VERSAILLES, PsychĂ© de Lully et MoliĂšre (1671), Ă  l’OpĂ©ra royal

VERSAILLES. OpĂ©ra royal. PsychĂ©, dim 30 janv 2022. MOLIERE / LULLY : PsychĂ© – Aux origines de l’opĂ©ra français. Avant que l’opĂ©ra français n’existe rĂ©ellement, du moins que son cadre formel ne soit prĂ©cisĂ©ment fixĂ© (par Cadmus et Hermione de Lully, premiĂšre « tragĂ©die en musique » en 1673), la Cour de Louis XIV applaudit des essais prĂ©liminaires, au carrefour des genres: de la comĂ©die, de la danse, du chant. Lully et MoliĂšre s’entendent dans PsychĂ© pour amuser le roi en inventant Ă©tapes par Ă©tapes le thĂ©Ăątre royal en gestation

Ainsi pour répondre à la demande du souverain en 1671, la légende de Psyché réunit MoliÚre, Corneille et Philippe Quinault (futur librettiste de Lully, auteur de Cadmus) pour le livret
 A Lully revient la musique et surtout les ballets et la création des récitatifs.

 

 

 

VERSAILLES, Opéra royalboutonreservation
Dim 30 janvier 2022, 15h
PsychĂ© (tragĂ©die-ballet, 1671 – en version de concert)
MoliĂšre (acte I) / Pierre Corneille et Quinault / Lully
Les Talens Lyriques

INFOS & RÉSERVATIONS
directement sur le site de l’OpĂ©ra royal de Versailles :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/lully-psyche_e2480

 

 

 

Aux Tuileries en 1671


psyche-amour-et-psyche-lully-moliere-opera-classiquenews-400-ans-de-naissance-de-moliereVoici une action tragique (mais à la fin heureuse, précisément une tragédie-ballet)) dont la beauté des effets scéniques grùce aux machineries des Tuileries, enchante la Cour et Louis XIV (lors de sa création dans la Grande salle des machines du Palais des Tuileries, le 17 janvier 1671), et dont la magie concurrence sérieusement le théùtre parlé de Corneille et de Racine

Et la partition connut une 2Ăš vie
 PortĂ© par le succĂšs de ce premier coup d’essai, Lully reprend la matiĂšre de cette premiĂšre PsychĂ© pour en faire une tragĂ©die lyrique en 1678, selon le modĂšle nouveau qu’il a crĂ©Ă©, en 1673 (avec Cadmus grĂące Ă  la complicitĂ© du poĂšte Philippe Quinault). Exit les paroles et le texte originel de MoliĂšre
 Lully fĂąchĂ© contre le dramaturge, a sollicitĂ© pour cette PsychĂ© II de 1678, Thomas Corneille et Fontenelle (pas de Quinault car il est en disgrĂące depuis le scandale d’Isis de 1677).
C’est un cas unique dans l’Ɠuvre lullyste : PsychĂ© concrĂ©tise et fixe une premiĂšre forme hybride et d’autant plus passionnante (entre thĂ©Ăątre, ballets, chant), et aussi le genre nouveau de la tragĂ©die en musique, voulue par le Surintendant de la musique, l’incontournable et unique Lully.

 

 

 

PsychĂ© « en machines », l’opĂ©ra du Roi

pshyche-amour-lully-UNE-582La partition fait avancer l’idĂ©e de la fusion entre intermĂšdes et parties vocales en liaison avec l’action thĂ©Ăątrale, pour une totalitĂ© organique plus cohĂ©rente, toutes les disciplines Ă©lucidant la marche du drame. Le sentiment de mosaĂŻque et d’assemblage s’efface ici. Aucun chant s’il ne fait pas progresser la piĂšce. En 1671, pressĂ© par Louis XIV, MoliĂšre fait appel Ă  Corneille pour les vers rĂ©citĂ©s ; et Quinault pour les vers chantĂ©s. L’idĂ©e du Roi sur le sujet a Ă©tĂ© « imposĂ©e » par sa volontĂ© de rĂ©utiliser les dĂ©cors des enfers, Ă©lĂ©ment marquant de l’opĂ©ra Ercole Amante (dĂ©but du V) du VĂ©nitien Cavalli, crĂ©Ă© en 1662, dans lequel le jeune Louis XIV, rĂ©cemment intronisĂ©, avait dansĂ© les intermĂšdes. Le Roi voulait aussi rĂ©utiliser la machinerie des Tuileries (oĂč le gĂ©nie de Vigarini s’était affirmĂ©). La jauge permettait aussi d’inviter en plus de la Cour, une partie du peuple de Paris, comme bon nombre de correspondants et visiteurs Ă©trangers, capables de tĂ©moigner de la splendeur louislequatorzienne.
PsychĂ© est une tragĂ©die en machines, ou « tragi-comĂ©die » avec ballet qui permet Ă  Vigarini de renouveler ses effets comme magicien ; le modĂšle avait Ă©tĂ© donnĂ© par Torelli pour l’Orfeo de Rossi en 1650. Corneille conçoit un drame en 6 parties, changeant de dĂ©cor pour chacune. Les intermĂšdes et ballets y sont dansĂ©s par des danseurs professionnels.
Les moyens sont spectaculaires : 10 flĂ»tistes (dont les membres Hotteterre) sont sur scĂšne (IntermĂšde I, plainte italienne) ; mĂȘme 91 instrumentistes « concertants » dans des nuages volant (machinerie rĂ©glĂ©e par Vigarini), pour le final, pour les Suites d’Apollon, Bacchus, Mome et Mars. L’orchestre est impressionnant : 40 violons, 9 trompettes, 3 flĂ»tes, 6 hautbois, 5 bassons, 1 sacqueboute, 1 timbalier, mais aussi pour le continuo : thĂ©orbes, luths, clavecins
 PsychĂ© synthĂ©tise les fĂȘtes de Cour tout en servant une unitĂ© dramatique nouvelle.

 

VERSAILLES : Psyché de MoliÚre et Lully (1671) à l'Opéra royal

L’Amour quitte PsychĂ© endormie (Picot, 1817 – DR)

5 intermĂšdes de Lully

Drame servant la propagande monarchique, le Prologue met en scĂšne flore qui loue les apports de Louis XIV, prince belliqueux, mais aussi pacifique ; dans les bois et les eaux, sylvains, fleuves, dryades, naĂŻades s’accordent et admirent le Roi-Soleil. VĂ©nus exhorte Amour Ă  faire chuter PsychĂ©, sa rivale ; le drame de MoliĂšre peut commencer, jalonnĂ©s par les 5 intermĂšdes composĂ©s par Lully ; ce dernier soigne l’équilibre entre chant et danse, avec un souci particulier pour le dernier tableau, majestueux et grandiose, conclusion en apogĂ©e comme se terminaient prĂ©cĂ©demment Georges Dandin, Les Amants magnifiques, le Bourgeois Gentilhomme : (IntermĂšde I, plainte italienne) PsychĂ© dans sa solitude ; (II : air de Vulcain, entrĂ©e des fĂ©es) les cyclopes construisent le riche palais d’Amour qui doit y dĂ©clarer sa flamme Ă  PsychĂ© ; III : L’amour inspire ZĂ©phyrs et amours ; IV : intermĂšde infernal (qui rĂ©utilise donc les machineries et dĂ©cors d’Ercole Amante) : PsychĂ© aux enfers oĂč dĂ©mons, lutins et furies, suscitĂ©s par VĂ©nus, la torturent ; enfin l’intermĂšde V qui triompher l’empire d’Apollon, de Mars, Mome et surtout Bacchus appelant Ă  la rĂ©jouissance pacifique, au bonheur que permet la guerre en apportant la paix. En filigrane, si Louis XIV guerroie partout en Europe, c’est pour diffuser la paix.
Lully_versailles_portraitPour Lully, le succĂšs est Ă©clatant ; aprĂšs la crĂ©ation de 1671, Ballard publie plusieurs airs sĂ©parĂ©s (« trĂšs galants »), sur les vers de Quinault ; il a rĂ©ussi Ă  imposer son gĂ©nie musical propre, tout en rĂ©ussissant la fusion de la musique et de l’action. A travers l’élĂ©gance de l’ouverture Ă  la française, la fameuse plainte italienne du I (avec trio dans le style ultramontain), les chansons cĂ©lĂ©brant la beautĂ© de la jeunesse contre l’affreuse vieillesse, Lully offre Ă  Louis XIV, la musique dont le Roi-Soleil avait rĂȘvĂ©.

Iconographie :
PsychĂ© et l’amour : A G Lanzirotti : HymĂ©nĂ©e de l’Amour et PsychĂ©
PsychĂ© et l’Amour : Baron GĂ©rard, 1798 (DR)
L’Amour et PsychĂ© par Canovas, 1793 (DR)
Psyché seule marchant : Paul-Alfred de Curzon
L’amour quitte PsychĂ© endormie par Picot, 1817

LIRE aussi notre DOSSIER CYCLE MOLIERE Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (janvier 2022)
http://www.classiquenews.com/cycle-moliere-au-chateau-de-versailles-des-le-4-janvier-2022/

 

 

VendĂ©e : William Christie joue l'Ă©ternelle comĂ©die de MoliĂšreVERSAILLES, OpĂ©ra royal. CYCLE MOLIERE – 400 ANS : 1622 – 2022. Le 15 janvier 2022 marque les 400 ans de la naissance de M le Magnifique : Jean-Baptiste Poquelin, nommĂ© MoliĂšre en hommage au musicien et danseur Louis de Mollier (mort en 1688) qu’il admirait. Le dramaturge redĂ©finit l’art thĂ©Ăątral et la comĂ©die pour Louis XIV Ă  Versailles, participant de prĂšs Ă  l’édification du mythe versaillais et donc de la propagande monarchique, Ă©levĂ© au rang d’art total. PrĂ©sentĂ© au Roi dĂšs 1658, MoliĂšre participe aux divertissements royaux, mĂȘlant enchantements spectaculaires et nature, oĂč le roi danse en 1664 pour le grand divertissement (Le mariage forcĂ©), oĂč il applaudit la crĂ©ation de Tartuffe dans les jardins. BientĂŽt MoliĂšre et Lully collaborent comme en tĂ©moignent les comĂ©dies-ballets dĂ©sormais emblĂ©matiques du raffinement versaillais : GEORGES DANDIN (1668), LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670), surtout PSYCHÉ, tragĂ©die-ballet de 1671 qui produit aussi leur rupture ; leur duo Ă©labore un genre nouveau expĂ©rimental entre thĂ©Ăątre, chant, danse
 prĂ©figurant le futur opĂ©ra Ă  la française, fixĂ© avec Cadmus en 1673. Mais du seul Lully, quand MoliĂšre avec Charpentier crĂ©e son Malade imaginaire, ultime piĂšce crĂ©Ă©e en 1673. Le ChĂąteau de Versailles propose Ă  partir du 4 janvier, un cycle MoliĂšre incontournable, Ă©voquant les jalons de sa carriĂšre gĂ©niale entre thĂ©Ăątre et musique. SĂ©lection par classiquenews.

 

 

La version jouĂ©e Ă  Versailles dim 30 janvier 2022, est celle tardive de 1678 – donnĂ©e prĂ©cĂ©demment Ă  Vienne (Autriche, Theater an der Wien, le jeudi 27 janvier 2022, 19h) :
https://www.lestalenslyriques.com/event/psyche/

 

Tragédie lyrique en un prologue et cinq actes, sur un livret de Thomas Corneille et Bernard Le Bovier de Fontenelle.
CrĂ©Ă©e le 19 avril 1678 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, Ă  Paris.

Ambroisine Bré : Psyché
DĂ©borah Cachet : Aglaure
Eugénie Lefebvre: Flore, Cidippe
Bénédicte Tauran : Vénus
Cyril Auvity : Amour
Robert Getchell : Mercure, Vertumne, Vulcain
Nicholas Scott : Apollon
Fabien Hyon : Palémon, SilÚne, Bacchus
Philippe EstĂšphe : Jupiter
Anas Seguin : Lycas, le Roi, Momus
Matthieu Heim : Mars

Les Talens Lyriques
Chr. Rousset, dir.