CRITIQUE, opéra. Paris. Opéra Comique, le 6 novembre 2021. Philippe HERSANT : Les Éclairs (création)

CRITIQUE, opéra. Paris. Opéra Comique, le 6 novembre 2021. Philippe HERSANT : Les Éclairs. Jean-Christophe Lanièce, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, François Rougier, Elsa Benoît… Ensemble Aedes, chœur. Orchestre Philarmonique de Radio France. Ariane Matiakh, direction. Clément Hervieu-Léger, mise en scène. En cette soirée d’automne, création lyrique à l’Opéra Comique : Les éclairs, événement des plus attendues de la saison 2021-2022. Le compositeur français Philippe Hersant signe un « drame joyeux » sur un livret de Jean Echenoz d’après son roman « Des Éclairs » (2010). La cheffe Ariane Matiakh dirige un Orchestre philharmonique de Radio France impeccable, et une distribution de chanteurs rayonnants, dans une mise en scène enthousiasmante et pragmatique signée Clément Hervieu-Léger.

 

 

« Rien… d’aussi beau qu’un multiple de trois »

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Le livret de l’opéra est une sorte de fiction romancée inspirée de la vie de l’inventeur et ingénieur américain d’origine serbe, Nikola Tesla. Il est d’après le roman « Des Éclairs » du même auteur, dernier volet d’une trilogie de « fictions biographiques ». Au cours des 4 actes sans entracte est racontée l’histoire de Gregor, depuis son arrivée pleine d’espoir à New York jusqu’à sa déchéance et sa mort, sans omettre sa rivalité avec Edison, le départ au Colorado, excentricités et déceptions…

La production de Clément Hervieu-Léger, sociétaire de la Comédie Française, a un je ne sais quoi de cinématographique qui sied merveilleusement au livret et à la partition. Elle n’est pas sans rappeler Broadway par certains procédés (les décors changés à vue signés Aurélie Maestre).

Tout est très fluide, sobrement stylisé et beau, même pendant les scènes les moins intéressantes. Fabuleux, les costumes de Caroline de Vivaise ; excellente, la direction d’acteur, avec une distribution caractérisant superbement, investie, habitée par ce qu’elle raconte, y compris quand elle ne raconte peu ou rien.

Si le triumvirat Hersant – Echenoz – Hervieu-Léger est triomphant, le bijou se trouve sans le moindre doute dans la partition. Le plaisir des interprètes à jouer la musique du compositeur est palpable, et s’exprime dignement dans leurs performances de haut niveau. Le baryton Jean-Christophe Lanièce (Gregor) est une révélation (nommé Révélation Classique Adami en 2017). Sa présence sur scène est magnétique, voire séductrice ; son chant comme son jeu d’acteur, fluides et percutants ; un heureux et mémorable mélange de tendresse et d’orgueil. Bravo aussi pour André Heyboer délicieusement vilain en Edison, Elsa Benoît pétillante en Betty, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur et François Rougier parfait couple Axelrod, ou encore Jérôme Boutillier pompier mais pas trop dans le rôle de Parker. Le chœur Aèdes, fréquemment sollicité, est formidable, en panache et brio.

« Vous divaguez mais j’aime ce délire »

Au-delà des mini-citations musicales mignonnes mais jamais incongrues (9ème symphonie de Dvorak pour signifier les oiseaux, Chet Baker pour un New-York so jazzy ; Bregovic pour le côté balkanisant…), l’écriture orchestrale et vocale du compositeur demeure l’aspect le plus intéressant et jouissif de l’opus. Dès l’entrée de Gregor sur scène au I, avec des cordes tendues et obstinées, pendant que les vents batifolent dans l’air, nous sommes devant un orchestre bien ciselé, magistralement dirigé par la cheffe Ariane Matiakh. La ballade de Betty (I, 4), est une réussite musicale où se marie superbement la voix diaphane de la soprano Elsa Benoît avec un orchestre troublant, voire bouleversant. Si la musique est encore toujours excellente aux deux derniers actes, comme par exemple celle du chœur « Laissez-nous voir le mécène » (III, 5), ou encore ce sublime passage au début du IV où Norman chante « tous les espoirs me sont permis » avec piano obligato, une différence qualitative pointe vis-à-vis du texte par rapport aux premiers actes. En effet, la musique paraît naturelle et combler les manquements du livret, voire déguiser les coutures beaucoup trop évidentes dans le traitement du sujet. Il y a là une petite fragilité qui donne une aura d’humanité à cette extraordinaire production.

Toutes nos félicitations aux équipes artistiques et au directeur sortant, Olivier Mantei, pour avoir ainsi passé commande qui a aussi le mérite de rendre un hommage discret à la Salle Favart elle-même, premier théâtre européen éclairé à 100% par l’électricité ! Diffusion le 1er décembre à 20h sur France Musique et ultérieurement sur TV5 Monde. A déguster sans modération !

 

 

VOIR un extrait vidéo des ECLAIRS de Philippe Hersant, création Opéra Comique, nov 2021 :
https://www.youtube.com/watch?v=UBg9KXoFFSs

 

 

 

 

 

 

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