LIVRE événement, critique. Jean-Philippe Biojout : Léo Delibes (Bleu Nuit éditeur)

biojout leo delibes critique livre classiquenewsLIVRE événement, critique. Jean-Philippe Biojout : Léo Delibes (Bleu Nuit éditeur). Proche de son sujet, dévoilant la bonhommie et aussi les incertitudes du créateur, Jean-Philippe Biojout brosse un portrait très attachant du compositeur Léo Delibes (1836 – 1891)dont l‘élégance et le raffinement égalent sa discrétion, sa nature modeste. Affublé à tort d’une « paresse crasse » (diffusée par ses détracteurs jaloux), le musicien distille ses premiers prodiges dans le genre comique puis au service du ballet : Coppelia, Sylvia, surtout La Source, récemment remontée à l’Opéra de Paris, qui indique dès les débuts, une imagination magicienne, naturellement portée vers l’élégance, le scintillement mélodique, l’orchestration subtile.
Le texte précise la formation du jeune Delibes (auprès d’Adam), comme accompagnateur au Théâtre-Lyrique, boulevard du Crime (du Temple), bientôt auteur comme Offenbach, de pièces bouffonnes et délirantes pour les Folies-Nouvelles (dès 1856 avec Deux sous de charbon), pour les Champs-Elysées (Les deux vieilles gardes), surtout l’Omelette à la Follembûche, folie bouffe d’après Labiche où perce l’éclat des chœurs (entre autres), Monsieur de Bonne étoile (1857, pour les Bouffes-Parisiens), le Jardinier et son seigneur (1863)…, le délirant et loufoque Serpent à plumes (1864) ou Le boeuf Apis (bouffonnerie égyptianisante d’avril 1865)… autant de partitions qui affûtent le génie à venir… celui qui rejoint l’Opéra de Paris dont Delibes devient second chef des choeurs en mai 1863.
Dans la place, remarqué par le directeur Emile Perrin, Delibes est invité à travailler la musique des ballets, tout en détectant ce qui fait la réussite des opéras à l’affiche (L’Africaine de Meyerbeer créée en 1865). Le génie de Delibes se dévoile très vite dans la musique pour La Source (nov 1866), à laquelle succède les couleurs de Coppelia (mai 1870)…
CLIC D'OR macaron 200La biographie suit pas à pas chaque création, avec commentaire des partitions clés ; « mou », « paresseux », Delibes est pourtant capable d’une énergie admirable ; une ambition aussi qui cible sans sourciller le grand genre, l’opéra. Les étapes suivent un cheminement tortueux qui passe par l’Opéra-Comqiue (Le Roi l’a dit, créé salle Favart en mai 1873), puis le ballet Sylvia (et sa pureté toute hellénique (juin 1876), auquel succède la cantate La Mort d’Orphée (fev 1877). Avant le chef d’œuvre qui demeure Lakmé, Delibes régale encore la scène du Théâtre de la Gaîté, avec Jean de Nivelle (mars 1880) dont l’immense succès annonce celui de Lakmé (créé en avril 1883 à l’Opéra-Comique); un dernier ouvrage Kassya sera créé postmortem en mars 1893 (dans l’orchestration de Massenet). Delibes était mort depuis 2 ans (1891 à 54 ans), ne survivant à son ami Offenbach que de 10 ans…
Le texte précise le talent de Delibes pour des genres très variés : bouffonneries, ballets, opéras, mélodies, messes aussi… Sa maîtrise autant des couleurs de l’orchestre que de la prosodie française. Admiré de Berlioz et de Tchaikovski, Léo Delibes méritait absolument ce texte biographique à l’iconographie fouillée et vivante, augmenté d’un tableau synoptique, d’une bibliographie, d’une discographie sélective. Lecture idéale pour l’été 2021.

LIVRE événement, critique. Jean-Philippe Biojout : Léo DelibesBleu nuit éditeur, collection Horizons – Parution : juin 2021 – ISBN 978 2 35884 – 176 p. Prix indicatif : 20 €

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