MIKKO FRANCK dirige ZARATHOUSTRA (direct)

Richard Strauss, un "génie contesté"France Musique. Ven 16 sept 2022, 20h. Direct. ZARATHOUSTRA. Philh Radio France. Le fabuleux Lever du jour du poème que Richard Strauss dédie au Zarathoustra de Nietzche, continue de marquer les esprits cinéphiles, amateurs de science fiction, ceux qui se souviennent entre autres du non moins légendaire film de Kubrick, « 2001 l’Odyssée de l’espace ». On ne peut plus guère écarter de l’écoute de la partition, le souvenir impérissable que laissent les images du réalisateur, associées à l’exceptionnel délire orchestral de Strauss. Le portique édifiant et vertigineux fait reculer les frontières et les limites suggestives de l’orchestre : un acte violent aussi, et conquérant, par lequel le jeune symphoniste, qui prolonge ainsi la tradition du poème symphonique hérité de Liszt, au delà d’un accomplissement formel. Dans Zarathoustra, le Richard Strauss trentenaire, montre une maturité musicale saisissante qui annonce l’immense auteur d’opéras à venir. Ceux du XXème siècle.
Zarathoustra opus 30
Terminé fin août 1896, le poème symphonique « Ainsi parlait Zarathoustra » est créé en novembre de la même année sous la direction de l’auteur. Le plan de Strauss n’est pas une traduction musicale scrupuleuse de la pensée de Nietzsche, mais plutôt l’évocation de la destinée humaine, des origines au Surhomme, en une vision synthétique, positive voire superlative, défendue par le philosophe ami de Wagner. A l’incantation dynamique de l’écrivain, “nous avons trop longtemps rêvé, nous voulons devenir des rêveurs éveillés et conscients”… le compositeur répond en un geste ambitieux qui est aussi une déclaration esthétique pleinement assumée.
Il s’agit bien d’un éveil voire d’un sursaut qui passe ainsi par la musique. Rien de plus stimulant pour un jeune compositeur alors âgé de 32 ans qui se voit manifestement héros de sa propre partition. Cet appel à une hyperconscience est d’abord inscrit dans les effectifs : l’orchestre y est particulièrement étoffé (bois par quatre, cors par 6, associés à 4 trompettes, 3 trombones, 2 tubas basses, 2 harpe, 1 orgue… entre autres!).

MUSIQUE DU SURHOMME… 
Fidèle Ă  l’idĂ©e d’un dĂ©veloppement proche de la pensĂ©e philosophique, Strauss fait se succĂ©der 8 sections, chacune intitulĂ©e minutieusement: l’ouverture est un portique solennel et grandiose, signe annonciateur de la conscience ciblĂ©e dès le dĂ©part; au coeur de ce magma qui prend forme, se prĂ©cise l’antagonisme entre l’ut majeur symbolisant la Nature mystĂ©rieuse, envoĂ»tante et impĂ©nĂ©trable (4 trompettes :- ce qu’exprime aussi Gustav Mahler dans ses propres symphonies contemporaines), et le si mineur qui incarne l’esprit humain, interrogatif, provocateur, critique, agent de la pensĂ©e active: l’homme s’interroge sur le sens d’une vie, l’issue mortelle de sa condition terrestre.
Au sommet de ses doutes et de ses angoisses (7), le hĂ©ros qui s’est constituĂ© ainsi en Surhomme se dĂ©livre des passions et des dĂ©sirs, se fond dans la ronde de l’univers (danse salvatrice, Ă  la fois sensuelle et structurante).
Si, dans le dernier Ă©pisode (8: le chant du voyageur dans la nuit), le hĂ©ros aspire dans un Ă©lan de sublimation, jusqu’à l’éternitĂ©, Strauss ajoute aussi une note trouble: il colore in fine les derniers accords du souvenir de la nature par des accords dissonants, irrĂ©solus… le doute n’est jamais Ă©teint dans le coeur de l’homme, eĂ»t-il ambitionnĂ© devenir ce Surhomme proclamĂ© par Nietzsche.
Comme pour Wagner, l’aspiration au dépassement du moi défendu par Nietschze, ne pouvait que stimuler l’ego créateur si débordant de Richard Strauss, l’un des créateurs symphonistes les plus novateurs de son temps, le plus grand démiurge symphoniste avec le déjà cité Gustav Mahler pour l’orchestre…
Outre l’ampleur et la modernité de son développement formel, l’opus 30 straussien est l’un des manifestes musicaux les plus aboutis dans la carrière du musicien. Zarathoustra amorce la production orchestrale du maître bavarois en particulier les œuvres maîtresses : Une vie de héros (1899) puis la Symphonie alpestre (1915). Mais alors, doué d’une autre conscience et d’une pensée qui n’a jamais affaibli son exigence, le compositeur avait franchi le cap du XXè siècle. Strauss, armé d’une langue classique, est un moderne. Avec Sibelius, Mahler, Ravel, le plus grand symphoniste de la première moitié du XXè.

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CONCERT, en direct de l’Auditorium de la Maison de la Radio et de lalogo_france_musique_DETOURE
Musique à Paris «Concert d’ouverture de la saison 2022 / 2023»

 

 

 

Gabriel Fauré : Caligula, Suite op 52

 

 

 


Mason Bates : Concerto pour piano et orchestre
Daniil Trifonov, piano

 

 

 



Marcelle Soulage : 
Légende op 13
Magali Mosnier, flûte
Olivier Doise, hautbois
Nicolas Tulliez, harpe

 

 

 

Richard Strauss : Also sprach Zarathustra
(Ainsi parlait Zarathoustra) op 30 TrV 176

Orchestre Philharmonique de Radio France
Mikko Franck, direction

 

 

 

 

 

 

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