ENTRETIEN avec Fannie Vernaz : le Festival MUSICANCY 2022

MUSICANCY-facade-noireENTRETIEN avec Fannie Vernaz : le Festival MUSICANCY 2022. Faire chanter la langue française, interroger toujours la question de l’interprétation historique, le Festival Musicancy sous l’impulsion de Fannie Vernaz réactive la magie du Baroque et de la musique ancienne, comme la réflexion que sa réalisation suscite. Le château et le parc d’Ancy-le-Franc offrent un écrin inspirant : « Batailles, grotesques, scènes bibliques ou mythologiques, motif floral ou bucolique »… tout fait sens et suscite un questionnement, une filiation esthétique, un nouvel imaginaire sonore incarné par le geste des artistes conviés que souhaite cultiver la nouvelle directrice du Festival. En 2023, l’année des 20 ans de Musicancy, de nouvelle perspectives s’apprêtent à voir le jour marquant un jalon décisif dans l’histoire de l’événement… Grand entretien avec Fannie Vernaz, présidente de Musicancy.
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CLASSIQUENEWS : Selon quels critères avez-vous sélectionné les artistes et ensembles invités cette année ?
FANNIE VERNAZ : J’ai rĂ©uni des musiciens impliquĂ©s dans l’interprĂ©tation d’un mĂŞme rĂ©pertoire, celui de la musique ancienne et baroque principalement, et extrĂŞmement motivĂ©s par les questions de style, de couleurs instrumentales et de langue. Ils sont tous attachĂ©s Ă  faire chanter cette langue aussi bien Ă  travers leurs instruments qu’Ă  travers leurs voix. C’est pour cette raison que les voix tiennent une place importante dans la programmation cette annĂ©e, la musique du Grand Siècle n’Ă©tant pas dissociable de l’art vocal.
En ouvrant le festival avec l’Ensemble Correspondances, un partenaire de longue date en ce qui me concerne, je voulais aussi affirmer l’identitĂ© du festival, avec un ensemble emblĂ©matique de ces questions de style et impliquĂ© dans une recherche permanente sur le son, les Ĺ“uvres, les traitĂ©s et la mise en Ĺ“uvre de ce rĂ©pertoire sans jamais baisser la garde. Mais les ensembles ou artistes qui rejoignent la programmation sont tout autant passionnĂ©s par ces questions, chacun travaillant de façon très pointue sur les ressorts expressifs d’une pĂ©riode de l’histoire de la musique qui ne cesse d’interroger les conditions de son interprĂ©tation « historiquement informĂ©e ».

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle forme / format de concerts / de spectacles, privilégiez-vous ? Dans quel but ?
FANNIE VERNAZ : En passant du spectacle mis en espace Ă  un rĂ©cital pour voix et clavecin ou d’un ensemble de musique mĂ©diĂ©vale Ă  une troupe de bardes spĂ©cialisĂ©e dans la musique traditionnelle des pays gaĂ©liques, j’ai voulu accueillir des formations diverses, chacune ayant sa propre histoire Ă  raconter, un Ă©clairage Ă  donner sur ce rĂ©pertoire ancien, dotĂ© de multiples facettes.
Ma volonté est d’organiser une dynamique collective sous-tendue par une thématique qui puisse construire des liens entre chaque spectacle. La virtuosité extrêmement ludique et jubilatoire d’un Justin Taylor dans un programme Rameau aura des échos particuliers avec la musique de théâtre de Molière et Charpentier. Le programme italien concocté par Paolo Zanzu établira des correspondances avec le programme des musiques traditionnelles d’Ecosse et d’Irlande, l’Italie, terre d’apprentissage, ayant nourri les musiciens européens tout au long du XVIIIe siècle, dans un rapport d’imitation et d’enrichissement réciproques.

 

 

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CLASSIQUENEWS : Comment les concerts interagissent-ils avec le lieu patrimonial ?
FANNIE VERNAZ : Le château d’Ancy-le-Franc est un lieu remarquable qui témoigne d’un art de vivre inspiré de la Cour de France « italianisée », et soigneusement organisé entre espace privé et espace public : sa cour intérieure, son étage noble, ses galeries, sa salle des gardes, ses chambres, sa chapelle. Les décorations exceptionnelles des maîtres flamands, italiens ou bourguignons des XVIe et XVIIe siècles en plus des dépendances, du parc et le canal tout proche, donnent une apparence royale au lieu et témoigne aussi d’un art de la villégiature extraordinaire.
La restauration exemplaire menée par Paris Investir SAS a permis de révéler des fresques originales, de retrouver l’empreinte du style Renaissance que plusieurs générations avaient masquées. Et chaque année nous avons la chance de découvrir de nouveaux éléments restaurés.
Visiter le château a toujours été un moment surprenant, mais le revoir régulièrement depuis que j’ai repris la programmation de Musicancy est extrêmement inspirant. C’est pourquoi nous travaillons ensemble, le château et Musicancy, pour imaginer des parcours en musique y compris lors des visites. Les chambres de Diane, de Judith ou de Psyché, les galeries de Médée ou des Sacrifices, ou encore le salon Louvois sont éloquents à plus d’un titre et nourrissent toutes sortes de correspondances avec la musique, notamment celle qui a pu résonner dans ces lieux au moment de la construction, ou bien plus tard à l’époque du Grand Siècle ou à celle du siècle des Lumières. Batailles, grotesques, scènes bibliques ou mythologiques, motif floral ou bucolique évoquent des possibilités infinies de répertoire puisées notamment chez les compositeurs de l’époque baroque, passionnés d’art antique et fascinés par l’Italie.
C’est aussi l’un de nos projets que de mener des parcours croisés avec les artistes invités par Musicancy pour qu’ils puissent partager leurs coups de cœurs à travers les salles du château. Aujourd’hui, plusieurs musées le font déjà, comme par exemple à Caen ou à Dijon : une visite guidée par le château avec la présence de l’artiste donnera un éclairage nouveau sur notre patrimoine, une autre façon de le voir, enrichie des multiples échos qu’il produit chez l’artiste.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle expĂ©rience souhaitez-vous que le festivalier vive au Château d’Ancy-le-Franc Ă  l’occasion de sa venue pendant le Festival ?
FANNIE VERNAZ : J’apprĂ©cie particulièrement un concert lorsqu’il raconte une histoire, qu’il nous emmène dans un univers tout autre et qu’il fait travailler notre imaginaire. Pour cela, il est bien sĂ»r question de donner des clĂ©s d’écoute : les artistes sur scène peuvent le faire et les moyens mis en place Ă  travers les rencontres après le concert y contribuent beaucoup. Le programme avec lequel le spectateur repart est aussi un outil indispensable. Le disquaire prĂ©sent après le concert contribue lui aussi Ă  la diffusion d’un patrimoine musical Ă  travers l’objet disque. Le lien entre artistes et public se noue dans ces moments-lĂ , la rencontre prolonge le concert d’une manière ou d’une autre et casse la barrière de la scène.
Mais je souhaite aussi partager ma vision d’un répertoire avec des artistes qui me semblent les plus à même de le représenter ou de le défendre, et qui trouvent les moyens de le transmettre non seulement à un public mélomane, mais aussi aux générations d’aujourd’hui sollicitées par nombre de cultures et des plus diverses. Si le spectateur repart enrichi d’une expérience nouvelle et qu’il a pris du plaisir à découvrir de nouveaux artistes, un nouveau répertoire, ou même une manière de jouer différente de ce qu’il connaissait jusque-là, c’est gagné !

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelques annonces pour l’annĂ©e prochaine, celle des 20 ans du Festival Musicancy ?
FANNIE VERNAZ : Je travaille actuellement sur l’année 2023 qui s’annonce déjà très dense et qui demandera des moyens supplémentaires si nous voulons mettre en œuvre la programmation envisagée. Les 20 ans seront l’occasion de mêler les répertoires. Je peux déjà annoncer qu’en partenariat avec la Fondation Royaumont, nous devrions accueillir un opéra mis en scène et que la thématique sera celle de « la nuit ». La nuit comme source d’inspiration inépuisable, comme lieu de magie, de conte, de symbole et de métamorphose aussi… Une thématique non corsetée, qui donnera le ton du festival et s’ouvrira là encore à des relations multiples entre les différents répertoires, le baroque restant le point de pivot principal.
L’ambition première est de rechercher l’adéquation idéale entre le château d’Ancy-le-Franc et le programme, de maintenir un équilibre entre des œuvres connues et d’autres à redécouvrir ou découvrir par la création, d’assurer un équilibre entre des artistes connus en France et à l’international (y compris ceux de la région Bourgogne-Franche-Comté) et des jeunes talents. C’est avant tout l’exigence qualitative qui primera et permettra par ailleurs d’engager des actions d’éducation artistique avec les acteurs locaux et d’autres partenaires à l’échelle régionale ou nationale.

Propos recueillis en juin 2022

 

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LIRE ici notre présentation du Festival MUSICANCY, du 25 juin au 11 septembre 2022 :
http://www.classiquenews.com/ancy-le-franc-19e-festival-musicancy-25-juin-11-sept-2022/

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