JOR, JEUNE ORCHESTRE RAMEAU. Entretien avec la musicologue spécialiste de Rameau, Sylvie Bouissou

BOUISSOU SYlvie RAMEAU portrait concert critique Jean Philippe Rameau JOR Jeune Orchestre RameauJOR, JEUNE ORCHESTRE RAMEAU. Entretien avec la musicologue spécialiste de Rameau, Sylvie Bouissou à l’occasion de la création du Jeune Orchestre Rameau. Aux côtés du chef Bruno Procopio qui a fondé l’orchestre, Sylvie Bouissou apporte sa connaissance de Rameau, permettant aux jeunes instrumentistes choisis et embarqués dans l’aventure de se familiariser avec l’une des écritures baroques les plus fascinantes et les plus exigeantes. D’autant plus que l’orchestre, comme une phalange laboratoire qui ne s’interdit aucune limite, est ainsi amené à jouer des partitions inédites et des programmes spécialement conçus pour lui : prochaine session les 30 et 31 octobre 2021 à Mazan (Vaucluse) où le public pourra écouter le premier programme symphonique défendu par les quelques 50 jeunes instrumentistes prêts à relever tous les défis. Car pour l’instrumentiste, il n’existe pas de musique aussi difficile que celle du Dijonais : une expérience formatrice particulièrement riche dans l’acquisition du métier… Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS

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CLASSIQUENEWS : Sur le plan scientifique et de la recherche, qu’apporte la création du JOR ?

SYLVIE BOUISSOU : Sur le plan purement scientifique, la création du JOR pourrait permettre de « tester » des séquences non encore jouées. Il existe beaucoup de repentirs dans les sources ramistes pour lesquels il n’est pas toujours aisé de savoir si elles sonnent bien. Il reste que sur le plan historique, ce sont des éléments précieux.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment avez vous conçu la sélection des œuvres de Rameau pour la session 1 du JOR, en octobre prochain ?

SYLVIE BOUISSOU : Bruno m’avait demandé d’envisager quatre programmes symphoniques qui puissent afficher une cohérence entre eux, qui respectent un équilibre d’effectif et qui incluent des séquences inédites. Un vrai challenge !
Le premier programme (NDLR : qui sera créé à Mazan les 30 et 31 octobre 2021), « Guerre et paix », est basé sur l’opposition de deux conceptions de la vie, avec une victoire de la paix, évidemment. C’est pourquoi j’ai choisi l’ouverture de Naïs, « opéra pour la paix » comme première séquence et la chaconne finale de ce même opéra (comme dernière séquence).
La guerre est éminemment présente dans l’œuvre lyrique de Rameau tout autant que les séquences pacifiques ou de réconciliation. Il n’y avait que l’embarras du choix, réduit néanmoins par des aspects techniques, tonalités, effectifs, contrastes nécessaires, etc.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi pensez-vous que jouer Rameau est particulièrement formateur pour l’instrumentiste ?

RAMEAU-jean-philippe-portrait-concert-critique-classiquenews-JEUNE-ORCHESTRE-RAMEAU-carre-grand-formatSYLVIE BOUISSOU : Formateur pour les instrumentistes à l’évidence, tous les chefs le disent. D’abord parce que techniquement, sa musique est difficile et qu’il faut donc travailler sa partie très sérieusement. Ensuite pour aborder les aspects stylistiques des agréments, du phrasé et des notes inégales, propres à la musique française. Enfin parce que Rameau pousse les instruments au-delà de leurs possibilités (tessiture notamment pour les hautbois et mêmes les basses). Cela suppose des aménagements, des décisions éditoriales, mais aussi des réflexions communes entre musicologues et musiciens.
Un symphoniste de l’orchestre de l’Opéra de Paris, à l’époque de Rameau, s’était plaint du fait qu’il n’avait pas même le temps d’éternuer quand il jouait du Rameau !

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi l’expérience du JOR permet-elle de mieux comprendre l’orchestre de Rameau ?

SYLVIE BOUISSOU : Pour les jeunes, il s’agit d’une formation essentielle (c’est le but de Bruno), préliminaire à leur intégration dans un orchestre, moderne ou baroque. Ils auront eu un éventail large et précis des problèmes soulevés par ce répertoire. Ils auront surtout, du moins nous l’espérons, l’envie de jouer et rejouer du Rameau.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelles sont les oeuvres inédites dévoilées par le JOR ? Quel en est l’intérêt ?

SYLVIE BOUISSOU : Dans « Guerre et paix », il y a plusieurs séquences inédites tirées des secondes versions des œuvres (Hippolyte, Dardanus, Castor) ou d’œuvres que nous avons révélées comme Zéphyr. Il y a aussi des pièces tirées des « Compléments », je m’explique.
La politique des Opera omnia, que je dirige, consiste à publier chacune des versions d’une œuvre car Rameau a effectivement beaucoup remanié ses opéras. Pour certains titres, deux versions sont clairement identifiées (Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre) ; dans ce cas, nous publions deux volumes distinctes. Pour d’autres, Rameau a écrit plusieurs versions d’une séquence. Nous les plaçons alors en fin de volume dans ce que nous appelons des « Compléments ». Il y a donc de la matière.
Or ces compléments sont parfois laissés pour compte (de moins en moins d’ailleurs), car naturellement, ils sont tous intéressants et piquent la curiosité des chefs. Or, dans le cadre d’une production, le chef doit rester cohérent et « choisir ». L’un des intérêts du JOR est donc de pouvoir jouer ses compléments ou doubles versions.
À noter que nous avons préparé pour cette session du JOR, l’édition de Zéphyr, ouvrage inédit du vivant de Rameau.

 

 

 

Propos recueillis en juin 2021

 

 

 

JOR Jeune Orchestre Rameau Bruno Proocopio annonce critique concert académieLIRE notre entretien avec Bruno Procopio : pourquoi créer en mai 2021 un nouvel orchestre de jeunes instrumentistes totalement dédié à la musique de Rameau ? Enjeu et prochain rv à Mazan en octobre 2021

 

BRUNO PROCOPIO : maestro transatlantique !BRUNO PROCOPIO : La musique de Rameau reste encore à découvrir, plusieurs ouvrages sont encore à éditer ! Nous n’avons pas encore mesuré tout son génie. La musique instrumentale de Rameau, plus particulièrement les suites de danses au sein des opéras, représentent à elles seules un monument, une des plus belles et complexes œuvres pour orchestre du 18ème siècle. Les aborder au sein d’un orchestre constitué par des jeunes musiciens sera un grand défi mais aussi une excellente et rare opportunité. Nous allons proposer un orchestre à très grand effectif, soit 50 instrumentistes.
Le pupitre de violon sera formé par 16 instrumentistes, un nombre plutôt conséquent pour un orchestre sur instruments d’époque. La virtuosité des œuvres (ouvertures, chaconnes, …) constitue un défi à soulever collectivement, d’autant plus que chaque pupitre d’instruments à vents regroupe 4 musiciens (flûte, hautbois, basson), ces instruments doublent régulièrement d’autres parties. La justesse et la coloration des ces pupitres fusionnés seront partie intégrante de notre travail. LIRE notre entretien complet ICI

 

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