CRITIQUE, opéra. Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 2 déc 2021. BIZET : Carmen. Stéphanie D’Oustrac / Sivadier

CRITIQUE, opéra. Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 2 déc 2021. BIZET : Carmen. Stéphanie D’Oustrac, Edgaras Montvidas, Amina Edris… Orchestre Symphonique de Mulhouse. Marta Gardolinska, direction. Chœur et maîtrise de l’Opéra National du Rhin. Alessandro Zuppardo, chef de chœur. Jean-François Sivadier, mise en scène.

Retour très attendu de l’opéra français par excellence, l’archicélèbre Carmen de Bizet, à l’Opéra National du Rhin ! Une fin d’automne brûlante de théâtre grâce aux talents concertés de l’équipe artistique du metteur en scène, Jean-François Sivadier, et de la fabuleuse distributio vocale, orbitant autour de Stéphanie D’Oustrac en Carmen. La direction musicale est assurée par la cheffe Marta Gardolinska, s’attaquant pour la première fois à l’opus de Bizet, à la baguette d’un Orchestre symphonique de Mulhouse plein de vivacité. Un événement !

 

 

Carmen… la flamme qui sait perdurer

 

 

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Beaucoup d’encre a coulé pour cet opéra et cette production également, que nous sommes heureux de retrouver et redécouvrir dans un Strasbourg joliment illuminé à l’occasion du célèbre marché de noël. Créée en 2010 et parue en DVD en 2011, la production de Sivadier garde cet irrésistible attrait théâtral (jamais théâtreux) qui est sa signature. Tous ses moyens sont là au service de sa vision de l’œuvre. Avec une étonnante économie des moyens scéniques, il réussit à divertir, à émouvoir dans l’opéra le plus joué à l’opéra de Strasbourg, malgré une absence de 20 ans ! Si les composantes de la mise en scène sont pleines de mérites (costumes colorés de Virginie Gervaise, chorégraphies accessibles et efficaces de Johanne Saunier, lumières pragmatiques de Philippe Berthomé), la direction d’acteur est un bijou.

Stéphanie D’Oustrac, créatrice du rôle il y a 11 ans, prima donna assoluta, est en pleine possession de ses talents. Sa Carmen est d’une tonicité pétillante, d’une insolence charnue. Elle incarne le personnage, tragique, avec un tel panache, un tel brio (une vivacité dans l’esprit et dans le corps) que nous en oublions presque, qu’à la fin, elle meurt. Impeccable et implacable dans airs et dialogues, elle surprend même par sa capacité à jouer les castagnettes pendant qu’elle chante et qu’elle danse. Sa performance est si intense et remarquable qu’elle nous met dans l’incompréhension : comment Don José a pu lui dire non à un moment dans l’acte 2 ? Le Don José du ténor Edgaras Montvidas répond dignement à son ardeur. Sa performance est habitée dans le jeu et irréprochable dans le chant. Celle d’Amina Edris (Micaëla) est immanquablement touchante, même si le personnage a une personnalité, un caractère, plus complexes que d’habitude dans cette production (et heureusement !). Son chant diaphane devient complètement déchirant lors de son air du 3e acte « Je dis que rien ne m’épouvante », un moment plein d’émotion dont le souvenir fait frissonner.

Régis Mengus (le toréro Escamillo) convainc plutôt par la force de sa musculature exposée et son jeu d’acteur. Les copines de Carmen, Fresquita et Mercédès (Judith Fa et Séraphine Cotrez) sont superlatives dans le célèbre trio des cartes du III et dans chacune de leurs interventions. Le baryton-basse Guilhem Worms est un Zuniga à la voix saine et large, et sa maîtrise de l’instrument ainsi que le jeu d’acteur rendent son personnage, plutôt grossier, presque séducteur. Anas Séguin en Moralès est excellent, tout comme Christophe Gay et Raphaël Brémard en Dencaïre et Remendado, délicieux. Le chœur et la maîtrise de l’Opéra du Rhin, énormément sollicités à l’occasion, sont rayonnants et leur dynamisme musical s’entend fort sous l’excellente direction du chef Alessandro Zuppardo. Marta Gardolinska, quant à elle, dirige un orchestre symphonique de Mulhouse en forme, dont nous retenons la performance sans défaut des cuivres et des bois, avec une attention aux détails et quelques interventions sur la partition que nous avons trouvées pertinentes.

 

A vivre et à consommer sans modération, à l’instar de Nietzsche au 19e siècle après la naissance de l’opus. A l’affiche à Strasbourg les 4, 6, 8, 10, 12 et 15 décembre 2021 ainsi que les 7 et 9 janvier 2022 à Mulhouse. Photo : © Klara Beck.

 

 

 

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