REPLAY. Les Épopées, Stéphane Fuget ressuscitent l’Orfeo de Monteverdi (été 2022)

REPLAY, Culturebox. MONTEVERDI : Orfeo, Les Épopées   -   En replay jusqu’au 23 juil 2023. A l’été 2022, Stéphane Fuget poursuit la Trilogie de Monteverdi avec Les Epopées ; et Valerio Contaldo dans le rôle d’Orfeo ainsi que de jeunes talents dont Gwendoline Blondeel, Eva Zaïcik et Marie Perbost dans les rôles d’Euridice, de la Messagère et de Proserpine.

fuget-stephane-les-epopees-orfeo-lully-Avec “L’Orfeo”, Monteverdi signe le premier grand chef d’œuvre de l’histoire de l’opéra (représenté au château ducal de Mantoue en 1607). Une pièce à la forme inédite, fusion parfaite entre théâtre et musique, où les madrigaux des bergers citent encore la Renaissance mais où la construction dramatique, développant une action désormais cohérente, porte, exprime, articule un drame passionnel. L’œuvre raconte avec poésie la plus célèbre histoire d’amour de la mythologie grecque : le poète et berger de Thrace, Orphée assiste démuni à la piqure fatale qui emporte sa bien-aimée Eurydice, aux enfers. Par amour, guidé par sa seule passion, l’amoureux endeuillé ose traverser le Styx, puis rejoindre le monde infernal, où règnent Pluton et son épouse Proserpine. La puissance de son chant émeut jusqu’aux pierres et Pluton accepte qu’Orphée ramène la défunte… C’était compter sans la fragilité humaine et le cœur immaîtrisé du poète pourtant capable de tous les dons artistiques… n’est-il pas la gloire immortelle du Pinde ? Mais Orphée est humain, trop humain et plus cruelle et barbare sera sa chute…

Pour le 40ème Festival International d’Opéra Baroque & Romantique de Beaune, Stéphane Fuget à la tête de son orchestre Les Epopées, offre une nouvelle lecture de l’Orfeo de Monteverdi. Souci du verbe et de la langue à la fois expressive et intelligible, délicatesse et violence aussi d’une parure instrumental taillée et pilotée selon les accents et les affects du chant, conception architecturale cohérente, mais aussi somptuosité des nuances chorales, … Stéphane Fuget a déjà réformé notre connaissance des Grands Motets de Lully ; il engage le même travail chez Monteverdi et interrogeant la forme même de ce « recitar cantando », style vocal propre aux premiers essais lyriques. Entre parole et chant, Monteverdi entend articuler, commenter, exprimer le souffle du texte : car pour lui la musique, instruments et chant sert l’action et le verbe… la musique est servante du texte. Stéphane Fuget conçoit la première langue lyrique de Monteverdi comme une ample déploration où perce toujours la lyre tragique, impuissante de l’homme dépossédé… Heureusement, tel le deux ex machina, Apollon (palpitant Cyril Auvity) reconnaît dans le héros qui a su pénétré aux enfers, son propre fils ; sa bienveillance protectrice sauve in extremis le poète et lui offre une apothéose inespérée, soit la vie immortelle.

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VOIR en streming / REPLAY L’Orfeo de MONTEVERDI par Stéphane Fuget / Les Épopées (été 2022, Beaune) sur France tv / Culturebox, jusqu’au 23 juillet 2023 : 
https://www.france.tv/spectacles-et-culture/opera-et-musique-classique/3710767-l-orfeo-de-monteverdi-au-festival-international-de-l-opera-baroque-romantique-de-beaune.html

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Distribution :

Stéphane Fuget direction
Chœur et Orchestre Les Épopées

Valerio Contaldo : Orfeo
Gwendoline Blondeel : Euridice, La Musica
Eva Zaïcik : Messagiera, Speranza
Marie Perbost : Proserpina / Ninfa
Luigi De Donato : Caronte / Spirito
Luc Bertin-Hugault : Plutone / Pastore / Spirito
Cyril Auvity : Apollo / Spirito
Paul Figuier : Pastore / Spirito
Vlad Crosman : Pastore / Spirito / Eco

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Il-Ritorno-d-Ulisse-In-Patria epopees fuget critique cd review classiquenewsLIRE aussi notre critique du cd Il Ritorno d’ULISSE in patria (Versailles, 2019) de Claudio Monteverdi, par Les Épopées et Stéphane Fuget : Révélés à l’église (dans une lecture dramatique et articulée des Grands Motets de Lully / cycle superlatif en cours à Versailles), les musiciens des Épopées représentent actuellement un collectif homogène, particulièrement engagé, d’une somptueuse expressivité – Esprit affûté et fédérateur, Stéphane Fuget aborde désormais l’opéra : son approche cible et interroge le cœur même du chant montéverdien, ce « recitar cantando » qui articulant une action ne peut qu’être déclamatoire et oratoire. Il convient de trouver la voie juste qui laisse à l’intelligibilité du chant, sa capacité à être audible et compris des auditeurs / spectateurs. C’est un travail spécifique sur le récitatif : la voix articule et déclame le texte sur une ligne instrumentale [basse continue] réduite à l’essentiel, pour ne pas couvrir tel « recitar », mais souligner et renforcer son expressivité.
Il en ressort une diversité d’accents et de nuances dans la réalisation de cette mélopée chantante qui aiguise la caractérisation des personnages, qui clarifie les situations. Ce dans une diversité de tons et d’intentions d’autant plus opportune que Monteverdi a su multiplier et croiser les différents registres : comique, héroïque, tragique, sentimental…

 

 

 

 

grands motets_Lully stephane fuget epopees critique classiquenewsLIRE aussi CRITIQUE, CD événement. LULLY : Grands Motets VOL.1 (Les Epopées, Stéphane Fuget, 1 CD Château de Versailles Spectacles, 2020)  –   UN SOMPTUEUX THÉÂTRE DE LA MORT”… Face au manuscrit du XVIIè, si fragmentaires pour l’interprète actuel, – comment restituer ici nuances, instrumentation, ornements, coups d’archet, tempos…?, autant d’éléments qui manquent sur les manuscrits de Lully. Stéphane Fuget se pose les bonnes questions et trouve les options justes pour la réalisation de ses Grands Motets dont voici le volume 1, « pour le temps de pénitence ». Battements, tremblements, martèlements… sont quelques uns des effets inventoriés, possibles, avérés sur le plan historique, que le chef des Epopées connaît et use avec une grande finesse et un à propos souvent fulgurant, .. soit un discernement qui dévoile combien il connaît le répertoire et les sources d’informations historiques (de Muffat à Bacilly… dont les noms émaillent la trop courte introduction qu’il a rédigé en intro au livret). En maître des ornements, le chef nous offre de (re)découvrir la ferveur de Lully, le reconsidérer comme alchimiste et orfèvre, ici grand dramaturge de la déploration lacrymale où perce le relief des mots. Le grand amuseur du Roi sait aussi faire pleurer la Cour. C’est manifestement le cas pour le Dies Irae et le De Profundis joués en 1683 à Saint-Denis pour les funérailles de la reine Marie-Thérèse. Lully y déverse des torrents de scintillements recueillis, bouleversant la tradition musicale où l’on connaît aussi Robert, Dumont, Lalande, Desmarets…

 

 

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