauchemardesque


 

 

 

 

LE BALLET DES DEUX BAPTISTES
Joyeux anniversaire, MoliÚre ! Le PoÚme Harmonique et Vincent Dumestre célÚbrent MoliÚre, prince des dramaturges français à travers les musiques du Bourgeois gentilhomme, de Monsieur de Pourceaugnac, de La Pastorale comique.
Retour en 1661. Tout juste mariĂ©, le Roi Soleil enterre Mazarin et prend les rĂȘnes du royaume. La mĂȘme annĂ©e, MoliĂšre le Parisien et Lully le Florentin prĂ©sentent chez Fouquet, Ă  Vaux-le-Vicomte, leur premiĂšre comĂ©die-ballet « Les FĂącheux ». La dĂ©cennie amorcĂ©e, celle des plaisirs et des fĂȘtes, est rythmĂ©e par leur duo crĂ©atif. PiĂšces mĂȘlĂ©es de chant et de danse, oĂč se dessine un univers cosmopolite, fantasque : fripons napolitains autour de Pourceaugnac, faux Turcs Ă  la marche cĂ©lĂšbre, qui adoubent en Monsieur Jourdain le nouveau mamamouchi. ScĂšnes carnavalesques, dont la folie appelle chanteurs et baladins au fil de chaconnes et passepieds dĂ©chaĂźnĂ©s. La musique berce aussi la douceur pastorale de George Dandin, avec ses airs de bergers venus de l’Éden, ou les mĂ©andres amoureux de PsychĂ©, qui s’épanchent dans une plainte italienne. Soutenu par la faveur royale, le duo Ă©tend les forces de l’orchestre, unit dans les ensembles jusqu’à cinq ou six voix.

Lully_versailles_portraitRUPTURE
 L’idylle, hĂ©las, succombera Ă  la jalousie, Ă  l’ambition. Envieux des bĂ©nĂ©fices perçus et mal partagĂ©s par MoliĂšre, de son thĂ©Ăątre au Palais-Royal, Lully profite en 1672 de la tuberculose qui frappe son ancien compĂšre pour obtenir l’exclusivitĂ© d’un spectacle nouveau : l’opĂ©ra. LĂ , le Florentin poursuivra l’aventure de l’art lyrique français, commencĂ©e avec son ami dramaturge. Quand celui-ci revient sur scĂšne, il ne peut plus choisir le nombre de ses musiciens. La brouille est consommĂ©e. MoliĂšre mourra sur les planches, pendant un Malade imaginaire mis en musique par Charpentier. Enfonçant le clou dans son cercueil, Lully reprend Ă  sa troupe orpheline la salle du Palais-Royal.

De ces destins dĂ©sunis, ce programme retient la dĂ©cennie dorĂ©e, qu’exaltent l’orchestre complet du PoĂšme Harmonique et un plateau de 5 chanteurs, familiers de MoliĂšre et Lully depuis le triomphe en 2005 du Bourgeois gentilhomme.

 

 

 

 

 

 

PSYCHÉ : la rupture Lully / Moliùre
TragĂ©die lyrique en cinq actes avec prologue sur un livret de Thomas Corneille et Bernard le Bovier de Fontenelle crĂ©Ă©e Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique Ă  Paris en 1678.

 

 

Les-rois-de-France-a-table-Louis-XIV-adorait-la-salade

 

En 1671, MoliĂšre s’attĂšle Ă  la plus fastueuse commande de Louis XIV : la « tragĂ©die-ballet » PsychĂ©, chorĂ©graphie de Beauchamp et dĂ©cors Ă  machine de Vigarani. Il en Ă©tablit le plan mais, pris par le temps, n’écrivit que le premier acte, laissant Ă  Pierre Corneille la rĂ©daction des suivants, et Ă  Quinault celle des intermĂšdes mis en musique par Lully. Les 340 exĂ©cutants de la crĂ©ation triomphale restent mythiques, comme les 700 tambours et 80 canons rĂ©unis par Louis XIV pour interprĂ©ter le Prologue et le dernier intermĂšde dans le Bastion Royal des fortifications de Dunkerque, alors Ă  peine achevĂ© par Vauban.

MoliĂšre remonte la piĂšce au Palais Royal sans l’accord de Lully, provoquant leur rupture dĂ©finitive. En 1678, c’est Lully qui reprit ses intermĂšdes, et fit composer par Thomas Corneille les liens nĂ©cessaires pour unifier une nouvelle tragĂ©die lyrique (sans utiliser le texte de MoliĂšre). Au final, l’Ɠuvre de Lully donne le plus vibrant reflet de l’ultime crĂ©ation commune du duo des Baptistes
 mais sans plus un mot de MoliĂšre !

Photo : Portrait de MoliÚre dans le rÎle de Pompée (La mort de pompée de Pierre Corneille). Lully, Louis XIV, MoliÚre (DR)

Vendée : William Christie joue l'éternelle comédie de MoliÚre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JEAN DE LA FONTAINE 2021 : les 400 ans

la-fontaine jean de la fontaine 400 ans en juillet 2021400 ANS de JEAN DE LA FONTAINE : 1621 – 2021 – NĂ© Ă  ChĂąteau-Thierry, Jean de La Fontaine aurait eu 
 400 ans, le 8 juillet prochain. GĂ©nie poĂ©tique, narrateur subtile autant que douĂ© d’une impertinence raffinĂ©e, le contemporain de Racine, n’eut pas contrairement Ă  ce dernier, les faveurs du Roi Soleil. Proche du surintendant Fouquet Ă  Vaux le Vicomte, La Fontaine prit la dĂ©fense du ministre malgrĂ© les foudres royales ; et la disgrĂące qui foudroya Fouquet, Ă©claboussa le poĂšte, Ă  jamais Ă©cartĂ© des privilĂšges et pensions de la Cour. Mais Ă  force de louanges et sollicitudes ciblĂ©es, il rĂ©ussira nĂ©anmoins Ă  se faire Ă©lire Ă  l’AcadĂ©mie, aprĂšs son contemporain (et ami) Boileau. On connaĂźt Ă©videmment ses fables (inspirĂ©es d’Esope), toujours Ă©tudiĂ©es, piliers dans l’apprentissage de notre langue, terrain propice pour aiguiser l’esprit critique de ous les Ă©coliers de France et de Navarre. Au total 3 recueils fondamentaux de Fables sont publiĂ©s en 1668, 1678 puis Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la carriĂšre en 1694 (Livre XII) ; on connaĂźt moins ses Contes. La Fontaine autant moraliste que fabuliste de gĂ©nie, et orfĂšvre-narrateur devient acadĂ©micien en 1684.

D’abord avocat (diplĂŽme obtenu au Parlement de Paris en 1649), Jean de La Fontaine acquiert la charge de maĂźtre des eaux et des forĂȘts du duchĂ© de ChĂąteau-Thierry (charge revendue en 1672). Il publie son premier texte, une comĂ©die en 5 actes d’aprĂšs TĂ©rence, L’EUNUQUE en 1654. SĂ©parĂ© de sa premiĂšre Ă©pouse, Jean rejoint le cercle de Nicolas Fouquet, fastueux surintendant des Finances en 1658. Pour son protecteur, l’écrivain livre ADONIS d’aprĂšs Ovide, puis LE SONGE DE VAUX, laissĂ© inachevĂ© au moment de l’arrestation de Fouquet par Louis XIV. Pour dĂ©fendre son protecteur de la disgrĂące royale, Jean de La Fontaine Ă©crit au Souverain : l’ODE AU ROI (1662) puis L’ÉLÉGIE AUX NYMPHES DE VAUX. Manifestes favorables Ă  l’incarcĂ©rĂ© et qui suscitent la dĂ©sapprobation de Colbert et de Louis XIV lui-mĂȘme.

La premiĂšre fable JOCONDE d’aprĂšs Roland furieux de L’Arioste affirme l’ambition d’un poĂšte qui entre alors au service de la Duchesse de Bouillon (1664) et ambitionne de rĂ©Ă©crire les lĂ©gendes antĂ©rieures sans en trahir le sens ni la morale. Boileau dans sa dissertation sur la Joconde reconnaĂźt Ă  La Fontaine, sa maĂźtrise indiscutable comme narrateur et poĂšte. Deux recueils comprenant Contes et nouvelles en vers sont publiĂ©es en 1665 et 1666, pĂ©riode de l’apothĂ©ose littĂ©raire. L’époque est celle d’un Ăąge d’or poĂ©tique incarnĂ© alors par un quatuor illustre, tous amis qu’une lĂ©gende opiniĂątre a souhaitĂ© emblĂ©matique : MoliĂšre, Boileau, Racine, La Fontaine. C’est d’ailleurs La Fontaine qui prĂ©sente le premier au second. Racine, poĂšte officiel et historiographe Ă  Versailles, correspond avec La Fontaine.
AprĂšs JOCONDE, paraissent les Fables choisies et mises en vers, pour l’éducation du Grand Dauphin (1668). Inclassable et dĂ©routant (pour les contemporains), Les Amours de PsychĂ© (1669) affirme un nouveau modĂšle, rompant dĂ©sormais les liens avec l’idĂ©al classique, mĂȘlant en une apparente incohĂ©rence, prose, vers, mythologie (d’aprĂšs ApulĂ©e), conversations littĂ©raires
 La faveur du Roi se profile car en 1669, le poĂšte et fabuliste est reçu dans les salons de Versailles pour prĂ©senter au Souverain ses Amours de PsychĂ© et de Cupidon (1669). Suivent les poĂ©sies chrĂ©tiennes Ă©ditĂ©es par Port-Royal (1670), un 3Ăš recueil de Contes et Nouvelles en vers (1671). Le poĂšte est hĂ©bergĂ© chez son amie Marguerite de la SabliĂšre, esprit libre et indĂ©pendant qui aime la proximitĂ© des artistes et des philosophes.

 

 

400 ans de la naissance de JEAN DE LA FONTAINE

Un génie baroque de la Fable
qui Ă©crivit aussi plusieurs livrets d’opĂ©ras


 

 

En 1674, alors que l’opĂ©ra français voit le jour (Cadmus et Hermione, 1673), La Fontaine se rapproche de Lully pour un projet d’opĂ©ra (DaphnĂ©, 1674). Comme seront Ă©crits les livrets lyriques pour GalatĂ©e, AstrĂ©e

Mais leur collaboration avorte et le poĂšte Ă©crit une satire contre le surintendant de la musique, LE FLORENTIN. La publication des Nouveaux Contes est saisie et interdite.
Quand meurt sa protectrice (1693), La Fontaine sĂ©journe chez ses nouveaux bienfaiteurs, les d’Hervart en leur chĂąteau de Bois-le-Vicomte. Saisi par une brĂ»lante et rĂ©cente foi, il traduit du latin, Hymnes et psaumes. Il s’éteint le 13 avril 1695, « papillon du parnasse » ainsi qu’il aimait se prĂ©senter, curieux de tous les genres mais grand faiseur dans l’art de la fable, qu’elle soit 
 descriptive, galante, Ă©lĂ©giaque, dramatique, satirique, didactique. Pour lui, astre Ă©loquent, il ne s’agit pas tant de narrer, occupation bien ennuyeuse, que de distraire et plaire pour mieux instruire, c’est Ă  dire « faire passer le prĂ©cepte ». Une fable des LumiĂšres, en quelque sorte qui tout en dĂ©voilant et dĂ©nonçant la barbarie humaine, a su aussi dĂ©fendre un certain humaniste Ă©clairĂ©, sensible et proche de l’intelligence animale. Tout en prĂȘtant aux animaux, les caractĂšres humains, sentiments, passions, Ă©motions, Jean de La Fontaine est le premier animaliste de la littĂ©rature baroque ; un observateur et un penseur qui a parfaitement analysĂ© et compris ce qui fait la grandeur et la barbarie des hommes, comme ce qui fait le charme et le prix de chaque animal.

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A VISITER
Le musée Jean de la Fontaine dans sa ville natale de Chùteau-Thierry (hÎtel particulier de la famille, classé monument historique en 1887)

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