CRITIQUE, opéra. Orange, Chorégies, le 10 juillet 2021. Saint-Saëns : Samson et Dalila. Alagna, Lemieux… Abel / Grinda

CRITIQUE, opéra. Orange, Chorégies, le 10 juillet 2021. Saint-Saëns : Samson et Dalila. Alagna, Lemieux… Abel / Grinda. Créée à Monte-Carlo en 2018, programmée à Orange en 2020, puis reportée à l’été 2021, covid oblige, et reportée en cet été 2021 du fait de la pandémie, la production de Samson et Dalila par Jean-Louis Grinda, souligne opportunément le centenaire Saint-Saëns 2021.
La direction d’acteurs est claire et efficace, sans grille de lecture décalée, plaquée artificiellement sur l’action originelle. JL Grinda soigne la lisibilité des mouvements de foule (le chœur est essentiel ici, exprimant attentes et prières des Hébreus, révoltés, réduits en esclaves par les Philistins ; les philistins eux-mêmes, dépravés au III, et punis car écrasés sous les ruines du temple). Saluons le choeur, très impliqués en particulier dans le I et le III, il porte l’action à l’identique des protagonistes.

 

 

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Samson (très convaincant Roberto Alagna, héros humain et tristement naïf) y paraît guidé par l’Ange de Jehova, investi par sa mission divine, bientôt trahi / vaincu par Dalila, sirène fatale, pilotée par le Prêtre de Dagon. Libérateur malgré tout des hébreux, Samson / Alagna démontre dans le III, une intensité qui convainc et émeut, une grandeur vulnérable et pourtant surnaturelle. En séductrice lascive, Marie-Nicole Lemieux, affirme peu à peu son esprit de revanche, sa nature charnelle et dominatrice, sa ligne finement énoncée; la beauté voluptueuse envoûte et captive Samson jusqu’à la mort ; son air hypersensuel, rendu célèbre par Maria Callas, « Mon cœur s’ouvre à ta voix / ah verse moi l’ivresse !» (scène III, Acte II) fait fondre toute réserve. Les deux chanteurs réussissent le fameux duo du II, confrontation puis victoire de la femme coupeuse des cheveux de son amant défait, rompant sec le naziréat de son amant vaincu (qui a dévoilé naïvement le secret de sa force). Le secret du pouvoir de Dalila reste ici le très solide Prêtre de Dagon, Nicolas Cavallier, qui impose sa tension virile, son emprise sur la courtisane Dalila, au point de la manipuler totalement. Tout aussi forts et bien caractérisés les personnages du vieil hébreux (Nicolas Courjal), du satrape Abimélech (Julien Véronèse), deux basses francophones, impeccables. A l’instar de leur comparse, Frédéric Caton, parfait en « deuxième Philistin ».

Belle direction d’Yves Abel, qui écarte toute épaisseur surexpressive, en particulier dans la bacchanale qui ouvre le III ; l’écriture d’une subtilité inouïe d’une Saint-Saëns à la fois orfèvre et peintre, y rayonne grâce à la prestation des instrumentistes du Philharmonique de Radio France.

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Diffusion sur France 5 le 16 juillet 2021, à 22h10.
Photos (© Philippe Gromelle)

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