jeudi, décembre 8, 2022

Puteaux. Palais de la Culture, le 14 décembre 2010. Masterclasse June Anderson. Jeff Cohen, piano

A ne pas rater
Maestra di musica

A Puteaux pour cette troisième édition des Rencontres Musicales dédiées à Bellini, June Anderson fait profiter trois chanteurs de son expérience et de sa connaissance du bel canto.
Arrivée dans la précipitation et passablement agacée, la cantatrice se révèle peu à peu, pour se donner pleinement et passionnément aux trois jeunes venus recueillir ses conseils.
La première à monter sur scène, la soprano Barbara Assouline, se lance, malgré une laryngite, dans « Regnava nel silenzio » de Lucia di Lammermmor de Donizetti, l’un des plus grands rôles de la diva américaine. Le timbre est beau, l’instrument puissant et corsé, de belles promesses. Mais l’agilité manque quelque peu de souplesse et le legato, de continuité.
Sans détour, la maestra lui annonce, comme un couperet, que sa technique est à revoir. Et elle joint le geste à la parole, lui prodiguant des conseils simples et d’une efficacité redoutable, allant jusqu’à lui prêter son miroir de poche pour l’aider à se rendre compte de certains défauts. La jeune chanteuse ouvre trop la bouche, empêchant la voix de trouver la place haute : qu’elle en réduise l’ouverture et remonte ses pommettes. Elle articule son texte avec la mâchoire, déplaçant la voix à chaque syllabe et empêchant le legato de se déployer : qu’elle prononce ses paroles en ouvrant à peine la bouche et sans bouger la mâchoire, laissant la langue dire les voyelles et les consonnes.
Quelques phrases chantées en moïto, bouche fermée, forçant le son à monter dans la tête, et la voix se met à flotter, aérienne et argentine, perdant de sa lourdeur et gagnant en luminosité et en jeunesse. Un miracle ? Simplement l’application d’une technique saine, toute en clarté et en hauteur d’émission.
Le ténor qui lui succède, Florian Cafiero, victime lui aussi d’une laryngite, se mesure à une pièce ardue du répertoire, « Forse la soglia » extrait du Ballo in Maschera de Verdi. La voix est superbe, mais sonne quelque peu engorgée, sinon truquée pour trouver une couleur plus dramatique. June Anderson, à l’oreille tellement affinée et habituée à la clarté du son, met immédiatement le doigt sur cet aspect de la vocalité du jeune homme. En lui faisant ouvrir davantage ses voyelles, elle lui permet de gagner en lumière et en éclat.
Défaut récurrent, que la maestra aura à cœur de corriger : un legato haché par des voyelles parasites entre les consonnes, empêchant les mots d’être dits dans leur continuité, ainsi que le faisait parfois Luciano Pavarotti, dont le jeune ténor semble audiblement s’inspirer, tant dans les nuances que dans les inflexions et les couleurs vocales. D’une exigence sans faille, June Anderson ne laisse rien passer, s’arrêtant sur chaque syllabe, jusqu’à parvenir à un legato enfin déroulé et des mots prononcé dans toute leur force. Un travail de titan, mais qui porte ses fruits.
Troisième élève de cette masterclasse, la mezzo-soprano russe Mariam Sarkissian fait montre d’un métier déjà assuré avec le célèbre « Parto, parto » extrait de la Clemenza di Tito mozartienne. La voix est pleine, mature, d’une couleur magnifique, l’agilité excellente, et l’interprète éblouit par ses talents de tragédienne, par sa présence scénique dégageant une émotion poignante. June Anderson pointe néanmoins un défaut : la couleur semble artificiellement sombrée, légèrement tout du moins.
Comme avec la jeune soprano précédente, la diva américaine lui fait réduire l’ouverture de la bouche et hausser les pommettes, et lui fait travailler quelques phrases en moïto. Même cause, même effet : la voix gagne soudainement en jeunesse et en luminosité. Autre petit défaut à corriger : une langue qui a tendance à boucher quelque peu l’arrière de la bouche, empêchant le son de trouver sa plénitude, notamment dans l’aigu. La maestra lui fait avancer la langue et la poser sur les lèvres, dégageant ainsi le fond, et, d’un seul coup, le son trouve son passage et l’aigu atteint sa place, sans effort. Simple question de technique.
Ne voulant pas s’arrêter là, la jeune mezzo se lance dans le rondo de la Cenerentola de Rossini, « Nacqui all’affanno », superbement chanté jusque dans les terribles vocalises finales, d’une grande précision et d’une belle audace dans les ornementations, parfaitement exécutées. De plus, cet air lui permet de trouver plus facilement une couleur claire et une finesse dans l’émission, précisément ce que June Anderson recherchait avec elle. Assurément un nom à suivre.
Trois jeunes chanteurs, trois leçons de technique démontrant le talent de pédagogue de June Anderson, la précision de son oreille et son art pour remettre les voix dans le droit chemin. Une grande maestra di canto, incontestablement.

Puteaux. Palais de la Culture, 14 décembre 2010. Masterclasse June Anderson. Participants : Barbara Assouline, soprano ; Florian Cafiero, ténor ; Mariam Sarkissian, mezzo-soprano. Piano : Jeff Cohen

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