CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 3 déc 2021. Jacques OFFENBACH : La Vie parisienne (version originale en 5 actes, 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas.

CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 3 déc 2021. Jacques OFFENBACH : La Vie parisienne (version originale en 5 actes, 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas. Après Rouen en novembre (et avant le Théâtre des Champs-Elysées pour les fêtes de fin d’années), c’est le public de l’Opéra de Tours qui avait la chance de découvrir cette nouvelle version de La Vie parisienne de Jacques Offenbach (en 5 actes) mise en images par rien moins que le couturier star Christian Lacroix (qui signe là sa première mise en scène lyrique). C’est à l’indispensable Palazetto Bru Zane que l’on doit cette nouvelle mouture qui se veut au plus près de la version originale de 1866, et qui ne comporte pas moins de 16 numéros inédits, dont il faudra citer l’inénarrable scène dans laquelle une armada de bottiers germaniques opposée aux gantières marseillaises réclamant de la bouillabaisse (!), le trio militaire du III, ou encore cette apparition du Commandeur de Don Giovanni au dernier acte…

 

 

 

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On pouvait compter sur Christian Lacroix, et son goût très sûr, pour ne pas tomber dans le panneau de la caricature et de la vulgarité dont sont parfois affligées les lectures des ouvrages du petit Mozart des Champs-Elysées. Ici tout brille et scintille dans une joie non feinte, et une débauche de couleurs à travers des costumes aussi bariolés et inventifs les uns que les autres. Il s’est également lui-même chargé de la scénographie qui, avec ses échafaudages, renvoie à la fois au Paris de l’époque avec la transformation de la Capitale par le Baron Haussmann qu’à celui d’aujourd’hui où les restaurations et constructions sont légion. La direction d’acteurs, enfin, s’avère millimétrée ; elle fourmille d’idées cocasses, de numéros de music-hall aussi ébouriffants les uns que les autres, et l’on ne voit absolument pas passer les 3h30 que dure la soirée !

L’équipe vocale réunie à Tours est (quasiment) entièrement renouvelée par rapport à celle de Rouen, et n’offre que des motifs de satisfaction. Dans le rôle de la gantière Gabrielle, la soprano wallonne Jodie Devos offre au personnage toute son espièglerie naturelle, en plus de son timbre superbe de fraîcheur et ses aigus aussi lumineux qu’aériens. Dommage que la version retenue (c’est le seul bémol que nous trouverons à cette mouture) écourte les parties chantées par le personnage de Métella car la mezzo corse Eléonore Pancrazi l’incarne de manière vibrante et sensuelle, avec la superbe ligne vocale qu’on lui connaît. Dans la partie de Gardefeu, Rodolphe Briand fait preuve de son ardeur coutumière, avec son jeu fringant et sa voix bien projetée. Il forme avec le Bobinet de Laurent Deleuil un couple épatant, car lui aussi est excellent comédien-chanteur, particulièrement amusant dans l’air « Repeuplons les salons du Faubourg Saint Germain ! ». Marc Labonnette, grimé en bourgeois à favoris du Second Empire, déploie un abattage étourdissant dans le rôle du Baron de Gondremarck, ébloui par « les petites femmes de Paris » ! On se réjouit aussi de la superbe présence scénique (et de la performance !) de Damien Bigourdan qui, dans le triple rôle du Brésilien, de Frick et de Gontran fait également preuve d’une excellente diction, permettant à l’auditoire de ne rien perdre du texte. Sandrine Buendia, à la voix ample et rayonnante, campe une Baronne mutine face à la gracieuse Pauline de la soprano russe Elena Galitskaya. La drolatique Comtesse de Quimper-Karedec est ici campée par une Ingrid Perruche qui dessine une cocasse caricature qui semble d’époque, tandis que Laurent Kubla, dans le double rôle d’Urbain et Alfred, se montre suffisamment épatant pour qu’on regrette que ses parties soient aussi succinctes.
Enfin, tous les autres « petits » rôles sont méritoirement tenus, ainsi de la Clara de Louise Pingeot, de la Bertha de Marie Kalinine, de la Mme de Folle-Verdure de Caroline Meng et du triple emploi de Joseph/Alphonse/Prosper du toujours bondissant Carl Ghazarossian.

En fosse, le jeune chef français Romain Dumas ne fait qu’une bouchée de la partition d’Offenbach ; il insuffle une énergie trépidante à un Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours en grande forme. Et avis au lecteur, en guise de conclusion, cette Vie parisienne sera retransmise sur Arte le dimanche 2 janvier 2022 à 17h… alors à vos postes de télévision !

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 3 déc 2021. Jacques OFFENBACH : La Vie parisienne (version originale et intégrale en 5 actes de 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas. Photo: © Marie Pétry

 

 
 

 

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